Édition internationale

VOILE INTEGRAL – Banni des lieux publics


La France devient ce lundi le premier pays à bannir la dissimulation du visage dans les lieux publics et par voie de conséquence le port du voile intégral. En cas d'infraction, les ferventes du niqab risquent 150 euros d'amende et leur mari un an de prison

La loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics est entrée en vigueur lundi 11 avril. La France est le premier pays au monde à bannir ainsi le port du voile intégral (burqa, niqab) en dehors du cercle privé (photo AFP). La loi stipule que toute personne (de tout âge, sexe et nationalité) doit circuler à visage découvert sur le territoire français. Le voile intégral est donc interdit sur la voie publique et dans tous les lieux ouverts au public ou affectés à un service public, comme l'école, les mairies, préfectures, tribunaux, hôpitaux, musées, bibliothèques, stades, les transports collectifs mais aussi les parcs, plages, commerces, restaurants, cinémas et théâtres. La liste des lieux autorisés est bien plus restreinte : à la maison, aux abords et au sein des lieux de culte et en voiture, tant que la personne ne conduit pas.

Qu'est-ce qu'on risque ?

Si elles enfreignent la loi, les quelque 2.000 femmes portant le niqab en France - mais également les touristes du Moyen-Orient et d'ailleurs en visite en France - sont passibles d'une amende de 150 euros et/ou d'un stage de citoyenneté. Si leur époux s'oppose à ce qu'elle circule à visage découvert "par menace, violence, contrainte, abus d'autorité ou abus de pouvoir", il pourra être condamné à un an d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. La peine sera doublée si la personne contrainte est mineure. Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henri Bradet, insiste cependant sur le fait que cette loi n'est pas uniquement destinée aux femmes voilées intégralement : "Cette circulaire est faussement appelée circulaire niqab. En réalité, ce texte s'applique à bien d'autres situations comme les casseurs dans les manifestations ou les hooligans qui masquent leur visage dans les stades".

Attention aux dérapages
Un site internet ainsi qu'une campagne d'affichage (cf. photo de droite) ont été lancés par le gouvernement afin d'expliquer au mieux cette nouvelle législation. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a envoyé le 31 mars ses instructions aux préfets et aux forces de l'ordre pour éviter tout malentendu quant à l'application de cette loi encore controversée. Pierre-Henri Bradet, explique que les gendarmes et les policiers, seuls habilités aux contrôles, feront preuve "de discernement, de pédagogie et privilégier[ont] l'écoute et le dialogue". Les personnes enfreignant la loi seront donc interrogées dans un coin tranquille, afin d'éviter les attroupements, et si le contrevenant refuse de dévoiler son visage, il pourra être conduit au commissariat. "Il est hors de question d'arracher un voile ou de pratiquer un déshabillage forcé. C'est de toute façon interdit par la loi", souligne un commissaire de banlieue. Mais les forces de l'ordre avouent qu'il sera très difficile de mettre en pratique cette réglementation. "On nous demande de faire preuve de diplomatie et de pédagogie. Certes, mais que faire si la personne voilée refuse d'ôter son voile afin de se soumettre à un contrôle d'identité ? Ça, c'est une vraie question. Cette même circulaire mentionne qu'en cas de difficulté, le procureur de la République sera avisé. Très bien, mais sur quelle instruction, et sur quels délais ?", s'interroge Mohamed Douhane, de Synergie officiers.

Ceux qui s'opposent à la loi
Alors qu'aux Pays-Bas et en Belgique, le débat est également lancé, la décision française n'est pas comprise par tous les gouvernements étrangers. Le département d'Etat américain avait ainsi pointé du doigt la France, il y a quelques mois, dans un rapport sur les atteintes contre les libertés religieuses dans le monde. Washington s'inquiéterait d'une montée des tensions religieuses en Europe.

L'homme d'affaires, Rachid Nekkaz, éphémère candidat à la présidentielle de 2007, s'est opposé publiquement à l'interdiction du voile intégrale dans la rue et a annoncé qu'il mettait aux enchères son immeuble de Choisy-le-Roi en banlieue parisienne, pour "payer toutes les amendes des femmes portant librement le niqab dans la rue". Si cette annonce n'est qu'un nouveau coup médiatique, la réaction des femmes intégralement voilées ?qui fuient les médias- reste un mystère. Vont-elles accepter de quitter le niqab ?et enfiler un hijab, qui découvre le visage- pour se plier à la loi ? Braveront-elles les forces de l'ordre ? Ou resteront-elles cloîtrées chez elles quitte à s'isoler davantage ? Seul l'avenir pourra nous le dévoiler.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) lundi 11 avril 2011

En savoir plus


Article du Parisien, Le voile intégral banni de la rue
Article d'Europe 1, Voile intégral: la loi entre en vigueur

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