À Berlin comme ailleurs en Europe, de petits carrés dorés sont incrustés dans les trottoirs. Derrière leur apparente discrétion, ils racontent l’histoire de vies brisées par le nazisme et invitent les passants à ne pas oublier le poids du passé.


Si vous êtes du genre à baisser la tête en marchant sur le trottoir, vous avez sans doute déjà vu ces petits carrés dorés ancrés dans le sol sans forcément y prêter attention. Ces petites plaques ont un nom, ce sont les Stolpersteine.
S’arrêter pour ne pas oublier
“Stolpern” signifie "trébucher" en français, et le terme “Stolpersteine” se traduit littéralement par “pierre d’achoppement”, c’est-à-dire une pierre sur laquelle on trébuche. Un mot choisi par Gunter Demnig, un artiste berlinois qui en est à l’origine : il voulait que les passants “trébuchent” symboliquement sur l’histoire, en s’arrêtant quelques secondes pour lire un nom et se souvenir.
Les Stolpersteine sont installés directement dans le trottoir, généralement devant le dernier lieu de résidence d’une victime du nazisme. Juifs, opposants politiques, homosexuels : on peut y lire le nom de la personne et son sort. Lorsque six ou sept Stolpersteine sont présents devant une maison, on peut prendre conscience de l'anéantissement de familles entières durant cette période de l’histoire. Contrairement aux mémoriaux imposants, les Stolpersteine s’intègrent dans le quotidien, on les croise partout, sans nécessairement les chercher.
Une diffusion progressive dans le temps
C’est en 1992 que Gunter Demnig lance son projet. En décembre de la même année, il pose illégalement le premier Stolperstein devant l’Hôtel de ville de Cologne, sur lequel apparaît l’ordre de déportation de Himmler concernant les Tsiganes, gravé sur une plaquette de laiton qui recouvre le pavé. Le choix du lieu est hautement symbolique. L’hôtel de ville représente le pouvoir municipal, autrement dit l’institution qui, à l’époque du nazisme, a participé à l’organisation administrative des persécutions. En janvier 1995, il réalise la deuxième pose illégale de Stolpersteine à Cologne et en mai 1996, il pose 51 pavés de mémoire à Berlin, également en toute illégalité. Il faut attendre 1997 pour que la première pose reconnue ait lieu, à Sankt-Georgen, près de Salzbourg en Autriche.
En France, le projet s’est développé dans les années 2010 avec la pose de plusieurs de ces pavés entre le 30 septembre et le 2 octobre 2013 dans plusieurs communes de Vendée. Bordeaux et Bègles sont les premières grandes villes françaises à s'engager dans le projet, avec la pose de dix Stolpersteine à la mémoire de victimes juives, de résistants autrichiens ou communistes. Des poses qui ont eu lieu les 6 et 7 avril 2017, à partir d'un projet lancé par l'Université Bordeaux-Montaigne. La ville de Paris, elle, refuse leur installation, malgré tout, huit Stolpersteine sont visibles dans la capitale française, tous installés sur des terrains privés.
Un devoir de mémoire
Depuis, plus de 100 000 Stolpersteine ont été installés en Allemagne et dans 25 autres pays européens. Ces pavés dorés portent un devoir de mémoire très fort, celui de rappeler les destins brisés par l’idéologie nazie. Cette initiative, aujourd’hui perçue comme l’un des plus grands mémoriaux décentralisés au monde, invite les passants à ralentir, à lire, à se souvenir. Discrets, ils transforment le trottoir en lieu de mémoire, rappelant que derrière chaque nom gravé se cache une vie arrachée.
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