Mardi 29 septembre 2020

JEAN-PAUL II aurait eu 100 ans le 18 mai

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 20/05/2020 à 20:00 | Mis à jour le 20/05/2020 à 23:23
Jean-Paul II

Jean-Paul II alias Karol Józef Wojtyła est un personnage héroïque de la Pologne moderne. Il est considéré en Pologne comme la plus grande figure du XXe siècle et l'un des acteurs majeurs de la chute du bloc de l'Est. Beaucoup d'événements ont eu lieu depuis une semaine. Retour sur une vie intimement liée au destin de la Pologne.

La vocation : de comédien à prêtre
Né en 1920 à Wadowice, d'un père militaire et d'une mère institutrice, Karol Wojtyła se forme à l'université Jagellon de Cracovie. Il y étudie la littérature polonaise, ainsi que le russe, l'allemand, le français et l'espagnol et rêve d'une vie dédiée au théâtre et à la poésie.
Mais en 1940, les Allemands exigent de tout Polonais qu'il exerce un métier. Agé de 20 ans, Karol Wojtyła doit abandonner ses études et travailler dans une carrière de pierres, puis dans une usine chimique. Le jeune ouvrier intègre cependant une troupe théâtrale clandestine. Les activités estudiantines et théâtrales de Karol Wojtyla constituent alors une première forme de résistance à l'oppression idéologique et politique de l'occupant nazi comme plus tard du pouvoir communiste.
Devenu pape, Jean-Paul II déclarera le 2 juin 1980, à l'UNESCO à Paris : "Je suis fils d'une Nation qui a vécu les plus grandes expériences de l'histoire, que ses voisins ont condamnée à mort à plusieurs reprises, mais qui a survécu et qui est restée elle-même. Elle a conservé son identité, [...] non en s'appuyant sur les ressources de la force physique, mais uniquement en s'appuyant sur sa culture."
C'est en 1942, au cours de cette sombre période, qu'il déclare « J'ai décidé de devenir prêtre ». Les séminaires étant alors interdits, il se prépare dans la clandestinité. Ordonné prêtre le 1er novembre 1946 il est envoyé pour étudier la théologie à Rome où il soutiendra sa thèse de doctorat. À son retour, il est nommé curé de la paroisse de Niegowic au Sud du Pays, puis de Saint-Florian à Cracovie.

Défense de la liberté religieuse et engagement politique
En 1958, Karol Wojtyła est ordonné évêque et sera nommé cardinal le 26 juin 1967. Au cours du concile Vatican II, il défend les droits de la personne et la liberté religieuse, en précisant au sujet de celle-ci : « Nous, Européens de l'Est, nous en avons besoin pour combattre le communisme. » Devant la multiplication des conflits entre les masses populaires et le pouvoir officiel de Varsovie, Karol Wojtyła soutient différents groupes d'opposition et tente d'apaiser les désaccords entre intellectuels catholiques et anciens communistes. En octobre 1978, il devient le premier pape non Italien depuis le XVIe siècle. Les implications politiques de l'élection d'un pape originaire de Pologne, un pays communiste, font l'objet de nombreuses conjectures. Et en effet ce choix aura des implications politiques.



Voyage en Pologne
Dès 1979, dans sa première encyclique, Jean-Paul II déclare : "La paix se réduit au respect des droits inviolables de l'homme [...], tandis que la guerre naît de la violation de ces droits et entraîne encore de plus graves violations de ceux-ci".
Le rôle que joue Jean-Paul II en Pologne et, par voie de conséquence, dans toute l'Europe de l'Est a eu une portée historique. L'élection du « pape polonais » a renforcé dans son pays le moral des forces populaires, surtout des jeunes, dans leur contestation du régime communiste. Aussi le premier voyage qu'il y fait en juin 1979 est source d'inquiétude pour le pouvoir en place. Accueilli à chaque étape de son périple (en particulier Cracovie, Poznań, Varsovie, Gniezno) par des centaines de milliers de compatriotes, il revendique pour son pays les « droits fondamentaux de la nation » et pour ses habitants la liberté de s'exprimer et de s'organiser.
Lorsqu'en 1981 le parti ouvrier Solidarność est frappé d'interdiction, Jean-Paul II condamne cette « atteinte aux droits de l'homme ». Fort d'un tel appui, le peuple trouve dans les églises les seuls lieux où puisse s'exercer la liberté.


La répression s'adoucit toutefois à la veille du deuxième voyage en Pologne de Jean-Paul II, en juin 1983, de telle sorte que sa venue marque un véritable tournant dans l'Europe de l'après-guerre. Au cœur de la crise politique et sociale de la nation, le souverain pontife déclare devant une foule d'un million de jeunes réunis en août 1991, à Czestochowa, pour les VIe Journées internationales de la jeunesse : « L'avenir de la Pologne et des Polonais commence aujourd'hui. »

La chute du bloc communiste
Si, après ce voyage pontifical, la situation du pays reste bloquée, il apparaît néanmoins que, en partie grâce à l'action du pape, l'aventure polonaise a commencé à ébranler l'empire soviétique. Or, ce dernier entreprend de se transformer de l'intérieur sous l'impulsion du nouveau chef du Kremlin, Mikhaïl Gorbatchev, qui devait déclarer en 1992 : « Rien de ce qui est arrivé en Europe de l'Est au cours des dernières années n'aurait été possible sans la présence de ce pape, sans le grand rôle – même politique – qu'il a joué sur la scène internationale. »

Bien entendu, son pontificat ne se cantonne pas au rôle politique qu'il a pu jouer dans la chute du bloc communiste. Et bien que ses prises de position morales et politiques lui aient valu certaines contestations, même au sein de son église, Jean-Paul II demeure néanmoins une figure historique et politique de la fin du siècle dernier. 

Pauline de Bodman - (www.lepetitjournal.com/varsovie) - 

 

 

 

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