

Le sport n'est pas qu'une question de médailles et de podiums. Loin des projecteurs, les arbitres oeuvrent en silence et en finesse. Sans eux, pas de Jeux. François Meston est de ceux-là. Il trouve sa gloire dans l'ombre et sa notoriété s'écrit dans les coulisses. Aujourd'hui, il est pourtant le seul juge de ligne français certifié au niveau international. Il raconte à Lepetitjournal.com son parcours et son excitation à l'approche des JO
(Crédit : François Meston)
Lepetitjournal.com - Comment êtes-vous devenu arbitre ?
François Meston - J'ai découvert le badminton grâce à Eric Cola, un copain de promo EDF à Chinon où j'étais en déplacement. Je voulais faire du sport, juste pour garder la forme. Il m'a donc proposé de l'accompagner au badminton. Plus tard, quand je suis arrivé dans le Tarn et Garonne, j'ai décidé de créer un club de badminton. J'ai suivi une formation d'entraîneur, pendant laquelle un gros pavé était consacré à l'arbitrage. C'est comme ça que j'ai mis un premier pied dedans. De fil en aiguille, j'ai gravi les échelons. Aujourd'hui, ça m'a permis d'être sélectionné aux Jeux Olympiques.
Quelles sont les qualités que doit avoir un arbitre ?
La première chose, c'est de savoir se remettre en question. Même si on est tout seul sur notre chaise, l'arbitrage, c'est quand même un travail d'équipe. Il y a le juge de service en face de nous, les juges de ligne et c'est un perpétuel échange entre nous.
Il faut évidemment connaitre les règles mais aussi et surtout, il y a une question d'interprétation de la règle en situation de jeux. Il ne nous arrive jamais la même chose. Le ressenti de l'arbitre joue beaucoup. Je dis aussi qu'on a bien fait notre boulot quand après un super match, les gens disent "et au fait, qui était l'arbitre?". S'ils nous ont oubliés, c'est qu'on a réussi à bien gérer la rencontre des joueurs.
Comment se fait-il qu'il y ait aussi peu de juges français certifiés au niveau international ?
C'est un peu le système de pyramide. On prend les meilleurs. Il faut avoir une certaine expérience. Aujourd'hui, je compte déjà 8 championnats du monde dont 6 en juge de ligne. Dans les critères de sélection, il fallait avoir fait 5 championnats du monde ou équivalent dans les 10 ans. J'ai donc été certifié fin 2010. Mais il faut aussi ajouter que ce grade n'existait pas avant. On est 47 dans le monde, et on est les premiers. Il n'y a qu'un Français pour l'instant. On a un mandat de 4 ans, qui peut être renouvelé une fois ce qui veut dire que je peux exercer jusqu'à 2018. Ensuite, je laisserai ma place au suivant.

Racontez-nous votre expérience à Athènes...
C'était fabuleux. C'est comme un rêve qui se réalise. C'est vraiment une passion du sport, et là, j'étais au "nirvana" car au-dessus des JO, il n'y a plus rien. Quand les Grecs ont fait une demande de 27 juges supplémentaires, j'ai postulé et j'ai été retenu. Moi j'ai le bad et les JO dans le sang.
Trouvez-vous que l'ambiance est différente pendant les Jeux que pendant les autres compétitions internationales ?
Oui, les JO, c'est le summum du sport. C'est une compétition qui a lieu tous les 4 ans, seulement 15 repartiront avec des médailles et ces fameuses médailles vont être âprement disputées. En plus gagner les JO, c'est être gravé dans le marbre ! Du coup, j'en ai d'ailleurs discuté avec des athlètes, on a beau se dire que cette compétition est comme toutes les autres, on ne peut jamais vraiment se sortir de l'esprit que l'on est aux JO. Les anneaux sont partout, le mot "olympique" est écrit partout, on ne peut pas les occulter. Du coup, ça te revient en tête en permanence. Alors inconsciemment, la pression est très forte. On a vu plein de grands champions partir favoris et pourtant passer complètement à travers des Jeux juste à cause de la pression générée par cette compétition.
En tant qu'arbitre, avez-vous l'impression de faire partie de l'équipe de France ?
Pour moi, oui, je suis sélectionné olympique pour la France. D'ailleurs, l'AFCAM (association française du corps arbitral, ndlr) s'est battue pour que nous ayons droit aux tenues olympiques comme celles des joueurs qui défilent. À la cérémonie d'ouverture en revanche, nous ne ferons pas partie de la délégation mais nous aurons nos places dans les gradins. L'AFCAM essaie aussi de nous mettre en avant depuis quelques années, mais force est de constater que selon les fédérations, les arbitres sont plus ou moins bien considérés. On a parfois beaucoup de mal à faire comprendre que même en tant qu'arbitre on représente la France.
Comment trouvez-vous les équipes françaises et l'équipe du Royaume-Uni ?
On n'a pas d'équipe double représentée cette année, mais on a quand même deux représentants français importants : Brice Leverdez pour le simple homme, et Hongyan Pi pour le simple dame. Aux derniers Jeux elle était quand même arrivée en quart de finale donc cette année on peut s'attendre à une belle performance.
Quant au Royaume-Uni, il a de bonnes chances de médailles en mixte. Ils ont vraiment une bonne équipe. Mais ce n'est pas étonnant, les Anglais sont dans les meilleures nations de badminton avec le Danemark, les Pays-Bas et l'Allemagne pour l'Europe et Chine, Indonésie, Corée du Sud pour l'Asie.

Attendez-vous une rencontre en particulier ?
J'attends toujours les finales avec impatience. C'est toujours très très fort. Je l'ai vécu à Athènes et c'était incroyable. La finale du simple homme a été le match le plus suivi des JO. En même temps, tous les Chinois étaient devant la télé, ça ramène beaucoup de monde.
Y a-t-il des matchs ou des joueurs que vous redoutez ?
Y en a qui sont connus sur le circuit pour n'être pas faciles à gérer. Mais c'est notre boulot d'arbitre d'essayer d'empêcher que la mayonnaise prenne. Il faut désamorcer les bombes avant qu'elles explosent. Comme un match n'est jamais fini, il peut vous arriver plein de choses. Quelqu'un qui dans la vie est vraiment sympa peut tout à coup faire un scandale. Il faut donc toujours resté concentré avec en tête le respect des règles, du fair-play, et du jeu. La première règle d'un arbitre est d'ailleurs simple : le jeu est pour les joueurs et nous on est là pour aider au bon déroulement de ce jeu.
Que ferez-vous une fois que vous nous ne pourrez plus officier en tant qu'arbitre ?
Je vais essayer de former des jeunes pour leur passer le flambeau. Je veux montrer aux jeunes que le sport ce n'est pas seulement être athlètes parce que pour moi c'est l'arbitrage qui m'a permis d'être sélectionné olympique deux fois. J'essaie de les motiver, et s' il y en a un à que je peux vraiment former, à qui je peux transmettre ma passion et offrir le même bonheur que le mien aujourd'hui, je le ferai à 300 %.
Propos recueillis par Elodie LLanusa (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) mardi 24 juillet 2012




































