Installée à Málaga depuis près de cinq ans, l’artiste française Myriam Barchiche déploie une énergie créative débordante sur la scène culturelle locale. De la gravure traditionnelle aux expérimentations contemporaines, membre active du collectif « La Trinidad tiene arte », elle nous livre un regard authentique et passionné sur son parcours et les réalités du métier d’artiste.


Un ancrage malagueño et l’élan du collectif
C’est le jeudi 24 septembre, à l'occasion d'un vernissage organisé par l’association La Trinidad tiene arte au Superlativo Hostal, que Le Petit Journal Andalousie est allé à la rencontre de Myriam Barchiche. Pour l’artiste française, la pose de ses valises en Andalousie a sonné comme le début d'un nouveau chapitre. Riche d’un solide bagage, diplômée en arts plastiques à Paris, passée par les Beaux-Arts de Milan et forte de diverses expériences professionnelles, son arrivée sur la Costa del Sol a ravivé sa vocation première.
Une dynamique impressionnante puisqu'elle comptabilise déjà sept expositions à son actif depuis le mois d'avril dernier, comme elle le confie
Quand on recommence à zéro dans un nouveau pays, il faut tout reconstruire, à commencer par son réseau
Un défi relevé grâce aux structures et collectifs locaux
Depuis quelques mois, Myriam a notamment rejoint les rangs de La Trinidad tiene arte. Née en février 2025 sous l’impulsion de Mara Herrera, cette initiative s’est donné un pari simple mais ambitieux : exposer les créations d’artistes locaux directement dans les vitrines et boutiques du quartier.
Une formule gagnant-gagnant qui démocratise l'art tout en dynamisant le commerce de proximité.
Cet ancrage associatif l’inspire au quotidien explique celle qui multiplie aujourd'hui les projets et expositions collectives à Málaga et dans ses environs:
C’est une vraie symbiose : on partage nos savoir-faire, on crée des opportunités et, surtout, on rompt l'isolement
Myriam Barchiche, une technique large et sans barrières
Initiée aux arts plastiques dès l'âge de six ans et formée à la rigueur de la gravure taille-douce (selon la méthode de l'historique atelier Hayter), Myriam Barchiche refuse de se laisser enfermer dans une case. Peinture à l'huile, travail du bois ou gravure sur métal : pour elle, le médium reste au service de l'idée, jamais l'inverse.
La technique ne doit jamais être un frein au propos artistique. Avoir un panel technique large permet d'élargir le champ des possibles
Une curiosité sans limites qui l'a naturellement amenée à apprivoiser l'intelligence artificielle dans ses travaux récents, sans jamais renoncer à une éthique exigeante.
Actuellement, et jusqu'au 15 octobre, c’est à la Sala Bassa de Málaga qu’elle présente son installation Narcisse 2.0. Le principe ? Trois miroirs gravés reflètent l'image du spectateur tout en la déformant subtilement, tandis qu'une tablette interactive invite le visiteur à s'observer à travers un écran doté d'un léger filtre. Une relecture poétique et percutante du mythe antique, taillée sur mesure pour notre époque hyperconnectée.
Pour Myriam, l'outil numérique enrichit la démarche sans jamais supplanter la main de l'homme :
L'IA n'est qu'un outil de plus, au même titre qu'un pinceau ou un stylet. L'ascenseur n'a jamais remplacé l'escalier : la sensibilité et l'émotion humaines conserveront toujours leur place
Nouveau défi de Myriam Barchiche
Parmi les performances marquantes de son actualité malagueña, la décoration en direct de tonneaux de vin lors de la fête traditionnelle de Moclinejo, le 13 septembre dernier, occupe une place à part. Un exercice artistique subtil et audacieux, où elle a décidé d’aborder le thème local des verdiales. Un vrai défi, car il est facile de tomber dans le piège de l'appropriation culturelle ou de la mauvaise représentation. Entre une nuit blanche passée à préparer ses calques à l'échelle pour garantir des proportions parfaites et une journée de peinture intense sous l'œil intrigué des passants, l'artiste n'a pas ménagé ses efforts, comme elle nous le raconte en souriant
Je ne sais pas faire les choses à moitié. Dès lors que j'appose ma signature sur une pièce, je m'investis à 100 %. Et le résultat en valait la peine : je suis particulièrement fière de ce baril
Un investissement passionné qui s'avère prometteur. Au-delà des échanges précieux avec le public, son tonneau ainsi que plusieurs de ses œuvres personnelles pourraient très prochainement intégrer une exposition itinérante en projet, avec des pistes sérieuses dans un grand domaine viticole ainsi qu'au centre d'art La Térmica.
Une belle illustration de sa ligne de conduite : dans la création, le travail rigoureux et la générosité finissent toujours par payer.
L’envers du décor : l’exigence et la sincérité du métier
Loin des lumières tamisées des vernissages, Myriam Barchiche n'hésite pas non plus à évoquer la réalité du quotidien d'une artiste indépendante. Entre paperasse administrative, candidatures aux concours (convocatorias), logistique d'atelier et communication sur les réseaux sociaux, la création pure ne représente souvent que la face visible de l'iceberg comme le rappelle l'artiste avec lucidité :
Aujourd’hui, le coût de la vie ne permet plus d’être un simple troubadour vivant d'amour et d'eau fraîche
Il faut de l'audace, du courage pour pousser des portes et monter des projets, en sachant pertinemment que la plupart des démarches se font à perte.
Être artiste aujourd’hui, c’est jongler avec une multitude de métiers. Quand je signe un tableau, il faut que je puisse me regarder dans la glace. Je ne recherche pas la facilité commerciale mais l'échange authentique avec ceux qui regardent mes tableaux
Qu'elle expose dans des galeries institutionnelles, réponde à des appels à projets locaux ou aille à la rencontre des habitants sur les marchés d’artisanat, Myriam Barchiche trace son sillon avec une énergie communicative. Une figure inspirante de la communauté
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