Édition internationale

Keko Parody : quand la mode se met au service de l’identité malagueña

À seulement 23 ans, Manuel Parody, alias "Keko", s’inscrit comme l'une des voix les plus percutantes de la nouvelle scène créative andalouse. À travers sa marque de street-wear Arete, ce jeune designer utilise la mode comme une arme culturelle pour défendre l'identité de sa ville face aux dérives du tourisme de masse. Rencontre avec un créateur qui refuse de voir sa terre transformée en carte postale standardisée.

Manuel Parody, alias "Keko"Manuel Parody, alias "Keko"
Veste ornée de fleurs de jasmin, issue de sa nouvelle collection “Save our city” (Manuel Parody)
Écrit par Lola POGRZEBA
Publié le 5 juin 2026

De Cádiz à Málaga : l'adoption d'un cœur andalou

Né à Cádiz, Keko a posé ses valises à Málaga il y a de nombreuses années. Aujourd'hui, il incarne à la perfection le concept local de "Malagueño adoptivo". 

Pourtant, la ville qu'il aime se transforme à une vitesse vertigineuse, bouleversée par le tourisme et la gentrification. 
 

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Les petites maisonnettes en bord de mer, avant c'étaient des maisons de pêcheurs, maintenant ce ne sont plus que des Airbnb touristiques. C'est bien dommage

"Save Our City" : le vêtement face à la perte d’identité

De ce ras-le-bol est née sa septième collection, intitulée "Save Our City", qui sera dévoilée le 13 juin prochain lors d’un défilé à la Casa de Socorro. Sa marque, Arete, tire son nom du grec, un concept signifiant l’excellence et la vertu. Deux piliers qu’il souhaite montrer à travers ses vêtements

J'aimerais que les gens arrivent à comprendre ce que signifie être une personne d'ici

«C'est difficile de vivre à Málaga quand les personnes qui devraient penser à nous pensent plutôt à ceux qui viennent et qui apportent de l'argent », explique-t-il avec détermination.

Le créateur refuse que sa génération soit réduite à l'état de spectatrice de sa propre culture : « Il y a un concept en Andalousie qui s'appelle "les señoritos", qui implique que les locaux sont au service des gens de l’extérieur. J'aimerais en finir avec ça. Tout le monde est certes le bienvenu, mais nous ne devons pas perdre notre identité. » Pour lui, le voyage doit rester une découverte de l'autre, et ce dans le respect. Avec une pointe d’humour, il rappelle une évidence : « Je ne veux pas aller en France pour manger des espetos. 

La seule chose que je demande à une personne qui vient ici, c'est qu'elle essaie de découvrir qui nous sommes

Pour revendiquer cette authenticité, Keko retranscrit l'âme de sa région dans ses propres créations. La marque utilise comme slogan les mots "Identité, Culture et Tradition" et imagine des motifs profondément ancrés dans le quotidien et le paysage local. On y retrouve ainsi des représentations de la biznaga, cette fleur de jasmin si typique de Málaga, mais aussi des scènes de la vie courante dont il puise ses inspirations.

 

Une affaire de transmission, par les grands-mères

L’identité, Keko la pousse jusqu’au processus de fabrication. Ici, pas d’usines délocalisées : tout est acheté et manufacturé localement, au Palais des Congrès de Málaga. Son armée de couturières est composée à 100 % de grands-mères du quartier. Un point important pour le créateur, puisqu’il tient à préserver les liens intergénérationnels si précieux à la culture espagnole.

Une aventure pour le moins originale, qui a débuté par le plus grand des hasards :

Au début, on voulait faire une écharpe et on ne trouvait personne pour la coudre. Une grand-mère s'est proposée et, à partir de là, elle a ramené ses amies et des connaissances

Un devoir de mémoire sur le tissu

Cette connexion avec les anciens va encore plus loin dans la collection "Save Our City".

Keko s’est rapproché d'une association de victimes de la Desbandá, durant la guerre civile. En 1937, des centaines de civils ont dû fuir la capitale par la plage, vers Almería, pour échapper aux bombes.

Cette rencontre lui a permis de comprendre le traumatisme et le chemin qu'avaient dû emprunter ses propres grands-parents à l’époque. Les tracés de cet exode douloureux ont été intégrés sur certaines pièces, transformant sa simple collection streetwear en un véritable support de mémoire historique.

Déjà distribuée à Madrid, Séville et Bilbao, sa marque Arete s'apprête à ouvrir un nouveau point de vente à Málaga. Un retour aux sources plus symbolique que jamais. 

 

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