

Le nouveau livre de Joann Sfar s'intitule Greffier, ce qui peut sembler tout naturel pour le père du Chat du Rabbin.
Ce n'est pourtant pas du côté de l'argot félin qu'il faut chercher le sens de ce titre mais du côté des tribunaux, plus précisément de la 17e Chambre Correctionnelle, où s'est tenu, en février, le procès opposant le magazine satirique Charlie Hebdo à des associations musulmanes. Leur plainte faisait suite à la publication de dessins représentant Mahomet considérés comme offensants. L'Union des Organisations Islamiques de France (U.O.I.F) et la Grande Mosquée de Paris mettaient en cause deux dessins précédemment publiés dans la presse danoise -avec le retentissement que l'on sait, et une couverture de Cabu montrant Mahomet, débordé par les extrémistes, s'exclamant : "c'est dur d'être aimé par des cons".
Pendant les deux jours de débats, Sfar a donc noté, croqué, retranscrit la partie se jouant sous ses yeux, tout en respectant au mieux le contenu, les longueurs et les répétitions, le rythme des débats.
Chronique subjective
Le résultat est une centaine de pages denses et colorées proposant une vision vivante de la justice. Le regard porté par Joann Sfar a le mérite de la simplicité. Par la grâce de son crayon, il désamorce les fastes et les aspects intimidants dont se pare souvent l'institution. Etre fils d'avocat l'aide sans doute à abolir la distance et son trait vibrionnant, si souvent appliqué à l'intime dans ses autres Carnets, rend presque familier le déroulé du procès.
En se mettant lui-même en scène, il assume également les limites de sa démarche. En effet, ses actes graphiques ne sauraient avoir valeur de document historique et affiche un parti pris parfois un peu réducteur. On aurait apprécié un compte rendu plus fouillé des arguments des plaignants. Mais malin comme il est, Joann Sfar sait très bien désamorcer la critique. Il déplore lui même son inaptitude à rendre sensible la force personnelle de certains témoins (Elisabeth Badinter) ou ne cache pas la séduction immédiate exercé par d'autres (François Bayrou).
Même s'il se réclame d'une certaine objectivité, personne ne demande à un auteur de bande dessinée d'être impartial. D'ailleurs, la seconde partie du volume réunit ses planches publiées dans? Charlie Hebdo. Greffier est donc clairement un plaidoyer contre les intolérances et pour la pleine liberté d'expression. Ca ne fait jamais de mal...
Jean Marc JACOB (www.lepetitjournal.com) 5 avril 2007
Greffier, Joann Sfar, (Delcourt Shampooing) 229 pages, 19,90 ?
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Les éditions Fluide Glacial ont eu l'excellente idée de rééditer une série d'histoires signée par un des dessinateurs les plus libres et les plus intéressants de sa génération, Blutch. Ces planches précoces, parues en album une première fois en 1992, sont la preuve de sa maîtrise graphique et de son sens du décalage. Elles mettent en scène un privé joueur de blues dans une atmosphère noire et enfumée de cave à musique. On croise pourtant, au fil des pages, les trois petits cochons et Minnie Mouse. Du télescopage de Donaldville et du polar le plus sombre naît un univers qui vaut la visite.
Waldo's Bar, Blutch (Fluide Glacial) 47 pages, 11,95?




































