

On pensait en avoir terminé avec la vache folle. Que nenni ! Alors que la maladie de l'encéphalopathie spongiforme bovine est tout juste sur le point d'être éradiquée en Europe, Bruxelles propose la réintroduction des farines animales en France. Suicide ou business ? Un peu des deux
Comme si l'épouvantable maladie de Creutzfeldt-Jakob avait perdu de sa superbe, la Commission européenne, qui assouplit les mesures de précaution depuis un an déjà, s'est laissé tenter par une levée de l'interdiction des produits animaux transformés (PAT) en France. L'Agence nationale de la sécurité des aliments (Ansès) et le Conseil national de l'alimentation (CNA) vont donc examiner séparément la possible réintroduction des farines animales, prohibées depuis la crise de la vache folle en 1994.
Pourquoi réintroduire les farines animales en France ?
Les farines animales sont soupçonnées d'avoir contribué à la propagation de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) parmi les bovins (AFP) dans les années 1990. Elles avaient été interdites dès 1994, mais depuis, des travaux de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont montré que si des porcs sont nourris avec des protéines animales transformées de volailles, ''l'augmentation du risque d'exposition de l'homme sera négligeable''. Autrement dit, si l'animal n'est pas nourri avec des protéines de sa propre espèce, le danger serait moindre. En 2009, seuls 67 cas positifs de vache folle ont été décelés dans l'Union européenne. La Commission juge que les animaux concernés l'an dernier, 18 en Espagne, 10 en France et 9 en Irlande, étaient des bovins âgés qui ont pu être contaminés il y a longtemps. Elle avait déjà décidé il y a un an d'assouplir les règles sur l'étiquetage des aliments pour animaux, à la suite de l'amélioration du contrôle de la chaîne alimentaire. Aujourd'hui, la principale démarche consiste à mettre fin à ''l'abattage systématique'' de tous les animaux du troupeau nés dans les douze mois précédant ou suivant la naissance du bovin infecté et qui ont pu consommer les mêmes aliments contaminés, comme c'était le cas jusqu'à présent.
Pourquoi avoir envie de devenir végétarien ?
''S'il y a des incertitudes, on ne prendra aucun risque'', assure, sans toutefois rassurer, le ministère de l'Agriculture. ''On n'a pas retrouvé d'ESB chez les porcs et les volailles et il n'y a donc pas de raison de stigmatiser ces farines'', estime le directeur de l'Ansès, Marc Mortureux. Mais certains experts de l'agriculture s'inquiètent, tout simplement car les farines, qui ne doivent pas être mélangées, peuvent accidentellement l'être dès leur fabrication. José Bové, eurodéputé Europe Ecologie, propose que l'Europe produise elle-même les protéines végétales dont ses ruminants ont besoin : ''Avec une meilleure utilisation du colza et une reconversion de seulement 7 % des surfaces en céréales, on pourrait réduire nos importations de protéines animales de 41 %, c'est le ministère de l'Environnement français qui le dit''. Pour cela, ''il faudrait remettre en cause les accords de Blair-House signés en 1992, et par lesquels l'Europe a accepté de limiter son soutien aux cultures de protéine végétale et s'est engagée à importer du soja américain sans droits de douane''. Hors de question pour José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Selon l'ancien leader de la Confédération paysanne, la Commission européenne serait prompte à céder aux pressions des ''entreprises qui ne savent pas quoi faire de leurs stocks, et veulent rentabiliser les déchets''.
Le goût du risque
Alors que l'Europe est sur le point d'éradiquer la maladie, une Italienne de 42 ans est actuellement en fin de vie, atteinte d'une variante de Creutzfeldt-Jakob. Le premier cas de vache folle a été diagnostiqué en 1986 au Royaume-Uni. Puis 190.000 cas d'encéphalopathie spongiforme bovine ont été comptabilisés jusqu'à aujourd'hui dans l'Union européenne. Mais les mesures de précaution n'ont été prises qu'en 1997, et la maladie a tout de même fait 200 victimes, dont 158 au Royaume-Uni, et 9 en France. Malgré tout, le Conseil d'Etat considère que la France est allée trop loin dans le principe de précaution en matière de santé animale et humaine lors de la crise de la vache folle, sacrifiant des milliers de troupeaux. Pour avoir interdit de novembre 2000 à octobre 2002 la commercialisation du thymus de bovin ou du ris de veau, l'Etat français est condamné à payer des indemnités supérieures à 10 millions d'euros aux entreprises qui ont porté l'action en justice il y a une dizaine d'années.
Lauriane Rialhe (www.lepetitjournal.com) jeudi 29 juillet 2010
En savoir plus :
Rue89, Bové : « Les farines animales, un risque qui ne vaut pas le coup »
La Croix, La maladie de la vache folle est en voie de disparition en Europe










































