L’Espagne compte désormais 22,85 millions de personnes en emploi, un record. Mais au troisième trimestre 2026, le privé recule, le public progresse et le chômage remonte.


Il y a un an, le secteur privé portait l'essentiel des créations d'emplois en Espagne. À l'été 2026, la situation s'est inversée. Entre juillet et septembre, le nombre de personnes employées dans le privé a diminué de 16.300, tandis que le public en gagnait 89.900. Un contraste saisissant dans un pays qui vient pourtant de battre un nouveau record, avec 22,85 millions de personnes en emploi.
C'est l'un des principaux enseignements de la dernière Enquête sur la population active (EPA), publiée le 27 octobre par l'Institut national de la statistique (INE). L'Espagne continue de gagner des emplois, mais moins rapidement. Et les moteurs de cette croissance ont changé.
En Espagne, l'emploi public prend le relais du privé
Au troisième trimestre 2025, l'Espagne avait gagné 118.400 personnes en emploi, dont 107.600 dans le secteur privé, contre seulement 10.800 dans le public. Les entreprises assuraient alors l'essentiel de la progression.
Un an plus tard, le pays n'a gagné que 73.600 personnes en emploi entre juillet et septembre 2026, soit sa plus faible progression pour un troisième trimestre depuis 2019. Cette fois, la totalité du gain net repose sur le secteur public, qui compense le recul du privé.
Faut-il y voir un essoufflement des entreprises espagnoles ? Le signal mérite attention, sans permettre de conclure à un retournement durable sur la base d'un seul trimestre. Sur douze mois, le bilan reste largement positif : l'Espagne compte 465.500 personnes en emploi supplémentaires, soit une progression de 2,08 %. Le secteur privé lui-même emploie 261.400 personnes de plus qu'au troisième trimestre 2025.
Le niveau de l'emploi reste donc élevé. C'est son évolution récente qui appelle à la prudence.
Les services progressent, l'industrie et la construction reculent
L'autre contraste se joue entre les secteurs d'activité. Au troisième trimestre, les services gagnent 235.600 personnes en emploi, tandis que l'agriculture en perd 58.300, l'industrie 54.400 et la construction 49.300.
Un an plus tôt, le tableau était bien différent. L'industrie avait gagné 64.100 personnes en emploi et la construction 32.600. Les services, eux, n'en avaient gagné que 39.100.
Ces variations ne traduisent pas nécessairement une dégradation durable de l'emploi industriel ou du bâtiment. Les résultats trimestriels de l'EPA restent sensibles aux effets saisonniers, particulièrement marqués dans l'économie espagnole.
La répartition du travail évolue également. Le nombre de personnes employées à temps complet augmente de 244.400, tandis que celui des travailleurs à temps partiel diminue de 170.800. Le travail indépendant recule, lui, de 15.500 personnes sur le trimestre.
Pour la Chambre de commerce d'Espagne, cette baisse simultanée de l'emploi privé et du travail indépendant mérite une attention particulière. Elle pourrait signaler une modération de l'activité et invite à surveiller la capacité des entreprises à investir et à recruter.
Le chômage augmente malgré les créations d'emplois
Le ralentissement apparaît aussi dans les chiffres du chômage. Entre juillet et septembre, l'Espagne compte 95.900 chômeurs supplémentaires, portant leur nombre à 2,59 millions. Le taux de chômage passe ainsi de 9,87 % à 10,18 %.
Ce paradoxe n'est pas nouveau. Il s'était déjà produit à l'été 2025 : le nombre de personnes présentes sur le marché du travail augmente plus rapidement que celui des personnes en emploi. Cette année, la population active a progressé de 169.500 personnes en trois mois. Dans le même temps, l'emploi n'a augmenté que de 73.600 personnes, une progression insuffisante pour absorber cette hausse.
Sur un an, la situation reste toutefois plus favorable. Le taux de chômage demeure inférieur à celui du troisième trimestre 2025, lorsqu'il atteignait 10,45 %. Le pays compte également 21.900 chômeurs de moins qu'il y a douze mois.
Emploi en Espagne : Madrid recule, Valence voit le chômage grimper
D'une communauté autonome à l'autre, les évolutions divergent fortement. La Communauté de Madrid enregistre la plus forte baisse trimestrielle de l'emploi, avec 49.200 personnes en moins. À l'inverse, les Canaries affichent la progression la plus importante, avec 38.100 personnes supplémentaires en emploi.
Sur le front du chômage, c'est la Communauté valencienne qui connaît la plus forte hausse, avec 31.000 chômeurs supplémentaires entre juillet et septembre.
Les Baléares suivent une trajectoire opposée : 9.900 chômeurs de moins sur le trimestre et le taux de chômage le plus faible du pays, à 4,63 %. À l'autre extrémité du classement, l'Andalousie conserve le taux le plus élevé, à 14,91 %.
Ces disparités reflètent des économies régionales aux structures différentes, dont les résultats peuvent aussi être influencés par les variations saisonnières. Une baisse trimestrielle ne suffit donc pas à établir une tendance durable.
Derrière le record d'emploi, 786.100 foyers dont tous les actifs sont au chômage
Avec plus de 22,8 millions de personnes en emploi, l'Espagne conserve une dynamique favorable sur un an. Mais derrière ce record, les derniers chiffres dessinent une situation plus contrastée.
Les créations nettes d'emplois ralentissent, le secteur privé recule sur le trimestre et plusieurs branches économiques perdent des travailleurs. Les difficultés restent également sensibles pour une partie des ménages. Selon l'INE, 786.100 foyers comptent désormais tous leurs membres actifs au chômage, soit 21.800 de plus qu'au trimestre précédent.
L'Espagne continue donc de gagner des emplois. Reste à savoir si cette progression pourra se maintenir dans les prochains mois, et si le secteur privé retrouvera le dynamisme observé un an plus tôt.
Sources : Enquêtes sur la population active (EPA) des troisièmes trimestres 2026 et 2025, Institut national de la statistique (INE) ; Chambre de commerce d'Espagne. Les comparaisons trimestrielles utilisent les données brutes, non corrigées des variations saisonnières. L'EPA mesure le nombre de personnes en emploi, et non le nombre de contrats ou de postes créés individuellement.
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