Longtemps cantonné aux polémiques, l’aéroport de Castellón s’impose désormais comme un cas d’école dans le paysage aéroportuaire espagnol. Hausse du trafic, élargissement du réseau, diversification des activités… Derrière les chiffres de 2025 se dessine une transformation plus profonde, à la croisée des enjeux de mobilité, de développement territorial et d’innovation.
Souvent raillé, parfois moqué, l’aéroport de Castellón change peu à peu de statut. Dix ans après les polémiques qui ont accompagné son lancement, la plateforme de Vilanova d’Alcolea affiche désormais des indicateurs de croissance qui la placent parmi les infrastructures aéroportuaires les plus dynamiques du pays. Les chiffres officiels de 2025 actent ce basculement, à la fois symbolique et très concret.
À Castellón, le trafic aérien change d’échelle
En 2025, l’aéroport de Castellón a accueilli un peu plus de 318.000 passagers, franchissant pour la première fois le seuil des 300.000 voyageurs annuels. La progression atteint 16 % sur un an, l’une des plus marquées observées en Espagne selon les données disponibles.
La hausse ne se limite pas au trafic passagers. L’infrastructure a également enregistré plus de 12.400 opérations aériennes sur l’ensemble de l’année, un niveau inédit qui confirme l’intensification de son activité.
Plus de passagers que 18 aéroports d’Aena
La comparaison donne la mesure du changement. En volume de passagers, Castellón dépasse désormais dix-huit aéroports gérés par Aena, parmi lesquels figurent plusieurs capitales provinciales. La plateforme fait ainsi mieux qu’El Hierro, Vitoria, Pamplona, La Gomera ou Badajoz. Elle devance aussi Valladolid, Ceuta, León, Córdoba, Salamanque ou Logroño, des infrastructures pourtant bien ancrées dans le paysage aéroportuaire espagnol.
Autre singularité : l’aéroport de Castellón n’appartient pas au réseau Aena. Il est géré par Aerocas, société publique dépendant de la Generalitat Valenciana. Un statut atypique qui ne freine pas son essor. Bien au contraire : Castellón s’impose aujourd’hui comme l’aéroport connaissant la plus forte croissance parmi ceux situés hors réseau national, consolidant progressivement sa place dans le classement espagnol par volume de trafic.
Davantage de routes, davantage de sièges pour 2026
Et la dynamique ne devrait pas s’essouffler. Pour 2026, l’aéroport de Castellón annonce la programmation la plus étoffée de son histoire, avec 16 routes régulières, 2.400 vols et 400.000 sièges proposés.
Deux nouvelles liaisons internationales viendront renforcer l’offre à partir du mois de juin : Manchester et Bologne. Elles s’ajouteront à un réseau déjà bien structuré, reliant notamment Berlin, Bruxelles, Budapest, Cracovie, Düsseldorf Weeze, Londres, Milan, Porto, Bucarest ou Cluj, ainsi qu’à plusieurs destinations nationales comme Bilbao, Madrid, Palma de Majorque et les Asturies. L’objectif est clairement affiché : faire mieux encore que l’exercice 2025, déjà marqué par des niveaux de trafic inédits.
Au-delà du trafic aérien
Du côté du gouvernement valencien, le message est clair. Pour le vice-président de la Generalitat, Vicente Martínez Mus, l’aéroport constitue « une véritable porte d’entrée vers la province », appelée à soutenir à la fois la projection internationale de Castellón, son attractivité touristique et sa compétitivité économique.
Dans les faits, la plateforme joue déjà un rôle tangible dans l’arrivée de visiteurs étrangers, notamment à travers les liaisons charter estivales. Mais son positionnement évolue : au-delà du transport aérien, l’aéroport cherche à élargir son périmètre d’action.
Depuis 2025, il accueille ainsi la première édition du programme ESA BIC Valencia Region, incubateur de startups de l’Agence spatiale européenne. Quatre jeunes entreprises y ont déjà été accompagnées, avec à la clé une hausse de leur activité, des levées de fonds et des créations d’emplois.
Autre signal envoyé vers l’extérieur : la société Arkadia Space y a mené avec succès des essais de moteurs spatiaux en conditions réelles. Une manière d’installer Castellón dans un écosystème aérospatial en construction. À cela s’ajoute The SkyBot Lab, présenté comme le premier hub européen dédié à la robotique mobile appliquée aux environnements aéroportuaires.
Longtemps brandi comme un contre-exemple, l’aéroport de Castellón est en train de changer de récit. Sans grand discours ni effets d’annonce, ce sont désormais les indicateurs d’activité qui dessinent sa trajectoire. Castellón ne relève plus du registre de la promesse : il s’inscrit progressivement dans celui des équipements qui comptent.
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