Édition internationale

ZEMMOUR/GUILLON- Peut-on les laisser tout dire ?

 

L'humoriste Stéphane Guillon et le journaliste Eric Zemmour ne s'aiment pas beaucoup. Pourtant, un même goût pour la provocation, voire l'outrance,  les rassemble au c?ur d'une polémique sur la liberté d'expression.  Tous deux provoquent l'embarras des  groupes de presse qui les emploient. Faut-il les bâillonner?

Eric Zemmour et Stéphane Guillon dans la tourmente (AFP) "Si on réécoute posément mon papier, c'est une fiction. Je disais qu'en vérité Eric Besson a toujours travaillé en sous-mains pour le Front national"  explique Stéphane Guillon sur France Inter au lendemain de sa chronique sur le ministre de l'Immigration. Il ajoute : "Un homme qu'on attaque toujours pour ses traitrises, pour une fois je le dépeins comme quelqu'un d'extrêmement fidèle et il le prend mal! Humoriste, ça devient vraiment compliqué." Eric Besson s'est en effet offusqué,  lundi, de "la dérive" de Stéphane Guillon, qu'il considérait comme un dérapage "raciste" à son égard. Dans la même chronique, Guillon avait au passage épinglé Zemmour, lui aussi mis en cause pour ses propos.

Journaliste, chroniqueur sur RTL et sur France 2, Eric Zemmour est convoqué lundi prochain par la direction du Figaro pour "un entretien préalable au licenciement". Venu assurer la promotion de son dernier ouvrage, Mélancolie française, le 6 mars dernier sur Canal + dans l'émission de Thierry Ardisson, il a affirmé : "les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes? C'est un fait." Etienne Mougeotte, le directeur des rédactions du Figaro, n'a guère apprécié : "ce n'est pas la ligne du journal que de tenir des propos racistes", a-t-il averti. Si la LICRA dit finalement accepter les explications du journaliste (voir la lettre d'Eric Zemmour à la Licra), une procédure judiciaire pourrait être engagée par SOS-Racisme. L'émotion a aussi gagné le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), où l'on envisage de déclencher une procédure de mise en demeure à l'encontre de Canal +.

Et la liberté d'expression?
L'affaire suscite logiquement une émotion très forte au Figaro, parce que Zemmour, apprécié par une bonne partie de son public, apparait comme une figure de la liberté d'expression. Même trouble à la Maison de la Radio, après les excuses à Eric Besson de Jean-Luc Hees, le patron de Radio France. Selon le Syndicat National des Journalistes (SNJ) de France Inter, "ce n'était sans doute pas la plus drôle, ni la plus fine des chroniques de Stéphane Guillon. Mais il ne s'agissait tout de même que de ça, d'une chronique humoristique utilisant un procédé vieux comme le monde, omniprésent dans la presse écrite: la caricature".
"C'est vrai que c'est extrêmement violent, je n'aurais pas dû, je m'en excuse", a renchéri Guillon, goguenard, à l'antenne, avant de proposer que Le Monde ne demande pardon pour tous les dessins de Plantu publiés dans le quotidien.  Solidaire, Guy Bedos est monté au créneau : "Un pays sans journalistes libres et sans humoristes libres sent une certaine forme de totalitarisme et de dictature, qu'on le veuille ou non. C'est une tradition nationale que des humoristes s'attaquent à des personnages publics et notamment politiques. Les humoristes sont là, d'une certaine manière, pour servir de soupape et soulager", a-t-il estimé.
MPP (www.lepetitjournal.com) mercredi 24 mars 2010

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