Jeudi 21 juin 2018
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

L’Orangina, une boisson typiquement … valencienne !

Par Syrielle Mejias | Publié le 11/10/2017 à 22:04 | Mis à jour le 13/10/2017 à 15:02
Photo : La bouteille typique de l'Orangina (Photo©LPJValence)
Une bouteille typique d'Orangina

Boisson mondialement connue, créée en 1936, l’Orangina fait figure de succès français dans le domaine très concurrentiel des sodas. Pourtant, ce n’est pas en France mais bel et bien à Valence que la boisson qu’il faut secouer avant de déguster a été inventée.

Les origines d’une boisson à base d’oranges valenciennes

L’histoire raconte qu’en 1935, Léon Beton, pied noir et propriétaire d’une orangeraie à Boufarik, une petite ville algérienne, se rendit par le plus grand des hasards à la foire de Marseille. C’est lors de cet événement qu’il découvre le stand d’un certain Docteur Trigo de Valence qui vend un concentré d’orange un peu particulier : la Naranjina. Il s’agit d’un savant mélange de jus, d’huile essentielle et de pulpe d’oranges agrémenté de fines bulles rafraichissantes. Léon Beton est immédiatement séduit par l’innovante mixture. Dorénavant, il sait ce qu’il va pouvoir faire des oranges qu’il produit en masse dans sa région. Il achète alors au docteur valencien le droit de commercialiser de la Naranjina en Algérie, où il fait ses affaires.

La nouvelle boisson a rapidement du succès mais dès 1936, la guerre d’Espagne, puis la Seconde Guerre mondiale rendent impossibles les échanges entre la France et l’Espagne et les relations entre Beton et Trigo restent en suspens. Pourtant, près de 10 ans plus tard, une fois toutes ces guerres terminées, Léon Beton n’a pas oublié la Naranjina. En 1947, il négocie la recette et propriété de la marque, rebaptisée Orangina, en France et dans son empire colonial. Le Docteur Trigo accepte, lui envoyant un de ses contremaitres valenciens pour lui enseigner la recette du précieux breuvage.

Affiche d'époque de l'Orangina et de TriNaranjaJus

Un mystérieux docteur valencien : Augustín Trigo Mezquita

Dans ce récit mythique de la découverte de l’Orangina par Léon Beton, raconté maintes fois par son fils Jean Claude, un personnage reste des plus énigmatiques : le Docteur Trigo. Si en France son nom n’évoque absolument rien et surtout pas la création de sa boisson, il faut savoir qu’il était, à son époque, un des hommes les plus respectés de Valence. A la fois pharmacien renommé, grand industriel et homme politique, Augustín Trigo Mezquita sera même le maire de Valence pour quelques mois. Militant du parti « Union Républicaine Autonomiste » (Unión Republicana Autonomista), il devient édile en avril 1931.

Sans perdre de temps il lance la rédaction d’un projet de statut d’autonomie de la région valencienne. Mais cette décision est loin de faire l’unanimité et six mois seulement après sa prise de fonction, il abandonne sa charge après avoir plongé la ville dans un état de guerre civile. Outre ce passage rocambolesque de sa vie, le Docteur Trigo mena une existence jonchée de récompenses et d’honneurs. Pionnier de l’industrie pharmaceutique à Valence, il rejoint en 1905 l’Académie Royale de Médecine et en 1942, il entre même à l’Académie des Beaux-Arts de San Carlos pour ses talents de peintre. Mais ce seront bien ses créations à base de concentré de jus d’orange qui le feront rester à jamais dans l’histoire.

Agustin Trigo en 1931
Agustín Trigo en 1931

Orangina et Naranjina : deux marques sœurs

Car notre invraisemblable pharmacien valencien n’est pas seulement le créateur de la formule si spéciale de l’Orangina/Naranjina. Il n’a pas été spolié en vendant sa meilleure création à un homme d’affaire français. De son côté, le Docteur Trigo continuait de vendre en Espagne, et avec un certain succès, la Naranjina. Toujours en quête d’innovation, le Docteur Trigo faisait continuellement évoluer la formule jusqu’à créer dans les années 1940 une nouvelle boisson sans bulles : le TriNaranjus. Principalement bu en Espagne, le TriNaranjus doit son nom à la première syllabe de celui de son créateur et du mot orange en espagnol.

Une bouteille de Trina
Une bouteille contemporaine de Trina (Photo©EnriqueRomeroS)

 

Nés du même esprit, le TriNaranjus et l’Orangina restent bien différents, notamment du fait que le premier ne contienne pas les bulles rafraichissantes du second. Par la suite, les deux marques, aujourd’hui réunies dans le groupeOrangina Schweppes España, réussirent à se faire une place sur le marché international. Elles usèrent pour cela toutes les deux, de campagnes publicitaires inventives et percutantes. On se souviendra des participations de Michel Berger, Jean Paul Goude et Alain Chabat aux publicités d’Orangina et plus récemment de la polémique qu’a engendré un spot publicitaire peuplé d’animaux anthropomorphes aux positions assez suggestives.

Quoiqu’il en soit, peu importe le génie des publicitaires, sans le valencien docteur Trigo, pas de TriNaranjus et surtout … pas d’Orangina !

Nous vous recommandons

IMGP6883

Syrielle Mejias

Journaliste en formation au CFJ après une double licence d'Histoire et de Science Politique à Paris 1. Toujours en vadrouille, à la recherche de curiosités et de lieux insolites à vous faire découvrir.
1 CommentairesRéagir
Commentaire avatar

cirta dim 15/10/2017 - 17:59

Crée en Algerie francaise, c'est une boisson pied noir... Je reconnais que Beton s'est inspiré d'un espagnol... Il y a aussi une analogie avec l'anisette liminiana.... Dans le bassin méditerranéen de l'époque , il y avait beaucoup de boissons similaires.... Consulter article de Wikipédia sur la cuisine pied noir, que j'ai rédigé à 90 p cent.

Répondre

Communauté

Madrid Appercu
EDUCATION

50 propositions de la FAPEE pour les lycées français de l'étranger

Sous fond de crise et de réduction des budgets aloués à l'AEFE, la Fédération des associations de parents d’élèves des établissements a publié fin mai un document regroupant une liste de propositions

Vivre à Valence

SHOPPING

Où acheter des cadeaux et des souvenirs différents à Valencia ?

A la recherche de cadeaux ou de souvenirs qui sortent de l’ordinaire à Valencia ? Parce qu’il n’y a pas que les éventails ou les plats à paella à rapporter dans vos valises, voici notre sélection !