Voyager seul est une tendance. C’est la liberté. C’est aussi la solitude. Blanche, étudiante lilloise de 21 ans, vit tout cela à la fois. Elle nous a raconté ses bonheurs et ses états d’âme.


Les touristes solitaires sont de plus en plus nombreux en Thaïlande. On peut se référer à des enquêtes pour en avoir la preuve ou simplement se promener ici ou là pour le constater. lepetitjournal.com avait envie de connaître les motivations, les heurs et les malheurs de ceux-là. C’est à ce moment précis que je suis tombé sur Blanche à Chiang Mai, un dimanche matin, à Coconut Market précisément. Entourée d’amies et pourtant l’air un peu perdu. Entendre parler quelques mots de français lui a suffi à fondre en larmes.
Le but est de nous faire grandir mentalement
Blanche Bataille a 21 ans. Originaire du Nord, elle est née précisément à Roubaix. Elle est étudiante à l’ICAM, une école d’ingénieur de Lille. On peut y suivre un parcours en alternance, un bachelor classique ou le parcours classe préparatoire intégrée plus trois ans d’école, celui qu’a intégré Blanche. « Ce parcours nous attire notamment parce qu’on sait qu’il y aura ce voyage, qui a été intégré au cursus en 2000 », sourit-elle enfin.

Non pas un semestre d’études à l’étranger, comme le proposent désormais toutes les écoles, mais quatre mois d’expérimentation de la vie, ailleurs dans le monde, avec au minimum un mois tout seul. « Le but est de nous faire grandir mentalement, explique l’étudiante. L’école veut nous aider à comprendre qui on est en étant confronté à soi-même. C’est aussi une occasion qui nous est donnée de voyager, avant d’entrer dans la vie professionnelle. » Avant de partir, chacun doit présenter un projet concret, un défi, une action de bénévolat, parler de ses envies et de ses peurs. Et désormais, pour protéger la planète de trop nombreux déplacements, avoir une unité géographique.
On fait ce qu’on veut quand on veut
Blanche a décidé de partir à la découverte de l’artisanat thaïlandais et, plus généralement, d’Asie du Sud-Est. Elle veut apprendre et échanger. Elle pense poursuivre son périple au Laos, au Vietnam et au Cambodge mais sans plan précis. Cette liberté représente pour elle le principal atout du voyage en solitaire.

« J’aime la beauté du pays, la gentillesse des gens, les rencontres fortuites, raconte Blanche. L’avantage d’être seule c’est que les gens viennent vers toi. On rencontre beaucoup plus de monde que si on voyage à plusieurs. On fait ce qu’on veut quand on veut. On vit au jour le jour. Par exemple, je suis partie faire une semaine de méditation sur un coup de tête. J’ai annulé mon hôtel à Pai et je suis revenue à Chiang Mai, sans rien demander à personne. J’aurais certainement vécu les choses différemment avec mon petit ami ou une amie. Pas moins bien mais différemment. »

Mes proches sont très loin
Et puis, la solitude, ce sont aussi des périodes de moins bien. « Il y a eu des phases, reprend-elle. En planifiant le voyage, j’avais hâte de partir. Après, j’ai mis tout ça de côté avec un peu de déni. J’ai commencé à avoir un peu peur mais je me disais que j’allais rencontrer des gens et que ça irait. Je n’étais pas stressée au moment de partir. J’ai été accueillie à l’arrivée à Bangkok par une amie de ma mère. J’ai croisé des copains de mon école. C’est maintenant, après trois semaines, qu’arrive le coup de mou. Je suis très sensible. Les amies que j’ai rencontrées lors de ma semaine de méditation s’en vont et c’est difficile. Je vais vraiment maintenant devoir me débrouiller toute seule, au bout du monde. Mes proches sont très loin et je deviens maîtresse de mon destin. » C’est cela voyager seule. Alterner les rencontres et les moments de solitude. Et savoir profiter de tous, autant que faire se peut.
Je me suis fait des films
Ce n’était pas forcément le désir de Blanche de se retrouver seule mais chacun développe son projet et, par la force des choses, même si on se croise parfois au cours du voyage, l’essentiel se passe seule. Et, bien sûr, avec les artisans que Blanche est venue rencontrer. Elle a croisé quelqu’un qui fabrique du papier de riz. La semaine dernière, c’était une vieille dame qui récolte le thé. Demain, elle a rendez-vous avec un potier de Chiang Mai. Petit à petit, elle comprend le pays qui l’accueille. « Lorsqu’on arrive dans une ville, un pays, une culture qu’on ne connaît pas, on a peur de mal se comporter. On veut même soigner un bonjour, un merci, un sourire. On ne sait pas quelle nourriture est saine ou non, quel quartier est sûr la nuit. Bangkok est énorme. Je ne m’en rendais pas compte avant d’y arriver. En tant que touriste, j’avais souvent l’impression d’être une cible. Je me suis fait des films sur ce qui pouvait m’arriver. Et puis j’ai fini par comprendre le fonctionnement d’un pays qui me plaît. »
Tout va bien
À son petit ami et ses parents, Blanche raconte un peu tout cela, par messages vocaux surtout. On est en 2026…
Elle a déposé les amies avec qui elle parlait de vive voix à la gare de Chiang Mai. Lorsque le train s’est ébranlé, elle a beaucoup pleuré. Et puis un ami l’a appelée du Cambodge. « On a parlé. On s’est bien marré. Je sais que je vais encore rencontrer plein de gens nouveaux. Tout va bien. »
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