Berlin abrite trois mémoriaux soviétiques construits après la Seconde Guerre mondiale. Lieux de mémoire et cimetières militaires, ils accueillent chaque année des cérémonies officielles le 8 et le 9 mai. Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, ils sont devenus des points de friction entre la mémoire et la politique moderne.


Treptower Park : le plus grand mémorial soviétique d'Allemagne

Lors de la bataille de Berlin, entre le 16 avril et le 2 mai 1945, 22 000 soldats soviétiques ont perdu la vie. Le mémorial a été construit entre 1946 et 1949 dans le Treptower Park, dans le sud-est de Berlin. Le marbre et les pierres utilisés pour la construction proviendraient en grande partie de la nouvelle chancellerie voulue par Hitler inaugurée en 1938 et détruite en 1945. Il rend hommage aux quelque 80 000 soldats tués lors de la conquête de Berlin.

La statue principale représente un soldat tenant un enfant allemand dans ses bras et marchant sur une croix gammée brisée. Sous la pelouse centrale, 4800 soldats sont enterrés. C'est aujourd'hui le site le plus visité et le plus connu des trois.

Tiergarten : le plus ancien, en plein coeur de Berlin

Inauguré le 11 novembre 1945, le mémorial du Tiergarten est le premier construit après la guerre. Il se trouve sur la Straße des 17. Juni, entre la Porte de Brandebourg et le Bundestag. À l'entrée, deux chars soviétiques T-34 accompagnent le monument : ce sont les premiers à être entrés dans Berlin.

Au centre, une statue en bronze de huit mètres représente un soldat, le fusil sur l'épaule. Derrière le mémorial, se trouve un musée montrant des photographies sur la construction de celui-ci, ainsi qu'un cimetière militaire, où reposent près de 2 500 combattants soviétiques. Après la division de la ville, le mémorial s'est retrouvé à Berlin-Ouest. Des gardes d'honneur soviétiques venaient de Berlin-Est pour le surveiller, jusque dans les périodes les plus tendues de la Guerre froide.

Schönholzer Heide : le plus discret et le plus grand cimetière

C'est le moins connu des trois. Le mémorial de Schönholzer Heide, dans le quartier de Pankow, a été érigé entre mai 1947 et novembre 1949. Avant ça se trouvait sur le site un grand camp de travaux forcés pendant la Seconde Guerre mondiale. Il couvre 30 000 mètres carrés et contient les restes de 13 200 soldats morts lors de la bataille de Berlin. C'est le plus grand cimetière militaire soviétique en dehors de Russie.

Devant le grand obélisque qui surplombe le mémorial se trouve le monument principal, une statue de la Mère Patrie russe qui pleure son fils mort. Le site a été choisi parce que des fosses communes existaient déjà dans le secteur dès 1945. Les noms des soldats identifiés sont gravés sur 100 plaques de bronze.

Le mémorial de Berlin-Buch
Le mémorial soviétique de Buch, dans le nord de Berlin, est le moins connu des quatre. Construit entre 1947 et 1948, il prend la forme d'un obélisque posé dans le Schlosspark de Buch. À l'origine, 200 soldats tués lors des combats autour de Buch y ont été enterrés avant d'être transférés à Schönholzer Heide. Il n'est donc plus un cimetière militaire mais seulement un mémorial.

Dans le contexte actuel
Le Traité de bon voisinage, de partenariat et de coopération entre la République fédérale et l'Union soviétique du 9 novembre 1990 stipule que "les monuments érigés sur le sol allemand et dédiés aux victimes soviétiques de la guerre et de la tyrannie sont respectés et protégés par le droit allemand". Il en est de même pour les tombes des défunts soldats enterrés. Dans ce contexte, les 3 monuments ont été rénovés à plusieurs reprises depuis le début du XXIe siècle.
En avril 2022, le mémorial de Treptower Park a été recouvert de graffitis anti-russes, dont "Putin = Stalin" et "Ukrainian blood on Russian Hands". Des graffitis pro-russes ont suivi quelques jours plus tard. Le mémorial a été nettoyé rapidement et la sécurité renforcée. Ces trois mémoriaux font l'objet depuis 2022 d'une surveillance accrue, dans un contexte où plusieurs organisations ukrainiennes et antisoviétiques militent pour une "désoviétisation" de ces sites.
Les commémorations du 8 et 9 mai 2022 ont réuni des manifestants pro-russes et pro-ukrainiens autour des sites. En 2023, la police de Berlin a interdit drapeaux, uniformes militaires et chants de marche à l'approche des cérémonies. En 2026, drapeaux russes et soviétiques, rubans de Saint-Georges et symboles liés à la guerre restaient interdits aux abords des mémoriaux.
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