Lundi 28 septembre au soir, des centaines de citoyens se sont rassemblés devant la mairie de Málaga pour exiger un droit fondamental : un toit pour tous. Organisé à l'appel des collectifs Sindicato de Inquilinas et Un Techo por Derecho, ce rassemblement s'est décliné simultanément dans les plus grandes métropoles espagnoles (Madrid, Barcelone, Séville...), marquant un tournant face au manque de réponses institutionnelles. À Málaga, la mobilisation s'est achevée par le blocage du trafic et l'installation d'un campement sur la Plaza de la Constitución.


Crise du logement à Málaga : un premier rassemblement devant la mairie
Dès 20 heures, le parvis de l’Ayuntamiento s'est rempli d'habitants venus porter une série de revendications urgentes : la neutralisation des fonds de placement spéculatifs, l'encadrement strict des loyers, le moratoire sur les expulsions et la garantie effective d'un accès au logement. Pour les représentants associatifs présents, la crise actuelle ne découle pas du hasard, mais d'un modèle économique centré sur le rentisme et cautionné par les autorités publiques.
Après un été émaillé de rassemblements restés selon eux sans réponse des pouvoirs publics, l'atmosphère de ce début d'automne témoigne d'un sentiment proche du ras-le-bol généralisé.
Ruben, 24 ans et habitué des mobilisations malaguènes depuis dix ans s’exprime :
La patience des malagueños est à bout. Nous résisterons, même si le gouvernement décide d'envoyer la police en masse
Quelques minutes après la lecture du manifeste officiel rédigé par le Sindicato de Inquilinas et Un Techo por Derecho, la foule s'est mise à agiter collectivement ses clés.

Ce geste symbolique, repris à l'unisson dans plusieurs villes du pays, a résonné au rythme de chants ciblant la responsabilité des bailleurs et l'inaction politique, avec un mot d'ordre omniprésent : empêcher que le cas de Maricarmen ne se répète.
Parmi les personnes réunies, des profils de tous âges illustrent l'ampleur du problème : des retraités touchés par la précarité actuelle, d'anciens militants des mouvements sociaux des années 2010 observant de nouveau la rue se soulever, ou encore des trentenaires et quarantenaires contraints de retourner vivre chez leurs parents ou de cohabiter faute d'indépendance financière.
Málaga : un campement solidaire face aux tensions politiques
Vers 21 heures, les manifestants se sont engagés sur l'Avenida de Andalucía, interrompant temporairement la circulation automobile pour rejoindre la Plaza de la Constitución avec la ferme intention d'y installer un campement solidaire (non sans difficultés). Dès le déploiement des premières tentes, les forces de l'ordre ont tenté d'intervenir et d'en retirer certaines, avant de reculer sous la pression citoyenne. La place a rapidement été barricadée par la police municipale, isolant les manifestants à l'intérieur et empêchant le ravitaillement en eau et en nourriture. Un blocus qui a conduit la foule restée à l'extérieur à organiser un sit-in, permettant une véritable démonstration de force et de solidarité.

Au cœur de la nuit, vers 2 heures du matin, la police a finalement levé les barrières, permettant aux autres militants de réinvestir massivement les lieux avant de se retirer presque complètement aux alentours des 4 heures. Pour Joaquín, membre du Sindicato de Inquilinas, la gestion du dispositif policier relève d'une manœuvre politique , tout en soulignant la singularité de la lutte à Málaga
On aurait pu s'attendre à une confrontation violente, mais la tradition militante à Málaga privilégie l'organisation et le soin. La ville a longtemps été perçue comme passive, mais cette paralysie a été brisée par les mouvements sociaux pour le logement. Aujourd'hui, c'est devenu l'une des villes les plus organisées et combatives
Le cas Maricarmen : la réponse d'urgence des autorités
À l'origine de cette vague d'indignation nationale se trouve le drame vécu par Maricarmen Abascal, 87 ans et souffrant d'une invalidité de 50 %. Le 23 septembre dernier, après 71 ans de résidence dans son appartement du quartier de Retiro à Madrid, cette octogénaire a été délogée en civière sous escorte policière, à la suite d'un litige sur un bail ancien repris par un fonds d'investissement. L'immense mobilisation populaire aura finalement porté ses fruits : ce lundi 28 septembre, un accord a été officiellement conclu avec son propriétaire, lui permettant de réintégrer son logement.
Crise du logement en Espagne: accord pour que la retraitée expulsée rentre chez elle, selon son avocat
Cette victoire emblématique, couplée à la pression citoyenne des campements installés à la Puerta del Sol et dans les grandes capitales provinciales, a provoqué une réponse politique immédiate. Ce mardi 29 septembre, le Conseil des Ministres a acté l'adoption de deux décrets-lois majeurs. Le texte prévoit notamment la prolongation de la protection contre les expulsions jusqu'en 2030, l'encadrement des locations de saison et à la chambre, la prorogation de deux ans des baux en cours s'achevant avant le 31 décembre 2028, ainsi que l'interdiction d'achat d'habitations par les fonds spéculatifs jusqu'en 2028.
Espagne : face à la colère sociale, le gouvernement s'attaque à la crise du logement
À Málaga, le problème est tout aussi présent : pour la seule année 2025, plus de 1 100 procédures d'expulsion ont été exécutées à l'échelle de la province, soit une moyenne de plus de vingt foyers délogés chaque semaine. Ce phénomène frappe de plein fouet des seniors installés depuis des décennies dans leur quartier, parfois menacés d'expulsion ou poussés vers des solutions d'hébergement temporaires non désirées. C'est précisément cette confrontation directe avec la détresse humaine qui motive l'engagement quotidien de militants comme Joaquín :
Quand tu as regardé dans les yeux des gens qui n'ont rien, comme des familles avec des enfants à la rue, tu ne peux plus regarder ailleurs
Occupation à Málaga : le campement citoyen s'organise et résiste
Au lendemain de cette nuit mouvementée, la Plaza de la Constitución s'est réveillée dans un calme structuré. Les militants se sont organisés en plusieurs commissions : gestion du ravitaillement, soutien sanitaire, programme d'activités et installation des équipements de protection.
Loin de relâcher la pression après les premières annonces institutionnelles, les occupants comptent bien maintenir l'élan populaire et réaffirmer leur solidarité sur le terrain. Pour ce faire, ils organisent un festival culturel au cœur du campement, mêlant concerts, prises de parole et ateliers, afin de rassembler à nouveau les habitants de Málaga. L'objectif reste aussi de sensibiliser un public plus large, tout en constituant un lieu permanent d'échange et de résistance.
Si l'éventualité d'une grève générale nationale commence à être évoquée parmi les collectifs pour peser durablement sur les décisions politiques, les occupants considèrent avoir déjà remporté une étape essentielle. Indépendamment des mesures gouvernementales, l'occupation de la place et la solidarité logistique déployée témoignent d'un réveil citoyen durable.
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