J'ai rencontré Olivier comme on croise, parfois, une évidence : sans savoir encore qu'elle comptera. Ce qui frappe, chez lui, tient moins à la collection d'exploits qu'au calme avec lequel il en parle. L'homme qui s'entraîne aujourd'hui n'a plus rien à prouver ; il choisit ses combats depuis un endroit apaisé, et c'est précisément ce qui les rend crédibles. Nos deux métiers n'ont rien en commun, sauf l'essentiel : la conviction qu'un plan ne vaut que déployé — et qu'on ne franchit une ligne qu'après avoir, d'abord, accepté la distance.


Une jeunesse de battant !
On lui avait annoncé, enfant, qu'il ne courrait jamais vraiment. Un virus lui rongeait l'os de la hanche : deux jambes de longueurs inégales, des étés entiers passés sur les tables d'opération belges, un chirurgien pour seul paysage de vacances jusqu'à ses dix ans. Aujourd'hui, il prépare 1 650 kilomètres d'une seule traite — Bruxelles-Barcelone, moins de 90 heures, 45 minutes de sommeil par jour. Relisez la phrase. Ce n'est pas une coquille.
Olivier Jadoul est né au Togo, a grandi entre le Congo et la Belgique, dans une fratrie de cinq. Son corps, il l'a reçu en pièces détachées et l'a remonté lui-même, opération après opération. Le reste — la rage, la direction, la vitesse — il a fallu l'apprendre.
L'adolescence, elle, a d'abord eu le bruit sourd des gants. Écarté d'un terrain de basket par un entraîneur qui ne jurait que par la gagne, il a emporté sa colère ailleurs : sur un ring, le seul endroit où elle avait enfin droit de cité. La boxe ne l'a pas calmé. Elle lui a appris à viser.
À Barcelone, une seconde naissance
Puis vient l'âge des bifurcations. À dix-huit ans, il abandonne des études qu'on avait choisies pour lui et entre par la porte de service dans l'hôtellerie. Il monte, vite, jusqu'au co-directorat — avant de heurter ce mur que tant de dirigeants connaissent et que si peu racontent : l'épuisement. Barcelone sera sa seconde naissance. Il s'y reconvertit dans la tech, reconstruit un équilibre, fonde une famille. Et il remonte sur un vélo.

Ce vélo, au départ, tient de l'ordonnance qu'il s'est prescrite à lui-même : rouler pour tenir debout, pour prouver, pour combler. Longtemps, la performance a eu ce goût-là. Puis l'axe s'est déplacé. L'exploit a cessé de parler de lui pour parler à d'autres — la transmission, l'environnement, la trace qu'on laisse. Le coureur est devenu passeur.
Derrière l'athlète, il y a un homme de métier. Près de dix ans dans la tech de haut niveau — SAP, puis Oracle, jusqu'à des fonctions de stratégie à l'échelle EMEA — menés depuis la Costa del Sol, où il vit toujours. Puis, en 2023, il tranche : la reconversion sera totale. Aujourd'hui, il avance sous un titre qu'il s'est lui-même forgé, The Net Zero Athlete™️ — fondateur du 1000 Miles Challenge, ambassadeur GoodPlanet, il met son endurance au service des entreprises qui veulent transformer leur engagement écologique en récits, en expériences et en preuves concrètes.
Un engagement pour les entrepreneurs
Concrètement, il ne vend pas du dépassement de soi en poster : il en a fait une plateforme. Trois défis hors normes réunis sous un même récit, avec film, livre et exposition à la clé. Un everesting à 10 000 mètres de dénivelé dans une même nuit. 777 kilomètres en sept jours. Un CO2 Challenge. Un « Peace Full Challenge » de quarante heures d'affilée — moitié à vélo, moitié à pied en montagne. Le tout adossé à une logique de mécénat environnemental — l'endurance mise au service d'une cause, et ouverte aux entreprises qui cherchent, au-delà du logo, un engagement qui tienne la route.
Ce que le Cercle Éco retient de lui tient en trois mots. Résilience, d'abord — non pas le mot d'affiche des séminaires, mais sa version brute : un corps qu'on rebâtit, une carrière qu'on redémarre à zéro. Risque, ensuite — celui qu'on apprend à cartographier quand on roule seul, la nuit, à la lisière de ses réserves. Information, enfin : ses « mini-records » servent de laboratoire à une question très corporate — comment circule la donnée, dans une équipe, quand tout se joue en quelques heures et que l'erreur ne pardonne pas ? Un dirigeant y trouvera plus de matière que dans bien des formations.
Un professionnalisme qui passionne
Et cela ne reste pas sur le papier. Ces exploits lui ont déjà ouvert la porte des séminaires et des conventions d'entreprise, et le mouvement s'accélère : de plus en plus de sociétés, de fédérations et de réseaux le sollicitent pour intervenir. On comprend pourquoi. Au-delà de l'orateur — solide, capable de transformer 1 650 kilomètres de solitude en enseignements très concrets pour un comité de direction — il y a une présence. Une aura, un charisme qui ne laissent personne indifférent. Avec les bons mots, Olivier ne se contente pas de tenir une salle : il la fédère, l'embarque, la transcende. C'est cette matière-là, autrement plus rare qu'un bon slide, que les entreprises viennent chercher quand elles l'invitent.
Reste une singularité qui en dit long sur la machine : son horloge. Olivier n'existe pas vraiment avant midi — le réveil lui coûte, il lui faut trois bonnes heures pour se brancher au monde. Mais une fois lancé, il ne lâche plus : il se rallume l'après-midi, roule et travaille jusqu'à deux heures du matin, et surtout il enchaîne les journées sur une poignée d'heures de sommeil sans que la mécanique cède.
C'est cela, un vrai loup — pas un simple couche-tard, un increvable. Cette faculté de tenir la distance quand les autres s'effondrent ne se décrète pas ; elle s'entraîne, kilomètre après kilomètre.
Sur le même sujet



























