Fermé en 2008, l'aéroport de Tempelhof est ouvert au public depuis 2010. Sur ses 386 hectares, cyclistes, jardiniers, écoliers et demandeurs d'asile se croisent chaque jour. Douze ans après le référendum qui a protégé le site de toute construction, le débat sur son avenir reprend à l'approche des élections berlinoises de septembre 2026.


Un espace occupé par tous
Le Tempelhofer Feld s'étend sur 386 hectares au sud de Berlin, entre les quartiers de Neukölln, Tempelhof et Schöneberg. C'est plus grand que le Central Park de New York. Depuis 2010, l'ancien aéroport est ouvert au public, sans voiture, avec un accès libre toute l'année. Les anciennes pistes d'atterrissage sont devenues un terrain de sport à ciel ouvert. On y croise cyclistes, joggeurs, joueurs de volley ou de football. Le vent très présent au vu de l’immensité du parc attire aussi les amateurs de cerf-volant et de kite-buggy, des petits chariots à roulettes tractés par une aile.

Une école borde le site depuis 1959, la Grundschule auf dem Tempelhofer Feld. Elle accueille aujourd'hui près de 570 élèves. Depuis 2019, une partie des classes se tient dans des modules en bois préfabriqués installés en quelques jours, une solution provisoire pour absorber la croissance démographique du quartier.
Le champ a aussi une fonction sociale moins visible. Depuis 2016, une partie du site accueille des hébergements pour demandeurs d'asile, sous forme de conteneurs aménagés. Cette présence, pensée comme temporaire, s'est prolongée dans la durée. En 2024, le Sénat a modifié la loi de protection du champ pour permettre la création de jusqu'à 3 000 places supplémentaires, ainsi que la construction d'une école d'accueil pour les enfants concernés.

Le jardinage occupe une autre portion du terrain. Le jardin collectif Allmende-Kontor, installé dès l'ouverture du site, réunit des bacs de culture montés à partir de palettes recyclées. Des habitants du quartier y cultivent légumes et herbes aromatiques depuis plus de dix ans. Le champ abrite aussi une réserve naturelle en son centre. L'alouette des champs, un oiseau nichant au sol, y trouve un des derniers refuges de la ville. Chaque année, une partie des prairies centrales ferme au public le temps de la nidification, généralement jusqu'à la fin juillet.

Côté loisir, près de l'entrée Columbiadamm, un parcours de minigolf, le nuture Mini ART Golf, qui propose dix-huit trous conçus par des artistes, sur le thème de l'environnement et du recyclage. Le projet existe depuis 2012 et fonctionne sans subvention publique. À quelques minutes à pied, au bord du Tempelhofer Hafen, un bar en plein air est présent avec une belle vue sur le port. Il serait aussi dommage de ne pas profiter du bâtiment principal de l'aéroport. Sur son toit, une terrasse panoramique aménagée dans l'ancienne tour de contrôle, le THF Tower, ouvre une vue à 360 degrés sur le champ et la ville. Des visites guidées permettent aussi de découvrir les hangars, les bunkers et les tunnels du bâtiment, classé aujourd’hui monument historique.

Un avenir toujours en discussion
Le 25 mai 2014, les Berlinois.es avaient voté à 64,3 % pour protéger le Tempelhofer Feld de toute construction. Ce référendum a donné naissance à une loi, le ThF-Gesetz, qui interdit toute nouvelle bâtisse sur le site. Douze ans plus tard, cette loi reste en vigueur, mais le débat qu'elle devait clore n'a jamais vraiment cessé.
La coalition CDU-SPD qui est au pouvoir à Berlin a prévu d'examiner à nouveau cette loi dans son accord de gouvernement de 2023, en invoquant la crise du logement. Un dialogue citoyen a été organisé à l'automne 2024 avec deux cent soixante-quinze Berlinois tirés au sort. Ils ont étudié la question avec un œil nouveau et se sont déclarés être majoritairement défavorables à toute construction.

Sur cette base, le Sénat a lancé un concours d'idées international. Cent soixante-quatre projets ont été déposés. En juin 2025, un jury en a retenu six, dont seulement deux prévoient une construction en bordure du champ et quatre qui misent sur le maintien de l'espace libre. Cependant, ce résultat a été accueilli avec son lot de critiques. Le collectif Architects4THF, à l'origine d'une pétition signée par plus de 4 000 personnes, a dénoncé une sélection contraire à l'esprit du dialogue citoyen de 2024. Les Verts et des associations comme le Nabu ont exprimé la même critique.
Le sujet est réapparu avec force au printemps 2026, à l'approche des élections régionales du 20 septembre. En mai, un collectif d'architectes emmené par Hans Kollhoff a présenté un projet de construction en bordure prévoyant environ 21 400 logements. Le chef du groupe CDU à la chambre des députés, Dirk Stettner, a affirmé vouloir en faire une condition de toute future coalition. Un sondage commandé par la chambre de commerce de Berlin indique que 59 % des habitants seraient favorables à une construction mesurée en périphérie.
Début juillet 2026, une initiative baptisée Zuhause am Tempelhofer Feld a proposé une solution de compromis, la création d'une fondation d'utilité publique chargée de sanctuariser durablement les 200 hectares centraux, séparés juridiquement de zones de développement limitées en bordure. L'objectif est de sortir la protection du site des aléas politiques à court terme. Sur le terrain, la gestion traverse aussi des difficultés plus concrètes. Des restrictions budgétaires ont touché Grün Berlin, l'organisme chargé de l'entretien du site. Des retards de réparation sont déjà visibles, et un projet d'aménagement du secteur Tempelhofer Damm a été mis en pause pour 2026 et 2027, faute de moyens.

Le destin du Tempelhofer Feld reste ainsi suspendu entre deux réalités. Un espace vécu au quotidien par des milliers de Berlinois, façonné par leurs usages depuis plus de dix ans. Et un terrain toujours disputé sur le plan politique, dont l'avenir se rejouera une nouvelle fois en septembre 2026.
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