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À la découverte du Barrio Yungay, centre culturel de Santiago

Par Édouard Maury | Publié le 18/06/2021 à 19:18 | Mis à jour le 26/06/2021 à 00:31
Photo : Édouard Maury - El Roto Chileno au centre de la Plaza Yungay
Le Roto Chileno au centre de la Plaza Yungay

Voisin du Barrio Brasil, le Barrio Yungay se démarque par un environnement chargé en histoire remis au goût du jour. Si des monuments marquants de l’histoire du Chili se situe dans ce quartier, les peintures murales et l’ambiance propre au lieu lui donne un charme atypique et différent des autres communes de Santiago.

 

Amateurs de découvertes ou simples touristes, vous tomberez forcément sous le charme du Barrio Yungay. Premier quartier de Santiago reconnu par le gouvernement en 1839, cet endroit mêle à la fois hauts lieux de la culture chilienne et simplicité d’un quartier résidentiel. Que vous arriviez en train depuis la Estación Central ou que vous souhaitiez visiter Santiago en découvrant l’histoire du Chili, le Barrio Yungay est un passage obligatoire.

La fondation du quartier

L’histoire du Barrio Yungay démarre dès la conquête et la fondation de Santiago en 1541 par Pedro de Valdivia. Le conquistador espagnol céda à un de ses soldats, Diego Garcia de Caceres, un terrain situé entre le Rio Mapuche et l’actuel Alameda. Celui-ci en fit une propriété luxuriante avec des exploitations, des cultures à perte de vue et une ferme à l’endroit de l’actuel avenue Matucana et de la Quinta Normal. De l’autre côté du quartier, se situait le chemin qui porta tour à tour le nom de ses propriétaires : Garcia de Caceres, Saravia, Callejon de Portales, ou encore Negrete. Cette avenue est désormais l’Avenida Brasil.
 

Pasaje Adriana Cousiño
Pasaje Adriana Cousiño

 

Au début du XIXe siècle, José Santiago Portales Larrain reçu en héritage de son père Diego Portales, l’exploitation qui comportait alors plus de 350 hectares de terres. L’Etat acquis en 1836 un terrain pour former un champ expérimental agricole : la Quinta normal. Autour s’est alors dévelopé un quartier. À cette même époque, les descendants de Jose Portales Larrain, les Portales Parazuelos, divisèrent l’entièreté de la propriété en 16 parts et les vendirent. Juan de la Cruz Sotomayor et Jacinto Cueto achetèrent la part de Don Diego Portales à la suite de son assassinat en 1837. Ainsi vit le jour le Barrio Yungay dans lequel on souhaita installer une place ainsi qu’une église : la place Yungay et l’église San Saturnino. Par décret du président Jose Joaquin Prieto, le quartier fut officiellement renommé barrio Yungay le 5 avril 1839, faisant ainsi de lui le premier quartier reconnu de la capitale andine. Le nom est éponyme de la ville du Nord du Pérou, où eu lieu l’ultime bataille de la guerre de la confédération qui fut remportée par l’armée dissidente péruvienne appuyée par le Chili contre la confédération péruvio-bolivienne. C’est en l’honneur de cette bataille, gagnée avec des soldats rudimentaires, que la statue du Roto chileno fut installée sur la place Yungay.

En très peu de temps le quartier vit sa population exploser. Des maisons se construisaient à tour de bras et l’économie fonctionnait à merveille. Rapidement les classes moyennes et moyennes-hautes vinrent s’installer dans ce secteur, en faisant un haut lieu intellectuel et culturel avec des théâtres, des musées, et la présence de grands personnages de l’époque comme le poète et auteur de l’hymne national Eusebio Lillo, le futur président argentin José Rodrigo Faustino, ou encore le scientifique Ignacio Dameyko.

Le barrio Yungay, passé, présent et futur du Chili

Le quartier a changé de visage au tournant du XXe siècle. En cause, le déménagement progressif du centre de Santiago vers l’actuel Providencia, l’augmentation de la population et l’installation dans le quartier de personnes de milieux ouvriers ou originaires de l’immigration. Mais depuis 1930, et jusqu’à aujourd’hui, il représente un monde à part du reste de Santiago. Une sorte de quartier expérimental qui mélange les genres et les populations. Avec une histoire propre et une physionomie provinciale, le quartier n’a pas connu la même dynamique négative que le barrio Brasil. C’est son évolution en marge du reste de la ville qui l’a amené à avoir des idées différentes, comme son opposition à la dictature d’Augusto Pinochet, ou sa place de bastion des protestations de 2019. Le symbole de cette marginalité est sans doute la fête du Roto chileno chaque 20 janvier.

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Et si vous doutez de l’identité du quartier, allez simplement y faire un tour ! Le bâtiment le plus réputé du quartier, si ce n’est de Santiago entier, doit être le musée de la Mémoire. Inauguré en 2010 pour le bicentenaire de l’indépendance du Chili, ce complexe est voué à ne pas oublier les violences et les violations des droits humains qui eurent lieu au cours de la dictature Pinochet entre 1973 et 1990. Des documents manuscrits, audios et visuels retracent cette période sombre de l’histoire du pays pour promouvoir les valeurs de tolérance et de respect de la dignité humaine pour qu’un tel fléau ne se répète pas. À quelques mètres seulement, vous pouvez retrouver la bibliothèque de Santiago, ainsi que l’immense Parque Quinta Normal qui au-delà de sa végétation, abrite le Museo Nacional de Historia Natural, le Museo de Arte Contemporeano et le Museo Artequin. Ce dernier pavillon qui représentait le Chili lors de l’exposition universelle de Paris de 1889, fut démonté et expédié à Santiago où il accueille désormais des œuvres représentatives de la peinture occidentale.

Et des traces de la France en plein cœur du barrio Yungay

Située sur l’Avenida Compañia de Jesus, la Peluqueria Francesa (Le salon de coiffure français, NDLR) est un lieu mythique du quartier, en place depuis 1868. Les 153 ans, ce lundi 21 juin, de ce salon de coiffure, à la fois restaurant, seront l’occasion pour Lepetitjournal.com Santiago de revenir plus en longueur sur cette institution du Barrio Yungay. Enfin, passer par le quartier entend entrer en son cœur, et à ce moment-là, quelle autre solution que de passer par la place Yungay. En son centre trône fièrement le Roto chileno, ce soldat inconnu, allégorie de la défense de la patrie par le peuple chilien lors de la guerre contre la Bolivie et le Pérou. Au sud de la place, l’église San Saturnino, construite en 1844, mais partiellement détruite par le tremblement de terre de 2010. Enfin, l’un des endroits qui symbolise le mieux le quartier est le Pasaje Adriana Cousiño. Entre maisons parées de couleurs et jardins verdoyants dans son centre, c’est à la fois l’étroitesse des faubourgs, et la proximité des autres que l’on retrouve en son sein. De quoi rappeler pendant quelques minutes que vous êtes sur d’anciennes exploitations, que les maisons et le béton ne font qu’emprunter.

Édouard Maury

Étudiant à Sciences Po Aix, j'effectue un stage au sein de la rédaction de lepetitjournal.com Santiago. Passionné de sport, et de nature, je découvre le Chili pour la première fois.
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