

Le film d'animation Persepolis, qui a connu un énorme succès en France, sort le 22 novembre sur les écrans allemands. Il raconte l'histoire de Marji, jeune fille impertinente, prise dans la tourmente de la révolution iranienne. Marjane Satrapi, double de Marji et auteure du film, était mardi à Berlin, où lepetitjournal.com l'a rencontrée
L'affiche du film Persepolis, prix du jury au festival de Cannes 2007 (affiche allocine.com)
"Marji"a d'abord été pour l'auteur iranien Marjane Satrapi un double de papier. Marji, c'est une petite fille vive et impertinente qui vit à Téhéran, dans l'Iran d'un Shah dictatorial puis sous le régime islamiste de l'Ayatollah Khomeiny, et une adolescente exilée en Autriche à la recherche de la liberté occidentale. Persepolis, la bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi a été un immense succès critique et commercial. Marji réapparaît à l'écran pour devenir l'héroïne du film du même nom. "Il y avait beaucoup de bonnes raisons de ne pas faire le film après la BD", explique Marjane Satrapi. Et beaucoup de mauvaises raisons pour le faire, comme de chercher à surfer sur le succès du livre. Je n'avais pas envie de faire le film, au début. Puis on m'a donné les moyens de le réaliser comme je le voulais".
"J'ai commencé à dire elle"
Pendant deux ans, l'illustratrice a donc travaillé, avec un autre auteur de bande dessinée, Vincent Paronnaud, sur l'adaptation de Persepolis pour le cinéma. "C'était un travail très différent, explique-t-elle, il fallait inventer un langage narratif. Quand on écrit un scénario, on aboutit forcément à une fiction. J'ai commencé à dire "elle"en parlant de la Marjane du livre, c'est devenu un vrai personnage". Car le film Persepolis n'est pas plus un documentaire sur l'Iran qu'une narration exacte de l'histoire de Marjane Satrapi. Dans le film, Marji, 12 ans, se trouve confrontée au bombardement de la maison de ses voisins. "C'est arrivé quand j'avais 18 ans en réalité, explique Marjane Satrapi. Mais l'important, dans l'art, ce n'est pas de montrer la réalité, mais de montrer le sentiment que la réalité provoque en nous. Et ce sentiment, tout le monde peut l'éprouver, à tout âge, et dans n'importe quel pays."
Du noir et blanc contre les clichés européens
Si l'histoire de Marji a autant touché en France comme dans tous les pays où le film est déjà sorti, c'est sûrement parce que Marjane Satrapi a su faire d'elle un personnage auquel tout le monde peut s'identifier. Dans le film, les évènements politiques de l'Iran sont bien sûr présents, mais en filigrane, et à travers le regard de l'enfant qui affronte l'emprisonnement et la mort de son oncle ou les pressions de la police religieuse. Marjane Satrapi aime à le raconter : on lui dit souvent que les scènes de Persepolis les plus "exotiques"sont celles qui se déroulent en Autriche ! Le film, comme la bande dessinée, est en noir et blanc : "C'est un vrai choix esthétique", précise l'auteur. Et une façon de s'éloigner de l'orientalisme dans lequel on veut souvent enfermer l'Iran : "Quand je suis arrivée en Europe, c'était insupportable", raconte Marjane Satrapi, qui vit en France depuis plusieurs années, "on me demandait combien de femmes avait mon père, et si on voyageait à dos de chameau. Cette réalité de l'Iran existe mais c'est loin d'être la seule. Et même si les Occidentaux prétendent ne pas faire d'amalgame, c'est faux" .
A propos du personnage de la grand-mère, haut en couleurs, qui fume de l'opium et parle un langage fleuri, elle ajoute : "Toutes les vieilles femmes que je connais en Iran sont comme ça ! Ce qu'on dit sur les femmes opprimées est vrai, mais les réduire à une image misérabiliste, c'est vraiment mépriser et renier tout ce qu'elle font pour résister".
Un film devenu universel
Persepolis, couvert de prix, a été distingué par exemple à Londres et à Manille, deux villes aux antipodes l'une de l'autre. Marjane Satrapi ne cache pas sa joie d'avoir réussi à faire de son histoire un film universel. "Persepolis est évidemment un film qui parle de l'Iran, mais je l'ai co-réalisé avec Vincent Paronnaud, qui est Français. Et puis c'est d'abord une histoire individuelle, qui pose cette question : comment une personne peut être si petite, si écrasée par tout ce qui se passe autour d'elle ? Comment fait-on pour résister à ça ?". Une question qui n'a pas manqué de toucher tous les publics, européens comme américains. "Le message est compris, je suis très contente", sourit Marjane.
Propos recueillis par Marie NORRE. (www.lepetitjournal.com - Berlin) vendredi 9 novembre 2007
Persépolis.
Un film de MARJANE SATRAPI et VINCENT PARONNAUD
adaptation de la bande dessinée du même nom de MARJANE SATRAPI
96 minutes / France 2007, avec les voix de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni et Danielle Darrieux
Sortie Allemagne : 22.11.2007
Prix du jury au festival de Cannes 2007
http://www.myspace.com/persepolislefilm
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