Les monstres de Cracovie "Krakowskie Potwory", la nouvelle série polonaise !

Par Bénédicte Mezeix | Publié le 01/04/2022 à 00:00 | Mis à jour le 01/04/2022 à 07:44
Photo : Netflix Les monstres de Cracovie "Krakowskie Potwory"
Netflix Les monstres de Cracovie "Krakowskie Potwory"

Depuis vendredi 18 mars, Les Monstres de Cracovie, nouvelle série horrifique polonaise basée sur la mythologie slave, promène son teint blafard sur la plateforme Netflix. Vous laisserez-vous tenter ? 

 

Mise en bouche 

Alex, une jeune étudiante en première année de médecine, orpheline, hantée par ses propres démons est choisie pour rejoindre un groupe constitué d’étudiants surdoués et du mystérieux professeur Zawadzki qui semble lui aussi avancer sur le fil du rasoir. Elle comprend rapidement que ce n’est pas un groupe comme les autres : sous couvert de recherches scientifiques, ils enquêtent sur des activités paranormales et doivent combattre des démons tous droits sortis du monde des croyances slaves.

Plutôt électron libre que fédératrice, l’anti-héroïne, taciturne, prisonnière d’elle-même, traverse la série comme un zombie sous anxiolytique, le plus souvent trempée par des pluies diluviennes. Comme si trainer le fardeau de sa vie sur ses épaules ne suffisait pas, elle va rapidement se retrouver au cœur d’un complot qui la dépasse totalement. Nous la regardons se débattre entre deux attaques d’esprits maléfiques - dont certains sont explicitement qualifiés de stupides, jusqu’au climax. Au fil des combats, arrivera-t-elle à garder un lien avec le monde des vivants et la réalité - si tenté qu’elle y eut vécu un jour, la scène d’ouverture permettant d’en douter ? Parviendra-t-elle à faire la lumière sur le mystère de son existence et sa survie à un terrible accident pendant son enfance ? Que veut Chworza le mystérieux dieu démoniaque ?

 

 

Une série polonaise dans les détails

Cracovie, en particulier le quartier de Kazimierz et la mine de sel de Wieliczka sont le théâtre de la série. Des scènes ont été tournées dans des conditions extrêmes, comme celles dans les dédales souterrains et très étroits de la mine de sel de Wieliczka, ou sous l'eau, ou encore sous la pluie battante.

Des détails « culturels » permettent de nous rappeler que l’action se passe bien en Pologne : il faut passer par une minuscule boutique de souvenirs façon Cepelia pour accéder à l’immeuble que se partagent les étudiants et leur mentor. Certains appartements avec leurs murs couleur vert d’eau et beige coquille d’œuf très PRL, les ambiances des bars de la vieille ville, le Collegium Medicum de Cracovie, sont assez conformes à la réalité.

Pour ceux qui seraient intrigués par le grand sac à dos rectangulaire dans lequel Alex range sa vie et qui semble résister autant à la pluie qu’aux démons, sachez que vous pourrez acheter le même dans l'un des surplus de l’armée polonaise.

Une invention linguistique intéressante, accroche l’oreille très rapidement : les monstres s’expriment dans une langue « proto-slave » créée spécialement pour la série, que l’on peut entendre également dans la version française. Cette langue ancienne rappelle le slavon liturgique, issu du vieux-slave.

 

Le paganisme, le satanisme et l’Eglise catholique de Pologne

La thématique des légendes slaves a tout son sens car elle fait partie de l’héritage culturel du pays - la tradition du lundi de Pâques, par exemple, Smigus-Dyngus en est une survivance. On assiste depuis plusieurs années en Pologne, au désir d’une partie de la population, de renouer avec les cultures d’avant le christianisme, survenu assez tardivement, d’ailleurs.

Alors que la Gaule a été évangélisée dès le IIe siècle, il faut attendre le Xe siècle pour la Pologne. Le processus de christianisation a vraiment été amorcé avec le baptême de la Pologne (chrzest Polski) à travers le baptême personnel du premier souverain du futur Etat polonais Mieszko Ier, et d'une grande partie de sa cour, le 14 avril 966.

 

Selon les estimations, il y a environ aujourd’hui deux mille païens « officiels » en Pologne : des Wiccans (wiccanie), des Asatriens ou Assathriens (asatryjczycy, du nom du mouvement Asatru dans la région de Wroclaw), des animistes (animiści) et des reconstructionnistes celtiques (rekonstrukcjoniści celtyccy), auxquels s'ajoutent les nombreux « curieux », simplement attachés à tous les aspects de l’histoire de leur pays. De quoi faire grincer les dents de l’Eglise catholique polonaise…

 

Les monstres de Cracovie Krakowskie Potwory
Netflix - Les monstres de Cracovie 

 

Pas sûr que certains ecclésiastiques apprécient cette exploration païenne mettant en scène des démons. Remontons en octobre 2015, peu avant la Toussaint, on a pu lire dans un message publié sur le site internet de l'archidiocèse de Varsovie que l'Eglise catholique polonaise critiquait les pratiques "satanistes" d’Halloween. "Sous prétexte de s'amuser, on invite des enfants, des jeunes et des adultes à pratiquer l'occultisme, ce qui est en contradiction avec l'enseignement de l'Eglise et la vocation d'un chrétien", avait insisté l'archidiocèse de Varsovie sur son site internet à l’époque. En Pologne, une ancienne fête « Dziady » se rapproche pourtant assez d’Halloween. 

En avril 2019, des livres de la série Harry Potter et Twilight ont été brûlés par des prêtres catholiques de la ville de Koszalin, dans le nord de la Pologne, pour « sacrilèges ».

 

Les monstres de Cracovie, des images malaisantes ?

La série est présentée comme horrifique mais elle pourrait tout autant trouver sa place dans la catégorie fantasy urbaine (Urban Fantasy) : des légendes slaves et le réveil de créatures donnent une nouvelle dimension à Cracovie et influent sur l’histoire contemporaine de la ville, en mélangeant magie et épouvante, le tout saupoudré d’uchronie…

Même en étant très ouvert d’esprit, dans les faits, on peut rapidement être mal à l’aise face à la crudité des images, si on est un peu sensible (le premier épisode est relativement calme, comparé à ce qui suit). Certaines d’entre elles sont clairement dérangeantes et ont soulevé une discussion au sein de la rédaction : quelle en est la finalité, leur subversivité cherche-t-elle à confronter le discours conservateur de certains dirigeants religieux ou politiques ou est-ce un simple parti prix artistique (dans la mouvance « trash »  de films comme Titane, de Julia Ducournau, Palme d'Or au Festival de Cannes 2021) ? Nous vous laissons vous faire votre propre opinion…

 

Aux commandes des Monstres

La série, Les montres de Cracovie a été imaginée par Kasia Adamik (fille de la réalisatrice à succès Agnieska Holland) et Olga Chajdas, qui ont déjà collaboré avec Netflix en réalisant plusieurs épisodes de la série 1983. Magdalena Lankosz, Anna Sienska et Gaja Grzegorewska ont travaillé à l’écriture des 8 épisodes.

 

 

 

 

Le casting

Barbara Liberek, vue dans Comment je suis devenu un gangster incarne Aleksandra Walas, surnommée Alex. L’acteur Andrzej Chyra (qui a joué en 1988 dans Décalogue IV, le téléfilm polonais réalisé par Krzysztof Kieślowski, Le Sorceleur - The Witcher en 2001 et la série 1983, entre autres) interprète le charismatique professeur, entouré de jeunes acteurs  : Stanisław Linowski, Mateusz Górski. 

 

Barbara Liberek
Barbara Liberek est Aleksandra, Alex, personnage torturée. Netflix - Les monstres de Cracovie 

 

L'avis de la rédaction

Les plus : des ambiances gothiques, de la fantasy urbaine, une tension psychologique, une bonne bande-son, des légendes slaves, découvrir Cracovie et Wieliczka autrement.

Les moins : les monstres y sont vraiment monstrueux, des situations glauques poussées à leur paroxysme – trouillard s’abstenir, difficulté à s’attacher aux personnages, l’intrigue est plutôt confuse.

 

Netflix - Les monstres de Cracovie Krakowskie Potwory
L’acteur Andrzej Chyra incarne le professeur. Netflix - Les monstres de Cracovie 

 

Les monstres de Cracovie : 8 épisodes de 55 minutes environ, sur Netflix, depuis le 18 mars 2022.

benedicte mezeix

Bénédicte Mezeix

Directrice et rédactrice en chef du site lepetitjournal.com/Varsovie, j'ai une longue expérience dans les médias : télévision, radio, presse écrite francophone et spécialisée. Mon premier voyage en Pologne date de 2010.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Varsovie !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Bénédicte Mezeix

Rédactrice en chef de l'édition Varsovie.

À lire sur votre édition locale