

L'Union européenne n'en finit plus d'enchaîner plans d'aide et autres mesures de sauvetage en direction de certains pays endettés de la zone euro. A tel point que des voix s'élèvent pour demander des solutions durables sous la forme d'une intégration plus poussée. Mais si l'idée de la mort de la monnaie unique fait frémir, celle de la mise en place d'une Union fédérale européenne divise
Grèce début 2010, Irlande fin 2010, Portugal en juin 2011, depuis un an et demi, les risques de faillite se succèdent dans une Europe (photo AFP) frappée par la crise financière et économique mondiale. Pour y remédier, les solutions de rafistolage adoptées tant bien que mal sous la forme principalement de prêts astronomiques ne résolvent rien à long terme. La semaine passée encore, l'accord trouvé in extremis pour voler au secours de la Grèce souligne si besoin était de la nécessité de faire prochainement des choix difficiles. Plus que jamais, l'Union européenne se retrouve à la croisée des chemins: doit-elle se résigner à enterrer la monnaie unique ou au contraire, doit-elle opter pour le grand bond en avant vers une gestion fédérale qui garantirait sa survie monétaire? Une question éminemment bien plus politique qu'économique ou financière.
Vers une intégration plus poussée
"Les dirigeants européens refusent d'aborder la seule vraie question: comment aller vers un véritable fédéralisme qu'impose depuis l'origine l'euro, notre monnaie fédérale, que réclament les marchés financiers et que la seule logique rend pertinente?", estime Jean-Dominique Giuliani le président de la Fondation Schuman, qui ?uvre en faveur de la construction européenne. Pour lui et pour les pro-européens, la solution à la crise de la dette européenne est à portée de main, sous la forme d'une véritable intégration budgétaire, fiscale et donc politique de l'ensemble des Etats-membres. Dans cette Union européenne fédérale, où les pays riches aideraient systématiquement les plus fragiles, il y aurait notamment des solutions-clé: la possibilité de mutualiser une partie des emprunts de chacun sur les marchés avec un taux d'intérêt moyen, de créer des euro-obligations ainsi qu'un impôt européen, de définir des politiques de relance communautaires ou encore de taxer les transactions financières sur les dettes souveraines à l'échelle du continent européen.
Poursuivre la construction européenne
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, défend lui aussi l'option d'une intégration plus poussée, en soutenant pour sa part l'idée d'un ministre européen des Finances chargé des grandes orientations budgétaires et économiques de l'Union et doté d'une vraie autorité politique. Un pas en avant qui avec la mise en place d'une Europe fédérale préfigurerait une forme plus aboutie de l'Europe initiée par le Traité de Maastricht. Car c'est là, l'un des arguments des partisans de la construction européenne : après le pari risqué des débuts, une nouvelle étape doit être maintenant franchie, et les traités d'origine revues. Toutefois si les dernières avancées semblent aller dans ce sens (davantage d'entraide financière entre Etats, durcissement de la discipline budgétaire commune), certains Etats-membres restent réticents.
Céder une part de la souveraineté nationale
Une Union fédérale européenne impliquerait en effet un transfert massif de souveraineté. Les Etats-membres tendraient alors à s'effacer au profit d'un gouvernement fédéral. Une concession que tous ne sont pas prêts à faire. Pour sa part, la chancelière allemande Angela Merkel a fait savoir qu'elle s'opposait catégoriquement à une "Union de transferts" financiers entre pays, chacun devant rester à ses yeux responsable de ses deniers. Une réticence de poids qui fait du coup se tourner les regards vers l'autre acteur historique de l'Union européenne : la France. Reste à voir quelle sera la position de la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais si l'Hexagone a toujours veillé à préserver sa souveraineté, il est aussi sans doute peu probable qu'elle fasse marche arrière vers un retour à la souveraineté monétaire nationale demandée par les eurosceptiques. La solution consensuelle viendra peut être d'un rapprochement entre la France et l'Allemagne par le biais notamment de la création d'un ministère des Finances commun comme le proposent certains candidats aux primaires du Parti socialiste français.
Julie Ketkosol (www.lepetitjournal.com) lundi 25 juillet 2011
En savoir plus:
Marianne2: Crise : oser le fédéralisme européen ? Ce serait facile si...
Le Monde: Grèce : les dirigeants de la zone euro parviennent à un accord pour sauver la Grèce
Notre article: EUROPE- Faut-il un ministre des Finances?




































