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Espolín Garín : 2 siècles de savoir-faire artisanal

Par Marie Lacherie | Publié le 19/08/2019 à 23:00 | Mis à jour le 19/08/2019 à 23:00
Photo : Trois mois de tissage sont généralement nécessaires pour confectionner un espolín (Photo©ML-LPJV)
Trois mois de tissage sont généralement nécessaires pour confectionner un espolin

Magnifique tissu brodé destiné aux tenues des falleras et falleros, l’espolín est un élément incontournable de l’univers des Fallas. Garín, société de confection d’espolín depuis 1820, nous a, le temps d’une visite, fait découvrir ses locaux et enseigné ce savoir-faire doublement centenaire. 

L'entreprise Garin a réalisé l'espolin de la robe de la Fallera Mayor Infantil 2018, Daniela Gómez de los Ángeles (Photo©ML-LPJV)
L'entreprise Garín a réalisé l'espolín de la robe de la Fallera Mayor Infantil 2018, Daniela Gómez de los Ángeles (Photo©ML-LPJV)

 

Des églises aux tenues de Falleras

C’est au cœur des églises que l’espolín fit sa première apparition sous forme de tentures. Au fil des années, cette toile, résultat d’un tissage manuel ou mécanique de la soie, est venu se faire une place au sein du monde des Fallas. Si son nom désigne la matière, il fait également référence à la petite pièce de bois qui tisse la soie entre les fils, communément appelée en France "navette". 

L'espolin ou navette en bois qui sert pour le tissage de la soie
L'espolín ou navette en bois qui sert pour le tissage de la soie (Photo©LPJV)

 

Chaque année, c’est par le biais d’un concours que les sociétés de confection d’espolín sont sélectionnées. La Mairie de Valencia impose ensuite à la Fallera Mayor ainsi qu’à la Fallera Mayor Infantil de Valencia, l’entreprise qui sera chargée de créer leurs tenues pour les événements officiels des Fallas. Les deux demoiselles quant à elles, restent libres de choisir la couleur de chacun de leur espolín. La coutume veut que la couleur choisie se différencie des teintes des cinq dernières années afin de promouvoir la diversité et de respecter l’identité propre de chaque Fallera Mayor de Valencia. 

Concernant le modèle du dessin tissé sur les tenues, il y eut un avant et après l’an 2000. Au moment du passage au nouveau siècle, la Mairie de Valencia a pris la décision d’imposer le dessin aux Falleras Mayor et Mayor Infantil de Valencia lors de leur exalltación. Un moyen de symboliser une transmission du patrimoine valencien.

Le dessin de l'espolin de la Fallera Mayor de Valencia
Le dessin de l'espolín de la Fallera Mayor de Valencia (Photo©ML-LPJV)

 

Une technique française pour une création purement valencienne

Si la société Garín célèbrera l'année prochaine son bicentenaire, le tissage de la soie remonte, dans la famille, aux années 1774. C’est à cette date que Mariano Garín Rubio s’inscrivit comme artisan-tisseur. Un amour du tissage de la soie et une maîtrise transmis de génération en génération. 

Aujourd’hui, les Fallas sont un moment clef de l’année pour l’entreprise. En effet, ces festivités ne représentent pas moins de 98,5% de leur chiffre d’affaire annuel. 

Les espolínes de Garín puisent leur notoriété dans le doigté d’une parfaite précision de ses tisseurs. Assis derrière leurs métiers, les artisans suivent une technique vieille de plus de deux siècles provenant tout droit de France : le métier à tisser Jacquard. 

Créé en 1801 par le lyonnais Joseph Marie Jacquard, cet ancêtre de l’art du tissage se distingue par trois éléments fondamentaux et distincts : la technique des aiguilles de Basile Bouchon, les cartes perforées de Falcon ainsi que le cylindre de Vaucanson. Les cartes perforées guident les aiguilles qui soulèvent les fils et permettent le tissage. Une véritable révolution à l’époque pour certains ouvriers qui voyaient en cette machine une cause de chômage. En effet, la méthode Jacquard permettait pour la première fois à un seul et unique ouvrier de manipuler le métier à tisser. 

Les cartes perforées permettant le tissage de la soie
Les cartes perforées permettant le tissage de la soie (Photo©LPJV)

 

En France, la même méthode de confection était appliquée à la célèbre Dentelle de Calais, elle aussi issue d’une production Jacquard. Aujourd’hui, ce mode de tissage s’est étendu au linge de maison, à l’habillement et à l’ameublement. 

Dans l’atelier de Garín, les artisans-tisseurs continuent de suivre cette méthode. Aidé par le dessin de la tenue imprimé sur format papier, l’artisan tisseur se sert de pédales situées sous ses pieds pour élever ou abaisser les fils de la toile. Il y fait ainsi glisser les espolínes et crée les ornements de la tenue de la Fallera. Trois mois de travail sont généralement nécessaires pour la confection d’un espolín. 1.500 euros le mètre, tel est le prix moyen d’un espolín tissé à la main. 

Les métiers à tisser manuels de Garín
Les métiers à tisser manuels de Garín (Photo©ML-LPJV)

 

Ce dernier est alors appelé "seda espolinada" en référence à cette navette de bois. Les espolínes réalisés entièrement à la machine sont qualifiés de "seda no espolinada". Si la différence au premier regard n’est visible que pour un œil avisé et professionnel, c’est en retournant le tissu que tout se joue : la pièce tissée à la main dévoile les traces du passage des différents espolínes, chacun ayant apporté sa propre couleur au dessin final. La pièce faite de manière automatique est quant à elle, totalement lisse et sans relief. 

 

Crida, exaltación et inauguration des Ninots : les Falleras Mayores égéries Garín

Ce travail d’orfèvre est aujourd’hui le centre de nombreuses conversations au moment des actes emblématiques des Fallas. En 2018, Daniela, la Fallera Mayor Infantil avait revêtu plusieurs espolínes griffés Garín. Le premier, de couleur bleu marine, surprit par son audace, public et journalistes lors de l’exaltación de la jeune fille, le samedi 27 janvier 2018. 

 

Garín a confectionné l'espolin bleu marine de Daniela pour son exaltation
Garín a confectionné l'espolín bleu marine de la Fallera Mayor Infantil 2018 pour son exaltation (Photo©ML-LPJV)

 

Les espolínes s’étendent aujourd’hui au monde des robes de mariées. La précision et la qualité du tissage en font une pièce unique, très appréciée bien au-delà du milieu des Fallas. Garín reste une entreprise phare de cet art intemporel, qui continue de séduire années après années la Communauté valencienne. 

Exemple d'espolines de l'entreprise Garin
Exemple d'espolines réalisés par l'entreprise Garín (Photo©LPJV)


 

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Marie Lacherie

Française mais espagnole de coeur, Marie a découvert Valencia durant ses études en journalisme. Passionnée par la lecture et l’écriture, amoureuse de Valencia, elle livre son regard sur la ville à travers son instagram : losojosverdes.de.valencia
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