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Le durian : 3 milliards de dollars mais ça ne sent quand même pas très bon

Interdit dans le métro, les hôtels et les avions, le durian reste le fruit le plus vénéré de Thaïlande. Portrait d'une passion nationale qui ne sent pas la rose.

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Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 3 juillet 2026, mis à jour le 17 juillet 2026

Le durian est cultivé en Thaïlande depuis quatre cents ans. Le pays a développé une expertise variétale sans équivalent dans la région. On compte aujourd'hui plus de 200 variétés, chacune différente en termes de forme, de goût et de texture. Les préférences varient selon les régions : dans le sud, on préfère le fruit encore jeune et ferme ; dans le nord, la chair molle et très parfumée.

Comme pour le vin, le goût et l'arôme de chaque variété dépendent du sol et des conditions géographiques. La province de Chanthaburi, à environ 300 kilomètres à l'est de Bangkok, est considérée comme la capitale nationale du fruit et accueille chaque année un festival dédié. Moins glamour que Bordeaux mais l'ambiance est là.

 

Le durian, un cadeau qui dit tout

Dans la culture thaïlandaise, le durian est associé à la richesse et à la prospérité. Il est courant d'en offrir lors d'occasions spéciales comme symbole de bonne fortune. Ce n'est pas un fruit du quotidien mais une indulgence partagée entre proches. On le mange debout au bord d'un trottoir ou attablé dans un verger, rarement seul. Offrir un durian à quelqu'un, c'est lui dire qu'on l'aime. Ou qu'on veut voir sa réaction.

Le fruit figure aussi dans les proverbes thaïlandais : son enveloppe hérissée d'épines contrastant avec la douceur de la chair, métaphore des apparences trompeuses. Les composés soufrés produits lors de la maturation, combinés à des esters et des acides organiques, génèrent une odeur que les capteurs des aéroports identifient parfois comme une fuite de gaz.

 

Des milliards de bahts sous les épines

En 2024, la Thaïlande a exporté 859.157 tonnes de durian pour 134,85 milliards de bahts, soit environ 3,74 milliards de dollars. La quasi-totalité part vers la Chine, où la demande a explosé depuis une décennie. Plus de 90% des exportations thaïlandaises y sont destinées.

Cette concentration est une fragilité. Pékin a durci ses contrôles phytosanitaires, exigeant notamment l'absence de colorant Basic Yellow 2, un cancérigène utilisé pour embellir les fruits récoltés trop tôt. En 2025, les volumes ont progressé à 982.016 tonnes mais la valeur a reculé à 125,87 milliards de bahts. Le Vietnam, frontalier de la Chine, gagne du terrain chaque saison.

Le fruit le plus repoussant de la planète reste donc l'un des actifs agricoles les plus stratégiques du royaume. Interdit dans les ascenseurs, coté en bourse.

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