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HISTOIRE - L'hôtel Europejski au fil des années

Par Natalia Pikna | Publié le 21/11/2018 à 00:00 | Mis à jour le 21/11/2018 à 00:00
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Avant de devenir ce prestigieux Raffles Europejski, qui a ouvert ses portes en juin, l’hôtel Europejski a connu une longue histoire pleine de rebondissements tant sur le plan esthétique que sur sa destinée. Celle-ci est intimement liée à l’histoire de la ville et l’a conduit ainsi au gré des époques à des changements de propriétaires qui convoitaient ce bâtiment emblématique, symbole du luxe au coeur de la ville de Varsovie. 

 

Naissance de l’hôtel

Au milieu du 19ème siècle, Varsovie est une ville de passage importante. Très proche de l’Empire Russe, son positionnement est extrêmement favorable au transport ferroviaire vers l’Ouest de l’Europe. Comme il n’existe pas encore de pont permettant aux trains de traverser la Vistule, les passagers devaient descendre d’un côté du fleuve, le traverser et reprendre un train à partir d’une gare située sur l’autre rive. De ce fait, de nombreux voyageurs passaient la nuit à Varsovie. Monsieur Przezdziecki, personnage influent de Varsovie voyageait beaucoup et possédait une bonne connaissance des hôtels. C'est autour de 1850 que les premiers hôtels ont commencé à s’ériger et Przezdziecki saisit l’opportunité d’en ouvrir un à Varsovie. Il achète l’hôtel Gerlacha alors à vendre sur Krakowskie Przedmieście, l’ancienne propriétaire continuant à occuper l’aile principale et à laquelle il ne peut pas avoir accès. Il engage l'architecte Henry Marconi pour redonner vie au bâtiment qu’il renomme Hôtel Europejski. L’architecte s’est inspiré de bâtiments italiens comme le Palazzo Farnese à Rome ou encore le Palazzo Corner à Venise. En 1857 les travaux commencent et en 1858 les deux tiers de l’hôtel sont rénovés. Lorsque l’ancienne propriétaire de Gerlacha meurt, Przezdziecki récupère le bâtiment dans sa globalité. 

 

Un hôtel marqué d’emblée par l’histoire

L’hôtel est connu à l'époque pour ses positions anti-Russes. Alors que les manifestations contre le Tsar éclatent en 1863, la police russe tue deux manifestants. Leur corps sont exposés dans une pièce de l’hôtel en guise de martyrs et en l’espace de deux jours, plus de 100 000 personnes viennent se recueillir auprès d’eux. L’hôtel s’inscrit ainsi dès ses débuts dans l’histoire de la ville. 

En 1881, le bâtiment est enfin complètement prêt. Les plafonds sont décorés, la Sala Pompejanska, utilisée pour les expositions et les mariages, est aménagée. Jusqu'en 1900, le Salon Kryrvulta, qui se trouve au 2ème étage, est utilisé comme salle d'exposition pour les peintres exclus par l’Académie d'art. Au 3ème étage se trouvent les chambres pour le personnel accompagnant les clients de l’hôtel. Un studio au-dessus du 3ème étage est occupé par des artistes tels que Jan Mieczkawski, Ignacy Jasiński, Witkiewicz ou encore Chmielowski. L'hôtel héberge des magasins au rez de chaussée, qui offrent une animation permanente sans oublier la confiserie-pâtisserie de l’hôtel, qui porte d’abord le nom Conti, puis Czernen, pour devenir ensuite la fameuse pâtisserie Lourse. En 1901, l'hôtel Bristol s’érige juste en face, ce qui constitue une première source de concurrence pour l’Europejski.

Les deux guerres

Avec les débuts de la Première Guerre mondiale, les Allemands arrivent en 1915 à Varsovie et à partir de 1916, ils réquisitionnent l'hôtel pour se loger. Après la guerre, la Pologne regagne son indépendance et durant les années 1920 quelques transformations sont apportées à l'hôtel. Des colonnes et une nouvelle entrée sont créés sur la rue perpendiculaire, plus calme. L’entrée qui permettait d'arriver directement dans la cour par la rue va aussi être fermée, désormais on ne pourra y accéder qu'à partir de l'hôtel. L’ancienne entrée principale devient une librairie en 1920, Trazska, Evert i Michalski, une des plus grande maison d’édition de la seconde République polonaise. A droite de la librairie, une cave à vin “piwnica win” ouvre ses portes, ainsi qu'un magasin Fiat et d’autres magasins comme par exemple des joailleries. En 1921 les propriétaires de l’hôtel s’associent pour former l’Hôtel Europejski Spółka Akcyjna (HESA).

En 1932, un magnifique jardin est aménagé dans la cour, protégé des bruits de la rue, une fontaine trône en son milieu où un orchestre vient se produire en été. Durant les années 30 les gens veulent profiter de la liberté, la salle de bal ne désemplit pas et est utilisée pour de nombreux événements dansants. Pendant le carnaval, chaque année des bals de mode à but caritatif sont organisés, en 1938, Nina Andrycz, célèbre actrice polonaise, participe d’ailleurs à l’un d’entre eux. Les salles de l’hôtel sont également utilisées pour des événements civils ou politiques accueillant des visites officielles,.

En 1939, Varsovie est victime de bombardements et se retrouve partiellement détruite. Le directeur de l'hôtel a alors la présence d’esprit de remplir d'eau toutes les baignoires des salles de bain durant le bombardement, ce qui permet notamment d'éteindre un feu qui s’est déclenché sur le toit de l’hôtel lors d’une attaque. Grâce à cette décision, le bâtiment ne sera que partiellement  endommagé au début de la guerre. Par la suite, il va être reconstruit selon les ordres des Allemands pour y loger une partie de leur armée. L'établissement sera renommé le Europäisches Hotel durant toute l’occupation et utilisé par les officiers du Wehrmacht. Cependant, la reconstruction menée par de la main d'oeuvre polonaise ayant accès à l'hôtel leur permet de continuer à y mener leurs affaires. Comme par exemple un employé polonais qui s'occupait de la cave à vin, et avait la permission de conduire, privilège, qui n’était pas octroyé à tous les Polonais. Les Polonais de l'hôtel vont aussi aider à cacher des juifs, échappés des ghettos ainsi que des soldats russes. Le directeur allemand de l'hôtel s'en rend rapidement  compte et en parle à son collègue polonais, resté en place. Cependant le directeur polonais qui est au courant des relations adultères que le directeur allemand entretient dans les chambres de l'hôtel, alors que sa famille est installée à Varsovie, lui laisse entendre qu’il pourrait avoir des ennuis. Le directeur allemand décide alors de fermer l’oeil sur les activités des Polonais et ne pas le dénoncer, en maintenant ainsi un climat pacifique entre les deux partis. Juste avant l’insurrection, les Allemands, sachant qu’ils n’ont plus beaucoup de temps avant leur départ, essaient de récupérer tout ce qu’ils peuvent. Lors de la destruction de la ville en 1945 l’hôtel subit des dommages importants. Une partie est détruite mais certains éléments restent intacts comme les salles de bal par exemple.

 

Période du communisme à nos jours

Javornicki est l’architecte engagé pour la reconstruction lorsque l'hôtel est encore sous  propriété privée. En 1946, l’hôtel fête son premier nouvel an et le restaurant ouvre ses portes  même si le bâtiment n’est pas encore tout à fait reconstruit. Peu après, la famille propriétaire de l'hôtel est emprisonnée à cause de ses liens avec l'aristocratie. En 1949 l'hôtel est nationalisé et cédé à l’armée pour y établir une académie militaire. Il devient ainsi un bâtiment officiel, où il est interdit de prendre des photos, ce qui ne favorise pas la documentation de l'hôtel pendant cette période. L'armée quitte le bâtiment en 1954, et jusqu’en 1956 il reste vide. Les Juifs russes qui partent pour Israël et qui doivent passer par Varsovie, seront logés par le gouvernement dans l’hôtel à partir de 1956. En 1957 le bâtiment redevient véritablement un hôtel et est repris par la compagnie d’Etat de tourisme Orbis, il ouvre ses portes en 1962 sous le nom de Orbis hôtel Europejski. Il accueille notamment les Rolling Stones lors de leur passage à Varsovie en 1967, où, ils auraient vécu une expérience mémorable avec la vodka polonaise au bar de l'hôtel ! En 1970, les bureaux des représentants des compagnies aériennes louent des espaces dans l’hôtel. A la chute du communisme, les héritiers des familles Przezdziecki et Czetwertyński décident d’entamer des poursuites afin de récupérer l'hôtel qui est resté entre les mains d'Orbis. Afin d’y parvenir, ils recréent la Société H.E.S.A. Enfin, le 1er Septembre 2005 le bâtiment revient entre les mains de la famille propriétaire à l'origine, après des années de procédures juridiques.
Aujourd’hui, l’hôtel est composé de 106 chambres, 16 appartements et des bureaux, qui accueillent notamment le célèbre magazine Vogue Polonais. Les travaux réalisés sur l'hôtel, qui ont coûté une somme considérable, devraient être complètement terminés d’ici l’année prochaine.

Ces propos ont été recueillis durant un exposé donné par M.Ksawery Wasowski (Arrière-arrière-arrière petit fils de M.Przezdziecki) durant l’activité histoire de Varsovie, merci à Varsovie Accueil pour leur invitation !

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Natalia Pikna

Etudiante à Sciences Po Paris et interessée par le journalisme, j'ai décidé de rejoindre la rédaction du PetitJournal.com à Varsovie pour un stage.
2 Commentaire (s)Réagir
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Cdecadier mer 28/11/2018 - 13:33

Bonjour a ma connaissance il n'y a aucun Monsieur Ksawery Wasowski descendants de Constanty Przezdzseski & Isabele Plater-syberg, les seuls descendants sont les familles Smicht-Przezdzeszeski, Swiatopolk-czertynswki, et Szapary les trois branches correspondant aux trois enfants ayant fait souche ( Maria épouse Szapary , Helena épouse Swiatopolk-czertynswki,et Alexander)

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Szapary mer 12/06/2019 - 13:23

L’article parle du fondateur, Alexandre Przezdziecki qui a eu deux fils Konstantin et Gustave Przezdziecki. Leurs enfants et petits petits-enfants étaient actionnaires principaux de l’hôtel. Il y avait aussi d’autre familles et même une grande banque polonaise. Ce Monsieur doit être un descendant de la branche de Gustave Przezdziecki qui sont très nombreux et donc bien descendant d’Alexandre Przezdziecki. Les descendant de la branche de Konstantin Przezdziecki sont peux nombreux. Il subsiste la branche Schmidt en Pologne et Szapáry en France et aux États-Unis. La branche Szapáry aurait été volontairement dissimulée au moment de la Réactivation de la société. Mais ce sont des affaires en cours.

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