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BERLIN BURLESQUE FESTIVAL- "Nous voulons présenter à Berlin ce qui se fait de mieux dans la scène burlesque"

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 16 septembre 2015

A Berlin, le burlesque était presque inexistant avant les premières soirées Bohême sauvage créées par la fulgurante Else Edelstahl, également à l'initiative des soirées Fête Fatale. En 2009, elle a été rejointe par Marlène Von Steevag, une autre grande figure du burlesque moderne en Europe. Toutes les deux ont eu l'idée de monter un festival consacré à cette scène et qui réunit, pour la troisième année consécutive, les meilleurs artistes burlesques d'Europe du 17 au 20 septembre au Wintergarten et au Heimathafen Neukölln. Rencontre avec la très chic Marlène Von Steevag, à l'origine de cet événement et qui enchaîne les représentations en Europe sous ce nom de scène depuis six ans.

Lepetitjournal.com/Berlin-Avec Else Eldenstahl, créatrice des soirées bohème sauvage, tu es devenue une figure du burlesque à Berlin mais pas seulement, comment as tu évolué dans cette carrière ?
Marlene Von Steevag - Avant de me consacrer au burlesque, j'ai d'abord étudié la littérature et ai ensuite suivi des cours de comédie en Angleterre, à Londres. Ma rencontre avec le burlesque s'est faite lorsque, pour gagner ma vie, je me suis mise à chanter des chansons des années 30. Un jour, la patronne d'un un café français à Londres m'a proposé de faire une représentation, j'ai sauté sur l'occasion sans réellement savoir ce que j'allais faire. Je me suis dit : « je chante, je sais aussi danser, faisons un spectacle ». J'ai cherché un nom de scène qui sonnait allemand, pas encore trop utilisé et, j'ai décidé de m'appeler Marlène. J'ai exécuté un show, en y repensant très burlesque, qui a surpris, voire choqué les clients mais de ce jour, mon personnage était né. J'ai alors décidé de développer mon show, de le travailler pour qu'il soit plus chic. Les débuts n'ont pas toujours été évidents , il faut savoir gérer des moments embarrassants, où tout ne fonctionne pas comme prévu, mais qui sont finalement très formateurs.

Marlene von Steevag

Vous semblez avoir réussi à faire carrière avec votre personnage et vos représentations, peut on aujourd'hui vivre du Burlesque ?
Je connais très peu de personnes qui réussissent à en faire leur activité principale. Je pense que beaucoup d'artistes aiment monter sur scène mais n'ont pas autant de motivation pour gérer leur carrière. C'est d'ailleurs difficile de faire les deux et il faut avoir un sens de l'entrepreneuriat car très peu d'endroits dans le monde payent pour un spectacle burlesque. Il faut donc savoir se vendre et c'est ce que j'ai réussi à faire. Après quelques années, je n'ai plus accepté de me représenter en dessous d'un certain prix, ce n'est pas facile au début, surtout quand tu as un loyer à payer mais c'est très important de le faire.

Lorsque le burlesque devient une activité à temps plein et que l'on est amené à jouer son personnage régulièrement, n'y a-t-il pas un risque de confusion entre la personne que l'on est dans la vie de tous les jours et celle sur scène ?
Evidemment. Cela dépend de chaque artiste et de la fréquence à laquelle on joue son personnage. Mais la séparation entre ces deux personnes peut en effet disparaître pendant un temps plus ou moins long. Il existe des artistes burlesques qui ne vivent que dans la peau de leur personnage et, je pense que c'est en partie dommage car cela signifie perdre une part de son caractère, de qui on est réellement.  Pendant un moment, je n'étais que Marlène, c'était très drôle et la vie devient un show permanent mais il faut faire attention à son autre « soi » afin de lui laisser une place. Une fois que l'on a trouvé un bon équilibre, cela fonctionne mais c'est vrai que ce n'est pas toujours évident.

Et comment la rencontre avec Else et le début de l'aventure burlesque à Berlin se sont-elles déroulées ?
J'ai décidé de repartir en Allemagne afin de poursuivre mon métier de comédienne, qui était plus facile à exercer dans ma langue maternelle. Je suis d'abord allée à Cologne mais très vite, je me suis rendue compte que je voulais continuer à travailler dans le burlesque et faire évoluer le rôle de Marlène. Et Berlin était la seule ville envisageable pour ce genre artistique. Quand je suis arrivée, en 2009, les seules représentations burlesques étaient organisées par Else Edelstahl qui avait créé les soirées Bohème Sauvage, la fête fatale n'existait même pas encore. Je suis très vite devenue amie avec Else et toutes les deux, nous avons créé le salon Kokett, proposant des représentations burlesques et qui nous permettait d'avoir une scène pour nous exercer.

Comment l'idée de créer un festival burlesque a-t-elle émergé ?
Monter un festival, j'y pensais dès mon arrivée à Berlin. J'ai eu l'occasion de beaucoup voyager et de rencontrer les meilleurs artistes de la scène burlesque européenne et internationale et, comme Else avait les contacts à Berlin grâce à Bohème Sauvage, la collaboration m'est apparue évidente. Nous avons commencé à travailler sur ce projet en 2010 et, en 2013, est né le premier festival burlesque à Berlin. Un événement en réalité assez rare en Europe.

Comment expliquez-vous que le Burlesque soit si peu diffusé en Europe, contrairement aux Etats-Unis ?
Le burlesque tel qu'il existait en Europe au début du 20e siècle a ensuite évolué vers le striptease, avant de disparaître presque complètement. Dans les années 40, seuls les Etats-Unis possédaient une grande scène burlesque mais comme en Europe, ce genre artistique s'est tourné vers le striptease pour finalement devenir une seule et même chose. Puis dans les années 90, il y a eu un renouveau du burlesque, qui s'est démarqué du striptease et ainsi est né le néo-burlesque tel qu'on le connaît un peu plus aujourd'hui. Mais c'est une scène qui s'est beaucoup moins développée en Europe. Aujourd'hui, elle est un peu plus diffusée en Angleterre, renaît en Italie, en Belgique et en France...mais que fait la France ? (rires)

Quelle différence y a-t-il entre le striptease et le Burlesque ?
Le strip-tease est avant tout sexuel alors que le burlesque est un divertissement. Un dicton dit : « Les strip-teaseurs gagnent de l'argent alors que les artistes burlesques dépensent le leur dans l'accoutrement lié au personnage ». Et puis évidemment, le burlesque requiert des qualités de comédiens, de mise en scène, de création dans les costumes et le décors et on ne se met jamais totalement nu durant une représentation. Il y a en réalité de grandes différences entre ces deux activités.

Comment avez-vous réussi à monter ce festival burlesque à Berlin alors que la scène n'apparaissait pas être réellement vivante ?
Lorsque j'ai commencé à penser au festival, il me fallait trouver des partenaires pour le réaliser. Else a donc été la première personne que j'ai contactée puisqu'elle était une des rares personnes à pratiquer cette activité à Berlin et à organiser des représentations de qualité. Ensuite, je me suis inspirée de ce qui se faisait déjà dans d'autres pays et grâce à ces voyages, je savais déjà quels étaient les meilleurs artistes dans ce milieu, je connaissais leur formidable travail. J'ai eu envie de leur offrir une scène à Berlin. Et pour cela, on ne pouvait trouver mieux que le Wintergarten qui a une histoire de longues dates avec la variété. C'est un lieu qui a réussi à conserver cette intimité de cabaret tout en possédant une très grande scène, ce qui n'est pas toujours évident. Nous n'avons pas eu de soucis à vendre notre festival.

 

Else Edelstahl

 

Comment les artistes présents lors du festival ont-ils été sélectionnés ?
En Europe, il y a beaucoup de performeurs mais ceux d'un très bon niveau sont en réalité assez rares. Lorsque tu voyages et évolues dans la scène burlesque, tu rencontres toujours les mêmes personnages. J'ai donc eu l'occasion de voir leurs shows et je sais qu'ils sont très bons. Notre objectif pour ce festival étant de montrer ce qu'il se fait de mieux dans le burlesque à un niveau mondial, la sélection s'est faite naturellement. D'un côté, nous voulons montrer le côté classique du burlesque comme on le connaît mais aussi celui un peu plus « effrayant », osé, comme ceux qui crachent du sang, se mettent le feu et, à ce niveau, il est plus difficile de trouver de bons artistes. Et ceux-là seront au festival.

Pour ceux qui ne connaissent pas très bien le néo-burlesque, dirais-tu que le festival est adapté pour tout le monde ?
Il faut savoir que le genre burlesque appartient toujours à la contre-culture. Et les artistes présents lors du festival sont de vraies stars. Mais comme cette scène est finalement très petite, nous avons ce luxe de pouvoir les faire venir à Berlin. Les shows seront de très haute qualité et bien évidemment, tout le monde peut et doit en faire l'expérience. L'année dernière, nous avons constaté que le public était très hétéroclite, des personnes âgés de 18 à 60 ans et aussi bien des hommes que des femmes, de toutes classes sociales. C'est d'ailleurs ce qui a de bien dans le burlesque, le public peut venir déguiser, ainsi chacun est libre de devenir qui il veut le temps d'une soirée.

Justement, un dress code est-il exigé comme c'est souvent le cas ?
Non. Pas pour ce festival (rires).

Peux-tu nous décrire en quelques mots le programme du festival ?
Le premier soir sera consacré, entre autres, aux « nouveaux venus » dans la scène burlesque qui, sans cela, n'auraient pas souvent la chance de se représenter lors d'événements importants. Le vendredi montrera cet autre face du burlesque, dont je parlais, plus « extrême » avec par exemple Big Chief Random Chaos qui s'enflamme le corps. La soirée du samedi, durant laquelle je me représente également, sera plus axée sur le burlesque classique. Evidemment, je recommanderais de participer à l'ensemble du festival mais il est tout à fait possible de venir uniquement un soir.

Tu as également fondé une académie pour se former au burlesque, existe-t-elle toujours ?
Oui elle existe toujours même si le temps nous manque pour la développer. Mais pendant le festival, les artistes auront la possibilité de réaliser des workshops en journée. Il y en aura quatre et tous ceux qui le souhaitent peuvent s'y inscrire. Et après le festival, nous continuerons les cours avec de supers professeurs de théâtre qui s'adressent aussi bien aux personnes souhaitant simplement apprendre à mieux se connaître, se sentir plus sûrs d'eux, ce sont d'ailleurs la majorité des élèves, qu'à ceux ayant des envies plus professionnelles de burlesque. Certains de nos étudiants se sont montrés très bons dans ce domaine. Une des artistes présentes au festival est passée par notre académie, et j'en suis très fière. (rires).

 

 

1X2 tickets à gagner pour la soirée du jeudi au Heimathafen Neukölln et 1X2 tickets à gagner pour la soirée du vendredi au Wintergarten en likant la page facebook de LPJ/Berlin et en envoyant un mail à berlin@lepetitjournal.com

Propos recueillis par Anaïs Gontier (www.lepetitjournal.com/Berlin) mercredi 16 septembre 2015

Savoir plus :

http://berlin-burlesque-festival.com/

http://www.marlene-von-steenvag.com/

http://www.elseedelstahl.com/

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Publié le 15 septembre 2015, mis à jour le 16 septembre 2015
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