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Céline Steffen : "Les choses se font différemment, il faut l'accepter"

Par Shirley SAVY-PUIG | Publié le 30/09/2019 à 00:59 | Mis à jour le 30/09/2019 à 11:03
Céline Steffen devant le marché de Ruzafa

Le froid strasbourgeois pour Céline ? Très peu pour elle. C’est en 2005, alors âgée de 20 ans, qu’elle décide de quitter son Alsace natale pour s’établir à Valencia et poursuivre ses études de droit. Aujourd’hui avocate inscrite au barreau, elle revient sur ces quatorze années d’expatriation et sur cette histoire d’amour qui perdure avec Valencia.

 

Lepetitjournal.com/Valence : Pourriez-vous nous résumer votre parcours universitaire qui vous a mené jusqu’à Valencia ?

Céline Steffen : J’ai toujours su que je voulais vivre dans le sud. Je viens de Strasbourg où le temps n’est pas formidable. Plus jeune, à chaque fois que nous partions en vacances, je ne voulais jamais rentrer à cause du froid. Fut une époque où je voulais même partir en Turquie ! J'étudiais le droit à Strasbourg et l’été juste avant d’entrer en licence, j’étais à Dénia avec des amis. C’est là que j’ai connu Valence et c’est à ce moment que je me suis dit pourquoi pas cette ville pour terminer mes études. Je suis rentrée en France pour finir ma licence en droit et je suis revenue. Ce fut un peu compliqué car je n’ai pas pu faire d’homologation n’ayant pas ma maîtrise à ce moment-là mais surtout parce que les études de droit sont bien différentes entre la France et l’Espagne, même s’il y a des choses en commun. J’ai pu valider une partie de mes notes mais j’ai dû repasser d’autres matières. 

 

En arrivant à Valence, en plus d’un choc thermique, avez-vous été confrontée à un choc culturel ? Votre adaptation a-t-elle été facile ? 

Je reconnais qu’en étant seule au début et sans parler espagnol, ce n’était pas évident d’autant je ne voulais pas être en contact avec des Français pour justement apprendre la langue et connaître la culture espagnole. C'était un peu difficile de se faire des amis espagnols évidemment étant donné qu'ils ont déjà leur cercle. Ils sont un peu plus ouverts que les Français mais pour se faire de véritables amitiés, c'est un peu plus compliqué. C’est pour cela qu’au début, j'étais beaucoup avec des Italiens et une Allemande. Petit à petit je me suis fait des amis, des collocs espagnols et j’ai connu un peu plus les gens.  

En ce qui concerne le choc culturel, je dirais pas vraiment. Comme j’étais extrêmement ouverte, je voyais tout positivement, surtout la mentalité des gens. C'est vrai que les gens sont très sincères et spontanés. Par exemple, en allant au kiosque pour recharger le bonobus, la dame d’à côté peut te raconter sa vie sans problème.  Si tu as un bouton, ils vont te le dire directement. Si tu n’as pas une bonne tête le matin, ils te le disent aussi. En France, on tourne autour du pot pour tout et on remet absolument tout en question. Ici, c’est la culture de la rue : on parle à tout le monde et tout le monde se dit bonjour.  C’était donc plutôt un choc culturel positif. Il faut dire que je suis partie très fâchée avec la France en 2005. C’était trois ans après les élections présidentielles ou Le Pen, le père, était arrivé au second tour. J’étais très remontée … et très jeune aussi !  

 

En Espagne, les avocats sont un peu "el paño de lagrimas". Nous sommes à la fois psychologue et conseiller

 

Après vos études, comment êtes-vous entrée dans le monde du droit espagnol ?

C'est curieux parce que j'ai toujours dit, étant plus jeune, que je ne voulais pas devenir avocate car on n’a plus de vie privée. Et je confirme que c’est le cas ! J’ai fini mes études de droit et j’aimais beaucoup le droit maritime et du transport. J’y suis donc allée directement au culot. Je ne connaissais personne dans ce milieu à Valencia. Ici, c’est comme en France : si on connait du monde dans le secteur du droit, c’est beaucoup plus facile. J’ai envoyé un mail après mes examens à un de mes professeurs que j’appréciais en lui expliquant que je finissais ma maîtrise en droit et que j’étais disponible pour effectuer un stage. Il m’a appelée et je suis entrée directement dans son bureau en octobre 2008 juste après la fin de mes études trois mois auparavant, en juillet. Il était en train de monter son bureau et je suis arrivée au bon moment. 

J’ai passé huit ans dans ce cabinet d’avocat. A peine arrivée en octobre 2008, en Avril 2009 j’étais déjà au bureau et en procès. Je faisais trois ou quatre procès par semaine dans toute l’Espagne. En fait, je pense qu’ici on donne tout de suite beaucoup de responsabilités alors que cela n’aurait pas forcément été le cas en France. Ici on se base beaucoup plus sur les compétences que les expériences et on te fait confiance plus rapidement. 

 

Je suis plus Valencienne que Strasbourgeoise, je me sens plus d’ici que de là-bas


 
Est-ce qu’il existe des différences entre le métier d’avocat en France et en Espagne ? 

Je dirais qu’en France, il existe une certaine distance puisque l’on nous appelle "Maître". En Espagne, nous sommes un peu "el paño de lagrimas" (NDLR : que l’on peut traduire par l’expression "le bureau des pleurs"). Nous sommes à la fois psychologue et conseiller. Il y a un vrai côté maternant. Il est vrai que s’établit une relation de confiance avec les clients qui est forte. J’ai travaillé avec d’autres pays comme la Chine ou des pays d’Afrique lorsque je faisais de l’arbitrage international et j’avais remarqué que les gens avaient une certaine méfiance ou défiance envers la profession. Mais quand mon fils est né il y a trois ans, j’ai arrêté de faire ça.

 

Vous songez à demander la nationalité espagnole. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? 

Actuellement je fais du conseil et accessoirement de la traduction. Mais ce sont des activités très prenantes dans lesquelles je m’investis et laisse beaucoup de moi. Je suis donc à la recherche de quelque chose qui me laisse un peu plus respirer. Pour m’ouvrir d’autres portes, comme par exemple l’enseignement ou les concours de l’administration pour être greffière ou juge, je dois avoir la nationalité espagnole, même après 14 ans passés ici. La première raison est donc professionnelle. Mais il y a également une raison personnelle, une raison sentimentale. Je suis plus Valencienne que Strasbourgeoise, je me sens plus d’ici que de là-bas. Je suis partie de France lorsque j’avais 20 ans. J’ai donc passé presque la moitié de ma vie en Espagne.

 

Céline assiste à une mascleta
Quoi de plus valencien que d'assister à une mascleta place de l'Ayuntamiento ?

 

Pouvez-vous nous décrire votre Valencia à vous ?

Je dirais que c’est une qualité de vie incroyable. Je fais tout à pied, je n’ai pas besoin de voiture. Il y a de très bonnes connexions ferroviaires et le métro peut vous déposer à n'importe quel endroit.
Mon Valencia, c’est me lever et aller au marché de Ruzafa tranquillement quand je le peux. Faire mes activités. Il y a une très bonne offre de service pour les activités. Pour ma part, ma passion c’est la musique. Mon fils était dans une crèche de mon quartier qui l'après-midi accueillait le siège d’une école de musique pour les enfants mais aussi pour les adultes.  

 

Qu’appréciez-vous plus particulièrement en Espagne ?

Je pense que globalement, l’Espagne est un très bon pays pour éduquer ses enfants. Il existe certainement des choses différentes ou qui plairont moins mais j’ai l’impression qu’ici, les infrastructures sont plus préparées pour les enfants qu’en Alsace. Par exemple, emmener ses enfants au restaurant n’est pas forcément bien vu en France alors qu’en Espagne cela ne pose pas de problèmes. 

 


Vous voyez-vous rentrer en France ?

Ah non pas du tout ! Je pense que je serais malheureuse en France. Néanmoins, j’ai renoué le contact avec ma culture et mes origines via la communauté française qui est présente à Valencia. Une chose que je veux quand même transmettre à mon fils. 

 

Il faut rester très ouvert et prendre conscience que l’on vit dans un pays étranger où les gens ont une vision différente de la nôtre

 

Et malgré tout, est-ce que certaines choses vous manquent de la France ?

La famille, les amis, le type de relation que l’on peut avoir depuis l’enfance. Quand on habite loin, c'est difficile de les cultiver. Au départ j’envoyais beaucoup de mails récapitulatifs mais au fur et à mesure j’ai perdu un peu le fil. Par exemple, je ne connais pas le fils de ma meilleure amie alors que celui-ci alors qu’il a deux ans. Parfois, il y a un peu de mélancolie. Mais mon dernier souvenir de la France c’est la fac.

 

Lors d'une randonnée dans le pays valencien
Randonnée dans la vallée de la Murta

 

Quels seraient vos conseils pour les personnes qui arrivent en expatriation à Valencia ?

Tout d’abord, c’est d’essayer de parler un minimum la langue. Ensuite, c’est d’être suffisamment informé et de s’informer des démarches administratives qu’il va falloir réaliser comme le NIE ou l’inscription à la sécurité sociale, etc. Ce genre de choses qui peuvent prendre un peu de temps à se mettre en place. De même, accepter et assimiler que les choses se font de manière différente de la France par exemple. Il existe des contrats qui sont actés juste en se serrant la main. Mais surtout je dirais qu’il faut rester très ouvert et prendre conscience que l’on vit dans un pays étranger où les gens ont une vision différente de la nôtre. Il faut découvrir avant d’avoir un a priori.
 

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Shirley SAVY-PUIG

Responsable d'édition - Parisienne de naissance mais Valencienne d'adoption depuis sa plus tendre enfance, cette touche-à-tout aime mettre en lumière la culture espagnole et les personnalités francophones de talent.
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