Édition internationale

BD - Agrippine, bon pied bon deuil

Agrippine, l'ado éternelle de Claire Bretécher est Déconfite certes, mais plutôt en forme. Elle est au centre d'un drôle de drame familial, d'une valse emballée et emballante des générations. Dingue et désopilant

Voilà plus de 20 ans que sa silhouette lasse d'adolescente absolue a déboulé dans le paysage pour fixer de nouveaux archétypes. C'est toute la force de Claire Bretécher : de son imagination d'auteur semble sortir une réalité distordue plus vraie que la vie, de ses traits de plume naître des êtres en mouvement. Pour son 8ieme tome, Agrippine s'offre une histoire complète et rien moins qu'un drame du deuil et de la culpabilité.
Tout commence avec une sombre affaire de boots dispendieuses en tatou stressé compensées que sa grand-mère aurait dû lui offrir pour son anniversaire. Entre ensuite tour à tour en scène les différents membres agités de la famille, pourvus chacun d'un solide caractère et d'un fort potentiel névrotique.
Si la grand-mère cultive l'art de faire djeunes, les parents semblent galvanisés et plus amoureux que jamais à l'approche de leur divorce. La sexualité du petit frère Biron s'oriente nettement vers le queer assumé tandis que l'oncle Jean-Million, galérien de l'audiovisuel, a une idée en béton pour requinquer son portefeuille et le monde de la téléréalité.
Quant à l'ancêtre, l'aïeule, l'arrière grand-mère Zonzon, elle découvre au Quiet Pourpris les joies urbaines des graffs les plus déliés.

Posturologue
De ce crumble générationnel, Claire Bretécher tire une histoire abracadabrante, réaliste dans le détail et magnifiquement barrée sur le fond.
On ne dira jamais assez combien ses inventions langagières confinent à la pure poésie, combien chacune de ses répliques est une horlogerie implacable. Comble du luxe, la dialoguiste d'exception le dispute à la dessinatrice.
Caractères, expressions, vêtements, mouvements, espaces sont mis en image avec une virtuosité ébouriffante. Les corps chez Bretécher parlent autant que les mots. Elle n'a peut-être jamais mieux dessiné et personne n'égale son talent incisif de la posture.
A ce titre Déconfite est un festival, un précis d'attitudes contemporaines éloquentes, une chorégraphie graphique irrésistible.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com ) mercredi 22 avril 2009
 

Agrippine déconfite, Claire Bretécher (Dargaud) 54 pages, 13,50 euros

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