Attachée de conservation au centre Pompidou Paris, Anne Foucault travaille au service des collections modernes. Commissaire de l’exposition nous l’avons rencontré pour qu’elle nous présente ‘El gesto y la materia’, la nouvelle exposition du Centre Pompidou de Malaga.


LePetitJournal : Quelle époque couvre cette exposition que vous organisez, Anne Foucault?
Anne Foucault : Je travaille au service des collections modernes et donc j’ai réalisé cette exposition avec Christian Briend, qui est conservateur et chef du service des collections modernes, exposition autour de l’abstraction lyrique et informelle qui couvre les années 1940-1950 et même un petit peu les années 1960.
Parlez-nous de cette exposition qu’est-ce qu’elle a de particulier ?
L’idee principale était de montrer la dimension internationale de cette tendance picturale, qui a peut-être trop tendance à être réduite à un dialogue entre Paris et New York et nous avons voulu ouvrir le plus grand possible, mais avec les limites de la collection du centre Pompidou, qui sont très riches mais non exhaustives, avec une géographie la plus étendue possible.
Donc bien sûr Paris et l’Amérique du Nord mais aussi l’Espagne, ici c’était très important pour nous d’inclure des artistes espagnols, donc Antonio Saura et Manolo Millares, et aussi d’étendre à l’Asie et plus particulièrement au Japon qui est représenté par trois artistes et la Chine avec un artiste, Zao Wou-Ki, qui est peut-être plus Franco-Chinois que Chinois car, à partir de 1948, il s’installe définitivement en France.
On découvre des œuvres incroyables dans cette exposition, parlez-nous de ces incontournables
Il y a plusieurs œuvres très importantes
Je pense que le trio inaugural d’œuvres de Wols, même s’il s’agit de petits formats, sont en réalité des œuvres très belles et qu’il était important de les présenter ici parce qu’elles sont séminales pour ce mouvement en France et c’était beau, je trouve, de montrer ces petits formats discrets, assez intimistes, mais au fond très puissants, et de voir comment ça a pu inspirer des artistes qui après sont aller faire des choses beaucoup plus spectaculaires.
Donc moi je retiens ce moment-là, je retiens aussi bien sûr la confrontation entre Pollock et Mathieu qui est assez spectaculaire et Pollock c’est toujours fantastique!
Il y a une autre façon de peindre aussi dans cette exposition, des gestes assez incroyables?
C’est l’une des caractéristiques de cette abstraction.
Je ne vais pas dire que chaque artiste invente une nouvelle méthode de peinture, mais tous cherchent vraiment à inventer quelque chose de neuf, que ce soit dans le résultat ou dans la façon de faire. Parce que c’est aussi un changement de rapport à l’acte de peindre, du rapport à la toile, qui va devenir autant le lieu de la représentation parce que, même si c’est abstrait, il y a quand même l’idée d’une représentation, que le lieu de l’enregistrement d’une action en fait qui est celle de peindre et souvent il y a une grande physicalité.
Quelle est l’œuvre ou quelles sont les œuvres qui vous parlent le plus?
![Jackson Pollock, Number 26 A, Black and White [Numéro 26 A, blanco y negro], 1948. Pintura gliceroftálica sobre lienzo, 205 x 121,7 cm. Dación en pago en 1984. Collection Centre Pompidou, Paris © 2026 The Pollock-Krasner Foundation © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. GrandPalaisRmn.](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Finline-images%2FIMG_3683.jpeg&w=3840&q=75)
Pour moi, les deux œuvres les plus importantes de l’exposition c’est certainement, bien évidemment, celle de Jackson Pollock, on y revient toujours, car il est tellement important pour beaucoup d’artistes à cette époque qui vont le voir.
Et j’aime beaucoup ce format vertical. très beau parce qu’il a cette dimension immersive!
Pollock décède trop tôt, mais il est très vu, il est très commenté, il va inciter en fait beaucoup d’artistes à aller vers ce dépassement de la peinture traditionnelle, à aller plus loin dans la pratique de l’abstraction, à inclure le corps.

Un petit peu dans cette même veine, moins connu évidemment en Europe, l’œuvre de Kazuo Shiraga, est très forte visuellement c’est ça qui est étonnant. Malgré cette dimension improvisée (l’œuvre est réalisée par l’artiste au moyen de ses pieds alors qu’il est suspendu au-dessus de la toile), le résultat est extrêmement puissant visuellement.
Le mouvement Gutai, dont cette œuvre est représentative, est un mouvement qui est peu présent dans les collections européennes, même si le Centre Pompidou possède des œuvres importantes de ce mouvement.
C’est important de pouvoir montrer ses œuvres très fortes qui ne viennent pas de l’autre bout du monde mais presque!
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