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Tempelhof, Tegel, BER : l'histoire mouvementée des aéroports de Berlin

Pendant plus d’un siècle d’histoire, ce ne sont pas moins de trois aéroports différents qui se sont succédé à Berlin. Un aéroport historique majeur devenu parc urbain, un aérodrome construit en 90 jours pendant le blocus soviétique, un chantier resté seize ans en travaux. Voici leur histoire, du premier vol à la situation actuelle.

Aéroport de Tempelhofer Feld à Berlin vue depuis les pistes en jachèreAéroport de Tempelhofer Feld à Berlin vue depuis les pistes en jachère
© Malo TREHIN
Écrit par Malo Trehin
Publié le 21 août 2026

Tempelhof, du blocus au parc urbain

Le site de Tempelhof sert de terrain d'exercice à une division de ballons militaires prussiens dès 1887, avant de devenir un aéroport à part entière le 8 octobre 1923. La compagnie Lufthansa y installe sa base en 1926, et Tempelhof devient en 1927 le premier aéroport au monde desservi par un métro.
En 1936, le Troisième Reich lance la construction d'un nouveau terminal, dessiné par l'architecte Ernst Sagebiel pour évoquer un aigle en vol. Les travaux, interrompus par la guerre, donnent naissance à l'un des plus grands bâtiments du monde à l'époque, devancé seulement plus tard par le Pentagone. Des prisonniers y sont contraints de fabriquer des avions militaires.
Les troupes soviétiques prennent Tempelhof le 26 avril 1945, avant que les Américains n'en récupèrent le contrôle peu après. Trois ans plus tard, le blocus soviétique de Berlin-Ouest, déclenché le 24 juin 1948, transforme l'aéroport en point de passage vital. Le premier avion du pont aérien s'y pose le 26 juin. Pendant onze mois, un avion atterrit presque toutes les deux minutes, jusqu'à la levée du blocus le 12 mai 1949. Les Berlinois surnomment ces appareils les Rosinenbomber, les bombardiers de raisins secs.
Tempelhof reste ensuite un aéroport secondaire, trop excentré et aux pistes trop courtes pour les nouveaux avions à réaction. Un référendum consultatif organisé le 27 avril 2008 voit 60 % des votants s'opposer à la fermeture, mais le taux de participation minimal n'est pas atteint. L'aéroport ferme le 30 octobre 2008.

 

Bâtiment de l'aéroport de Tempelhof
© Malo TREHIN 

 

Depuis mai 2010, le site est ouvert au public sous le nom de Tempelhofer Feld. Avec plus de 300 hectares, c'est aujourd'hui l'un des plus grands espaces verts urbains d'Europe, plus vaste que Central Park à New York. En 2014, un référendum berlinois rejette un projet de construction de logements sur le terrain. Le bâtiment historique, classé monument, accueille des salons, des expositions et des visites guidées, mais reste malgré tout en grande partie inoccupé.

 

 

L'aéroport de Berlin-Tegel vu depuis l'entrée
© Th. Voekler - WIKIMEDIA COMMONS

Tegel, l'aéroport bâti en 90 jours

L'histoire aéronautique de Tegel commence dès 1896, quand le site sert de terrain d'accueil pour les baraquements d'un bataillon de dirigeables (la halle à zeppelins date de 1906). Cependant, le traité de Versailles mettant un terme à la première guerre mondiale fait cesser les activités militaires du site en 1919.
En 1948, le blocus soviétique relance le site. Les forces françaises y construisent en seulement 90 jours, à l'aide de 19 000 Berlinois dont plus de 40 % de femmes, la piste la plus longue d'Europe à l'époque, 2 400 mètres et le premier avion s'y pose le 5 novembre 1948. Témoins de l’audace des Français à l'époque, deux pylônes radio soviétiques gênant la trajectoire d'approche sont même dynamités sur ordre du général Jean Ganeval, qui en informe tout de même Moscou après coup.
L'aéroport reste militaire jusqu'en 1960, quand Air France y ouvre la première ligne commerciale régulière, le 2 janvier. Faute de place à Tempelhof, dont les pistes sont devenues trop courtes, les compagnies alliées s'y installent progressivement. En 1974, un nouveau terminal hexagonal est inauguré, conçu pour rapprocher au maximum les voitures des avions. Il devient le symbole de Tegel et de l'ouverture de Berlin-Ouest sur le monde.
Après la réunification, Lufthansa obtient enfin le droit d'y opérer. En 2017, un référendum non contraignant voit les Berlinois voter pour le maintien de Tegel, déjà voué à fermer avec l'arrivée du futur BER. Le dernier vol commercial, un Air France à destination de Paris, décolle le 8 novembre 2020. Tegel aura accueilli jusqu'à 24,2 millions de passagers par an.

 

Carte de l'aéroport de Berlin-Tegel et de ses bâtiments
© Michael F. Mehnert - WIKIMEDIA COMMONS

 

Le site est aujourd'hui en cours de réaménagement sous le nom de Berlin TXL, Urban Tech Republic. Le projet prévoit d'y installer jusqu'à 1 000 entreprises et instituts de recherche consacrés aux technologies urbaines, ainsi que 5 000 logements pour environ 10 000 habitants dans le quartier voisin, le Schumacher Quartier. L'ancien terminal doit quant à lui accueillir une antenne de l'université Beuth.

 

 

L'aéroport Berlin Brandenburg de nuit
© Arne Müseler - WIKIMEDIA COMMONS

Schönefeld et BER, une saga de quatorze ans

Berlin-Schönefeld naît en 1934 autour des usines aéronautiques Henschel, qui produisent près de 14 000 avions jusqu'à la fin de la guerre. L'administration soviétique autorise en 1947 la construction d'un aéroport civil sur le site, qui devient le principal aéroport de la RDA. La compagnie est-allemande Interflug y opère l'essentiel de son trafic, dépassant le million de passagers annuels dès 1969.
Le 12 décembre 1986, un Tupolev Tu-134 en provenance de Minsk s'écrase peu avant l'atterrissage, tuant 72 personnes dont 20 écoliers. Après la réunification, le trafic continue de croître, et en 1996 les Länder de Berlin et de Brandebourg s'accordent avec l'État fédéral pour agrandir Schönefeld en un aéroport unique pour la capitale.

 

Le terminal 2 de l'aéroport Berlin Brandebourg
© ATP/Günter Wicker - WIKIMEDIA COMMONS

 

Le permis de construire est délivré en 2004 et le premier coup de pioche est donné le 5 septembre 2006. L'ouverture, prévue en octobre 2011, est repoussée à sept reprises en quatorze ans, en raison de vices de construction, de défaillances du système de sécurité incendie et de scandales de corruption. Plus de 20 000 malfaçons doivent être corrigées rien que sur les systèmes d'alerte incendie. Le budget, estimé à deux milliards d'euros au départ, dépasse finalement les sept milliards.
L'aéroport Willy-Brandt, nommé en hommage à l'ancien chancelier et prix Nobel de la paix, ouvre finalement le 31 octobre 2020, avec neuf ans de retard sur le calendrier initial. Les anciens bâtiments de Schönefeld en deviennent le terminal 5, fermé définitivement depuis 2022.
Avec une capacité actuelle de 27 millions de passagers par an, extensible à 40 millions, le BER a accueilli 25,5 millions de voyageurs en 2024, en hausse de 10,4 % sur un an. Lufthansa, Condor, easyJet, Eurowings et Sundair y opèrent, Ryanair ayant annoncé la fermeture de sa base berlinoise pour le 24 octobre 2026. En 2025, les World Airport Awards l'ont désigné aéroport le plus amélioré au monde. Un an plus tard, il figure à la 22e place du classement mondial établi par Travel and Tour World.

 

 

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