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Bras de fer au port de Málaga : le maire refuse d'enlever les statues controversées de Ginés Serrán

À quelques heures du délai fixé par l'Autorité Portuaire pour leur retrait ce mercredi 16 septembre, les sculptures « Les Colonnes de la Mer » cristallisent les tensions à Málaga. Entre un maire résolu à conserver ce don artistique et une fronde d'institutions culturelles dénonçant une atteinte au patrimoine, le conflit atteint son paroxysme.

Sculpture de Neptune. (Lola Pogrzeba)Sculpture de Neptune. (Lola Pogrzeba)
Neptune, sculpture de Ginés Serrán. (Lola Pogrzeba)
Écrit par Lola POGRZEBA
Publié le 15 septembre 2026

Statues de Ginés Serrán à Málaga : un ultimatum qui divise la ville

Le front de mer de Málaga est le théâtre d’un affrontement politique et culturel majeur. Offertes à la ville par l'artiste Ginés Serrán, originaire de Ceuta, les imposantes figures en bronze représentant deux lions, Neptune et Vénus, baptisées Les Colonnes de la Mer, devaient en principe être démontées ce mercredi 16 septembre. 

Cette date marque l'échéance de l'autorisation d'occupation temporaire de six mois accordée en mars dernier par l'Autorité Portuaire.

Cependant, le maire de Málaga, Francisco de la Torre, a pris de court les acteurs du dossier ce lundi 14 septembre en affirmant publiquement son intention de maintenir les statues dans la ville, à leur emplacement actuel sur le port où leurs socles sont déjà scellés. L'artiste et son équipe juridique soutiennent cette démarche et ont récemment présenté un dossier appuyé par plus de 12 000 signatures de citoyens favorables au maintien des œuvres. Une réunion d'urgence du conseil local s'est tenue ce mardi 15 septembre afin d'étudier la possibilité d'intégrer officiellement ces statues au patrimoine municipal avant la date limite.

 

 


Sculptures du port de Málaga : chronologie d'un feuilleton culturel

L'histoire de cette installation valorisée à trois millions d'euros est marquée par la controverse depuis ses débuts :

À l'origine du projet, le sculpteur Ginés Serrán proposait un accord de prêt gracieux d'une durée de 25 ans à la ville de Málaga. En hommage aux origines malagueñes de son père, l'artiste entendait faire de ces figures mythologiques un nouveau symbole visuel pour la cité. Or, dès le mois de janvier 2026, l'annonce de l'implantation des statues suscite de vives critiques. Des mouvements d'opposition s'organisent et une pétition en ligne rassemble rapidement des milliers de signataires réclamant l'arrêt du projet.

Alors que la pose était initialement programmée pour le 21 février, l'Autorité Portuaire décide d'interrompre le chantier face au manque de consensus et aux réticences juridiques et esthétiques. Après plusieurs semaines de blocage, un compromis précaire est finalement trouvé. Le 12 mars 2026, les statues de Vénus et Neptune sont enfin érigées sur le port, mais avec une concession majeure : au lieu des 25 ans espérés par l'artiste, l'Autorité Portuaire n'accorde qu'une autorisation provisoire de six mois non reconductible, fixant la date limite d'enlèvement au 16 septembre.

 

Málaga : levée de boucliers culturelle contre les statues du port

Face à la volonté de la mairie de conserver ces sculptures, la réaction du monde académique et intellectuel s'est durcie. Une tribune conjointe d'une fermeté inédite regroupe les principales instances patrimoniales de la ville : l'Académie royale des beaux-arts de San Telmo, l'Ateneo de Málaga, la Société économique des Amis du Pays ainsi que l'Institut d'études urbaines et sociales (IEUS).

Les détracteurs dénoncent un ensemble sculptural qualifié de « pseudo-classique » et de « kitsch », allant jusqu'à comparer la posture monumentale de Neptune et Vénus à des super-héros de bande dessinée. Selon eux, ces figures de bronze d'une hauteur imposante dénaturent l'harmonie paysagère du front de mer et rompent la perspective visuelle du centre historique. Ils exigent le respect strict de la décision de l'Autorité Portuaire et le retrait immédiat des œuvres.

Cette opposition virulente n'a pas échappé au reste du pays. Face au rejet exprimé par les institutions malaguènes, d'autres municipalités espagnoles ont déjà manifesté leur intérêt pour récupérer l'ensemble sculptural. L'artiste aurait en effet reçu plusieurs sollicitations de villes prêtes à accueillir ses créations si Málaga décidait définitivement de les rejeter.

Alors que les engins de démontage étaient censés intervenir ce 16 septembre, le bras de fer entre la municipalité et les instances culturelles plonge le projet dans une impasse réglementaire. Málaga se retrouve aujourd'hui prise entre la volonté d'un maire soutenu par une partie des habitants et la position inflexible des défenseurs du patrimoine maritime.

Les prochaines heures seront déterminantes pour savoir si les statues quitteront le port pour une autre destination ou si la mairie parviendra à leur trouver un ancrage définitif.

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