

350 ans après la première représentation publique de Tartuffe, la pièce de Molière est toujours d'actualité. Sylvaine Strike, la metteuse en scène sud-africaine qui a réadapté le grand classique L'Avare en 2012 avec finesse et grand succès, revient avec un Tartuffe à sa façon. Rencontre avec cette francophile aux nombreux talents quelques jours avant le début de la tournée nationale.
Parlez-nous de votre « French connection ».
Cela remonte à assez loin ! J'avais 23 ans à l'époque quand j'ai fait une demande de bourse à l'Institut français d'Afrique du Sud (IFAS) pour étudier à l'école Jacques Lecoq à Paris. J'ai eu beaucoup de chance et j'ai obtenu une bourse pour suivre une formation de deux ans entre 1998 et 2000. Cette expérience m'a énormément marquée et a eu un impact sur ma vie d'artiste, notamment en ce qui concerne la mise en scène. A mon retour, je suis restée en contact avec l'IFAS et j'ai proposé mon projet d'adaptation de la pièce de L'Avare dans le cadre des Saisons croisées France-Afrique du Sud en 2012 et 2013. C'était en quelque sorte une reconnaissance de ce grand cadeau que l'IFAS m'avait fait 12 ans auparavant. C'était une grande première puisqu'aucune pièce de Molière n'avait été présentée en Afrique du Sud depuis 20 ans. J'ai collaboré à nouveau avec l'IFAS l'année dernière pendant les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale avec la création de la pièce Devil's Wood et puis l'IFAS a commissionné la création d'une nouvelle pièce de Molière de mon choix cette année.

L'Avare et maintenant Tartuffe, pourquoi le choix de ces deux pièces de Molière ?
La crise financière mondiale de 2012 venait d'éclater au moment où j'ai choisi de travailler sur l'adaptation de L'Avare. Cela a chamboulé le monde, tout était questionné, par exemple la façon de distribuer et répartir l'argent au niveau global. Je trouvais intéressant d'explorer le thème de l'avarice tout particulièrement par rapport à la situation de l'Afrique du Sud. Quant à la deuxième création, j'ai hésité entre Le Misanthrope et Tartuffe. De nos jours, la situation politique est assez terrifiante. Pour moi, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis qui a eu lieu pendant que nous planifions Tartuffe a renforcé ce besoin de mettre à jour le vrai visage de certains hommes politiques. Les gens sont aveugles face à la vérité et mettent leur confiance en des imposteurs en espérant que la situation se rétablisse, en vain. Le personnage d'Orgon a en lui cette certaine naïveté. Tartuffe est une métaphore de ce qui se passe dans le monde entier.

A votre avis, pourquoi Molière et les deux ?uvres que vous avez choisies sont-ils encore si pertinents au XXIe siècle ?
Molière parlait au peuple : c'était et c'est une voix qui pénètre toutes les oreilles. Il n'avait pas peur de parler des vérités qui l'entouraient tout en restant dans le registre de la comédie. Il était capable de rire de situations, même si cela faisait mal. De nos jours, le public a besoin de rire et de reconnaître les erreurs commises en riant.
L'Avare a été récompensé et acclamé par la critique, à quoi pouvons-nous nous attendre dans cette nouvelle adaptation de Tartuffe ?
La pièce commence dans une ambiance de fête troublée par des aveux familiaux dérangeants : c'est une attaque à la joie. Le thème de la pièce est introduit dans une maison et puis petit à petit s'approprie le pouvoir d'une façon subtile mais forcée. C'est un peu comme un jardin plein de vie qui se vide petit à petit de plantes et commence à manquer d'oxygène - la joie de vivre. C'est une métaphore importante visuellement, surtout pour un public qui n'a pas l'habitude de la poésie et du théâtre, comme le public scolaire. Nous avons d'ailleurs ouvert les répétitions aux écoliers, aux étudiants en journalisme, français et théâtre.

Vous soutenez les jeunes talents, parlez-nous de l'équipe de Tartuffe.
Je me suis entourée de neuf comédiens, d'acteurs réputés dans le métier depuis longtemps pour les rôles principaux, deux d'entre eux jouent deux rôles, et deux viennent de terminer leurs cours de théâtre et interprètent les jeunes amoureux Marianne et Valère. C'est très intéressant de voir des acteurs qui n'ont pas l'habitude de « parler avec leur corps » et d'y insuffler le langage de Molière pour traduire une vision visuelle plutôt qu'intellectuelle. Le Misanthrope n'a pas autant de mouvements et de scènes provocantes, c'est pour ça que j'ai finalement choisi Tartuffe. L'expression corporelle est un élément extrêmement important dans mon processus de création. Comme m'ont appris mes maîtres à l'Ecole Lecoq : « On ne fait pas de la littérature en costumes, tout est dans l'expression, dans le visuel et dans la poésie du corps ».
Exposition
Une exposition a été montée en parallèle de la tournée pour présenter différents thèmes en lien avec Tartuffe : le théâtre du 17e siècle, la vie de Molière, l'histoire de Tartuffe et les pièces de Molière en Afrique du Sud.
La tournée Tartuffe
Soweto
Soweto Theatre, Red Theatre
Du 6 au 8 avril
Cape Town
Baxter Theatre, Flipside Theatre
Du 18 au 29 avril
Durban
Courtyard Theatre at the Durban University of Technology
Du 24 au 26 mai
Johannesburg
Joburg Theatre, Fringe Theatre
Du 31 mai au 25 juin
D'autres dates seront annoncées !
Plus d'infos
www.tartuffe.co.za
Twitter et Facebook #TartuffeSA
Facebook IFASCulture
Twitter IF_SouthAfrica
Découvrir le travail de Sylvaine Strike
Sur le site internet de sa compagnie Fortune Cookie Theatre Company
Sur Youtube
(www.lepetitjournal.com/johannesbourg) Vendredi 31 mars 2017
Photos : Dee-Ann Kaaijk / IFAS




































