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Fallera Mayor du Cortège d’Honneur : un rôle à part entière

Par Marie Lacherie | Publié le 11/03/2019 à 21:00 | Mis à jour le 11/03/2019 à 21:37
Photo : Paula, Teresa, Carmen, Carmen et Beatriz : cinq des douze falleras de la Corte de Honor 2017 (Photo©P.Gonzalez)
Cinq des douze falleras de la Corte de Honor 2017

Il y a deux ans, Carmen Llopis Borrego, Teresa Mocholí Perez, Paula Ortiz Rubio, Beatriz Aspas García et Carmen Engo Marí faisaient partie des douze Falleras Mayores de la Cour d’honneur des Fallas 2017. Elles étaient présentes autour de la Fallera Mayor de Valencia, Raquel Alario. Mais qu’est-ce que ce cortège ? Quel est son rôle ? Quelle est leur vision des Fallas en tant que femmes et Falleras ? Lepetitjournal Valence a eu la chance de rencontrer ces cinq jeunes femmes pétillantes.

Existent-ils des conditions spécifiques à remplir pour être élue Fallera Mayor du cortège d’honneur ? 

Carmen Engo Marí : Les conditions ne sont pas réellement listées. Il n’est pas forcément nécessaire d’être issue d’une famille de falleros ou être fallera depuis des années.

Paula Ortiz Rubio : Quelqu’un d’origine étrangère peut tout à fait devenir Fallera Mayor. Il suffit d’être élue Fallera Mayor d’une des commissions falleras. 

Teresa Mocholí Perez : Parler le Valencien n’est pas une exigence, mais c’est conseillé. Nous ne le parlons pas toutes mais nous le comprenons. Cela est important car nous nous rendons dans des petits villages où le Valencien est parlé plus que le castillan. 

Les Fallas c’est l’expression entière de notre culture dans son intégralité. (Paula Ortiz Rubio)

Paula Ortiz Rubio
Paula Ortiz Rubio (Photo©P.Gonzalez)


Que représentent les Fallas pour vous ?

Carmen Llopis Borrego : C’est un mélange de toute notre culture valencienne. C’est un sentiment de partage.
Paula : les Fallas c’est une union. Chaque personne qui y participe apporte un peu d’elle-même. C’est une partie entière de nos vies.

Carmen E. : C’est également un travail colossal des artisans. Les touristes ne peuvent se rendre compte de tout ce qu’il y a derrière. 

Beatriz Aspas García : C’est une famille, ou plutôt une entreprise coopérative. Tout le monde travaille pour que les fêtes soient magnifiques. 

Paula : Il faut savoir que les Fallas ne sont pas que le bruit et la fête. Les Fallas touchent toutes les catégories artistiques. Ce sont des centaines, des milliers d’artistes qui y participent. Il ne faut pas y voir que le côté extérieur : la fête et l’alcool. Les Fallas c’est l’expression entière de notre culture dans son intégralité. 

Certaines petites filles rêvent de devenir Fallera du cortège, elles nous idéalisent un peu. Il faut donc que nous soyons attentives à notre manière de nous tenir. (Beatriz Aspas García)

Beatriz Aspas Garcia
Beatriz Aspas García (Photo©P.Gonzalez)

 

Avez-vous en tant que cortège d’honneur, des règles à suivre, des interdits ? 

Teresa : Encore une fois rien n’est listé, mais il s’agit de faire preuve de bon sens. Personne ne nous dit « vous n’avez pas le droit de faire ceci ou cela ».

Carmen L. : Je suis fumeuse, mais pendant les actes officiels du cortège je m’abstenais de fumer. Nous avons une image publique à respecter.

Teresa : Il nous est également conseillé de porter des robes d’une certaine longueur, non pas pour éviter de montrer nos jambes, mais parce que bien souvent nous devons marcher sur des estrades ! C’est pourquoi une certaine longueur est conseillée afin que l’on ne voie pas sous nos jupes (rires). 

Beatriz : Nous devons faire attention à notre image. Certaines petites filles rêvent de devenir Fallera du cortège, elles nous idéalisent un peu. Il faut donc que nous soyons attentives à notre manière de nous tenir, c’est logique. C’est une question d’éducation. En tant que personnage public, nous savons à quoi nous nous exposons. 

Bon nombre de francophones ignorent ce qu’est réellement une Fallera Mayor. Pouvez-vous leur décrire ce qu’elle représente ? Quelles sont les qualités indispensables à avoir selon vous ? 

Carmen L. : Une Fallera du cortège représente l’esprit des Fallas pendant toute l’année. Elle est chargée de le promouvoir et de le transmettre au niveau national et international. Il faut aimer les Fallas c’est une condition plus que primordiale.

Paula : Une Fallera doit être une jeune femme souriante, avenante, qui aime être au contact des autres et toujours positive. 

Carmen E. : Nous ressentons un véritable amour et une passion très forte pour les Fallas. Etre Fallera c’est aussi avoir le goût de se vêtir, de se pomponner. Cela prend du temps avant chaque acte officiel, il ne faut pas que cela soit une contrainte. 

Beatriz : Les Fallas deviennent notre priorité, il faut donc être capable de mettre sa vie privée entre parenthèses durant un an. 

L'ensemble de la Corte de Honnor 2017
L'ensemble de la Corte de Honor 2017 entoure Raquel Alario, la Fallera Mayor de Valencia lors de la présentation du Ninot de la Plaza del Ayuntamiento. Parmi elles, Carmen, Teresa, Paula, Carmen et Beatriz qui ont répondu avec beaucoup de gentillesse à nos questions. (Photo©P.Gonzalez)

 

Vous avez fait partie de la première cour d’honneur depuis l’inscription des Fallas comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité par l’Unesco. Que représente, pour vous, cette reconnaissance ?

Teresa : Ce fut quelque chose de très fort. C’est une reconnaissance mondiale d’un sujet qui nous passionne depuis tellement d’années, c’était une réelle fierté. 

Paula : il faut savoir que, à Valencia même, beaucoup de monde critique les Fallas notamment pour le prix qu’elles coûtent à la ville, pour le bruit, la foule, etc. Donc, que des personnes extérieures à notre culture, à notre pays, viennent et disent « il faut conserver ces fêtes, elles font partie du patrimoine mondial de l’humanité » c’est une immense satisfaction. 

Carmen E : Les Fallas, ce ne sont pas seulement quatre jours de fête, c’est un an de travail. Les Valenciens eux-mêmes n’en ont pas conscience. Donc cette reconnaissance au niveau mondial, pour nous, c’est une consécration.

Auparavant, le cortège était clairement décoratif. Maintenant nous avons une vraie voix grâce à notre Fallera Mayor. (Teresa Mocholí Perez)

Teresa Mocholí Perez
Teresa Mocholí Perez (Photo©P.Gonzalez)

 

Au fil des années, avez-vous vu une certaine évolution, une certaine modernisation du statut de Fallera Mayor du cortège d’honneur ? 

Beatriz : Bien sûr ! La Fallera Mayor et son cortège ont de plus en plus de responsabilités. Nous ne sommes pas là pour faire joli, nous avons de vraies missions, de vrais rôles à jouer durant cette année de règne. 

Teresa : C’est notamment vrai pour le cortège. Auparavant, il était clairement décoratif. Maintenant nous avons une vraie voix grâce à notre Fallera Mayor. En 2017, Raquel, nous a permis de nous exprimer, de participer à chaque événement. Avant ce n’était pas comme cela, le cortège ne disait pas un mot. C’est une réelle évolution. 

Carmen L. : La chance que nous avons également est que Pere Fuset, le Président de la Junta Central, soit très partisan de faire évoluer les choses, de nous donner plus de responsabilités. 

Comment décririez-vous le lien qui vous unit toutes les treize ?

Teresa : Nous avons la chance d’être très soudées. Nous sommes un groupe démocratique, nous avons toujours voté pour tout : nos tenues, nos coiffures. Raquel ne s’est jamais comportée comme LA Fallera Mayor : elle était simplement l’une d’entre nous. Notre vote avait autant d’importance que le sien. Son attitude, sa gentillesse, ont renforcé ce lien très fort que nous avons encore aujourd’hui.

Beatriz : Nous sommes très complémentaires, très proches de caractères et de valeurs. Nos familles se retrouvent très souvent ensemble, parfois même plus souvent que nous ! (rires). Nous sommes un réel groupe d’amies. 

Paula : Nous essayons de nous voir le 24 de chaque mois.

En tant que Fallera Mayor du Cortège d’Honneur, quel est votre rôle exact ? 

Teresa : Notre tâche est d’accompagner et soutenir notre Fallera Mayor.

Carmen L. : Il faut savoir que la Fallera Mayor, comme tout personnage public, est parfois critiquée et cela peut être très blessant. Raquel se tournait alors vers nous pour chercher un sourire, un regard de soutien et nous lui disions « no pasa nada ». Nous devions l’aider. 

Paula : Nous sommes là aussi pour lui apporter de l’énergie. Les Fallas sont vraiment épuisantes. Du 15 au 19 mars, nous dormions très peu. Avec la fatigue, les émotions sont plus fortes. Il est alors primordial d’avoir un groupe uni et soudé. 

L’univers des Fallas prend part à cette défense et cette revendication d’égalité entre les deux sexes. Cela fait partie des valeurs pour lesquelles il est important de lutter. (Carmen Engo Marí)

Carmen Engo Marí
Carmen Engo Marí (Photo©P.Gonzalez)

 

Ces derniers mois, de nombreux mouvements de soutien aux femmes ont surgi. Ressentez-vous un devoir de défendre le statut de Fallera Mayor ? Ressentez-vous, par conséquence, une pression plus forte, un devoir en tant que représentante féminine des Fallas ? 

Carmen L : Je défends mon statut, non pas en tant que Fallera, mais en que femme avant toute chose. 

Beatriz : Notre position nous donne la possibilité de nous faire entendre, d’avoir un réel rôle lors de mouvements publics. Notamment parce qu’il y a pas mal de machisme dans l’univers fallero. Nous sommes des femmes, nous sommes le cortège d’honneur, il n’y a pas d’hommes. Nous devons nous faire respecter.

Teresa : Les Fallas sont représentées par une femme entourée d’autres femmes. C’est une fierté. Les hommes ont beau être parfois machistes, la Femme est la figure des Fallas. C’est une fierté. 

Paula : Nous avons tout à fait le droit et la possibilité de prendre part aux mouvements de défense des droits de la Femme. 

Carmen E. : La journée internationale des Droits de la Femme se déroule durant les Fallas. Une femme est toujours mise à l’honneur par une société de pyrotechnie pour tirer la mascletà. L’univers des Fallas prend part à cette défense et cette revendication d’égalité entre les deux sexes. Cela fait partie des valeurs pour lesquelles il est important de lutter. 

Concernant les Fallas, j'aimerais que les débats, les critiques cessent pour que la fête puisse être totale. (Carmen Llopis Borrego)

Carmen Llopis Borrego
Carmen Llopis Borrego (Photo©P.Gonzalez)

 

Avez-vous un souhait, un vœu pour votre vie personnelle et pour les Fallas ? 

Carmen L. : Sur le plan personnel, terminer mes études de chimie. Concernant les Fallas, j'aimerais que les débats, les critiques cessent pour que la fête puisse être totale. 

Teresa : J’aimerais devenir une femme indépendante et inspirée, réussir ma vie personnelle et en être fière. Pour les Fallas, je souhaiterais continuer à en faire partie, évoluer au sein même de ma commission, en être à la direction par exemple. 

Carmen E. : Continuer et terminer mes études de langue française. Au niveau des Fallas, j’aimerais que les Valenciens se rendent compte du travail que cette fête représente. 

Paula : Je souhaiterais finir mes études de droit, devenir avocate et être heureuse. J’aimerais que les Fallas cessent d’être utilisées pour créer des polémiques et que simplement tout le monde en profite. 

Beatriz : Mon souhait personnel est de finir mes études d’architecture. Au niveau des Fallas, que les relations se passent mieux avec les voisins, que les gens arrêtent de fuir Valencia durant les fêtes. Que tout soit plus cordial. 

 

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Marie Lacherie

Française mais espagnole de coeur, Marie a découvert Valencia durant ses études en journalisme. Passionnée par la lecture et l’écriture, amoureuse de Valencia, elle livre son regard sur la ville à travers son instagram : losojosverdes.de.valencia
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