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Le temple de Phanom Rung, joyau de l’architecture khmère en Issan

Par Ghislain Poissonnier  | Publié le 05/10/2012 à 00:00 | Mis à jour le 06/01/2020 à 16:42
Photo : Le temple a été construit lors de l'apogée de l'architecture khmère (photo Ghislain Poissonnier)
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La province de Buriram, dans la partie sud de la région de l’Issan, le long de la frontière cambodgienne, recèle un joyau de l’architecture khmère : le temple de Phanom Rung. Classé monument historique par les autorités thaïlandaises, ce temple construit entre le Xe et le XIIIe siècle, qui possède notamment des sculptures magnifiques, est visité par quelque 300.000 personnes chaque année

Le temple de Phanom Rung, un des monuments angkoriens les plus spectaculaires de toute la Thaïlande, est situé dans un cadre majestueux, au sommet d’un volcan éteint, à 396 mètres d’altitude. Phanom Rung signifie d’ailleurs "la grande montagne". Du fait de sa situation géographique, il domine la plaine alentour, entourée de rizières et de champs.

Au sud-est, lors des journées de beau temps, les monts Dangrek, qui forment la frontière avec le Cambodge, sont bien visibles. L’étendue du temple et la beauté de ses bâtiments donnent une bonne idée de la puissance et de la richesse de l’empire khmer d’Angkor, à 160 km de là.

Le temple fut construit entre le Xe et le XIIIe siècle, la plus grande partie des travaux datant du règne de Suryavarman II (1113-1150), période d’apogée de l’architecture khmère. Construit le long de la route qui reliait Angkor à Phimai, le site est orienté en direction du soleil levant. Mais un léger "désaxement" vers le nord fait que quatre fois dans l’année, les rayons du soleil franchissent simultanément les portes dans l’axe du sanctuaire (3/5 avril, 8-10 septembre au lever du soleil ; 5/7 mars, 5/7 octobre au coucher du soleil).

Un ensemble très harmonieux

Après avoir été "redécouvert" par les voyageurs occidentaux à la fin du 19ème siècle, le sanctuaire de Phanom Rung a été classé monument historique par les autorités thaïlandaises en 1935. Sa restauration a été conduite par le Département des beaux arts thaïlandais, avec le soutien de l’Unesco, entre 1971 et 1988, date à laquelle le temple et les environs ont été classés parc historique national.

Désormais, malgré le relatif enclavement de la province de Buriram, près de 300.000 personnes visitent chaque année le parc de Phanom Rung. "Le succès touristique de Phanom Rung n’est pas étonnant, explique Christophe Pottier, directeur de l’Ecole française d’Extrême-Orient en Thaïlande. Il s’agit d’un site angkorien parmi les plus vastes et les mieux conservés de Thaïlande. Son développement parfaitement adapté à la pente du volcan et l’usage d’une pierre de grès aux teintes variés et douces en font un monument unique. Il a, en outre, été très bien restauré, en recourant à l’anastylose, une méthode de reconstruction avec ses morceaux d’origine en grès. Tout cela donne un ensemble très harmonieux".

Un voyage spirituel hindouiste

L’accès au temple est similaire à un voyage spirituel hindouiste conduisant, après une marche ponctuée d’étapes, au Mont Méru trônant au sommet du monde. Le parcours commence par une pente, à 400 mètres à l’est de la tour principale, et se poursuit par une succession de trois terrasses en latérite et en terre. La dernière terrasse aboutit à une plateforme cruciforme sur laquelle devait probablement s’élever un pavillon en bois. A droite de la plateforme, se trouve un bâtiment en pierre, appelé Rong Chang Pheuak, le pavillon de l’Eléphant blanc, où l’on imagine que les membres de la famille royale faisaient leurs ablutions et changeaient de vêtements avant de se rendre au sanctuaire.

La plateforme et le pavillon sont reliés au temple lui-même par une chaussée longue de 160 mètres de longueur, pavée de blocs de latérite et de grès et bordée de bornes en grès couronnées de boutons de lotus. La chaussée, sans doute la mieux conservée de Thaïlande, traverse aujourd’hui un parc arboré et joliment fleuri. Elle mène au pied de la première et plus grande des trois terrasses décorées de Naga, serpent mythique à 5 têtes et dont les sculptures comptent parmi les plus fines de l’art khmer. De cette terrasse part un escalier monumental ponctué de cinq gradins qui aboutit au sommet de la colline, devant un plateau où a été érigé le temple proprement dit. Ici encore, une large plateforme bordée de grès et comportant quatre petits bassins d’eau sacrée accueillait le pèlerin avant qu’il n’accède à une dernière terrasse bordée de Naga, devant l’entrée du temple, face à une galerie d’enceinte.

Le temple de Phanom Rung est situé à environ 400m d'altitude (photo Ghislain Poissonnier)

Une origine incertaine

Chacune des quatre faces de la galerie, un gopura (pavillon d’entrée), donne enfin accès à la vaste cour quadrangulaire où trône le sanctuaire central entièrement construit en grès. Le prasat (la tour centrale) est couronné d’un toit à multiples étages et précédé à l’Est d’une salle cruciforme appelée mondop et d’avant-corps sur les autres faces. A l’instar du sanctuaire central, la partie orientale de l’enceinte est richement ornée des fausses fenêtres à balustres, de fines frises ornementales et de remarquables linteaux et frontons sculptés.

La qualité exceptionnelle de ces sculptures contraste avec les autres faces de l’enceinte, dont l’état largement inachevé et l’utilisation de matériaux moins nobles que le grès illustrent bien toutes les phases de construction de l’époque. "A l’origine, le temple accueillait des divinités brahmaniques comme en témoignent ses magnifiques sculptures et bas-reliefs qui évoquent des épisodes des dieux Vishnu et Shiva. Le sanctuaire central de Phanom Rung était plus particulièrement dédié au dieu hindou Shiva depuis au moins le 10ème siècle", précise Christophe Pottier.

Une inscription suggère que le temple actuel était celui de Narendraditya, cousin ou neveu du roi Suryavarman, un général d’armée victorieux qui termina ses jours à Phanom Rung en tant que grand guru de la doctrine shivaïte, et dont son fils et élève érigea ici une statue en or. On ne sait toutefois si Narendraditya avait des racines profondes dans la région et commandita la construction du nouveau temple au 12ème siècle, ou si le général était un intrus qui vint simplement prendre sa retraite à Phanom Rung, sur un lieu sacré depuis des siècles.

Les sculpture de différentes divinités sont visibles (photo Ghislain Poissonnier)

Des sculptures magnifiques

"Le cœur du sanctuaire présente des sculptures d’une très grande finesse et précision, sans doute réalisée par des artisans royaux venus d’Angkor", ajoute le directeur de l’Ecole française d’Extrême-Orient en Thaïlande.

A l’entrée sud, des images de Shiva et d’Uma juchés sur leur taureau, Nandi, peuvent être observées. Ailleurs, plusieurs représentations de Vishnu et de ses incarnations, Rama et Krishna, ornent les corniches et linteaux, au milieu de bas-reliefs représentant les singes et les démons du célèbre mythe du Ramayana. La richesse des sculptures qui ornent le sanctuaire contraste avec la sobriété de l’intérieur de la tour centrale qui abrite le lingam (symbole phallique) de Shiva qui était ondoyé d’eau sacrée qui s’écoulait ensuite par un conduit pour être recueillie à l’extérieur par les pèlerins.

Le plus remarquable est sans doute la porte principale pour accéder au mondop, où le fronton orné d’un superbe Nataraja (Shiva dansant avec ses dix bras) domine le linteau dit de Phra Narai, un bas-relief représentant un Vishnu couché dans son sommeil cosmique, réunissant l’une au dessus de l’autre deux représentations exceptionnelles de la destruction et de la création du monde. Selon le mythe hindou, Vishnu médite le monde, couché sur le grand serpent Ananta (le sans fin) qui flotte sur les eaux primordiales entre deux créations successives, puis il émet à son réveil un lotus doré de son nombril, d’où surgit Brahma qui créera un nouvel univers.

Ce linteau est aussi particulièrement célèbre en Thaïlande, car il symbolise la lutte contre le pillage des richesses culturelles et patrimoniales. Un linteau devenu le symbole de la renaissance de Phanom Rung, comme le raconte Christophe Pottier : "gisant au sol avant la restauration du temple, il avait été volé dans les années 1960. Retrouvé dans une galerie de l'Art Institute à Chicago, il a fait alors l’objet d’une importante campagne d’opinion et de longues tractations. Elles aboutirent en 1988 à son retour au pays et à sa réinstallation dans le temple, parachevant ainsi spectaculairement la restauration".

Se rendre à Phanom Rung

Il est possible de s’y rendre depuis la ville de Buriram (à environ 75 km au nord du site) ou celle de Nang Rong (environ 30 km au nord du site). Ces deux villes comptent des hôtels et des guest houses qui peuvent servir de point de départ. Depuis Bangkok, il faut compter de 5 à 6 heures en bus. Il existe un parking à l’entrée du temple de Phanom Rung où l’on peut laisser sa voiture avant de poursuivre à pied. Si l’on ne possède pas de véhicule, il est possible, depuis la ville de Nang Rong de rejoindre Phanom Rung en louant une moto ou en prenant deux petits bus (songtaew) qui font la navette : l’un depuis le marché de Nang Rong jusqu’à un parking pour bus, l’autre depuis ce parking pour bus jusqu’au parking pour voitures.
Heures d’ouverture : 6h à 18h. Entrée : 100 bahts.


Par Ghislain Poissonnier vendredi 5 octobre 2012

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Ghislain Poissonnier 

Ghislain Poissonnier est magistrat français. Il a été juge et vice-procureur à Béthune, Lille et Paris. Il a travaillé comme juriste au Kosovo, en Palestine, en République démocratique du Congo, en Thaïlande, en Afghanistan, en Guinée et en Côte d'Ivoire.
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