Édition internationale

La pêche thaïlandaise défait dix ans de réformes

Le parlement a approuvé, fin 2025, un assouplissement massif de la loi sur la pêche. L’Union européenne continue de surveiller.

Bateaux de pêche Thaïlande Bateaux de pêche Thaïlande
Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 3 juillet 2026, mis à jour le 16 juillet 2026


 

En 2015, l'Union européenne avait sorti le carton jaune, un avertissement officiel menaçant la Thaïlande d'interdiction d'exportation de produits de la mer si elle ne prenait pas des mesures contre la pêche illégale. La menace avait fonctionné. En trois ans et huit mois, Bangkok avait réformé en profondeur son secteur halieutique. Plus de 4.200 cas de pêche illégale poursuivis entre 2015 et 2018, des amendes dépassant les 100 millions de bahts, un arsenal législatif réaligné sur les standards internationaux. En janvier 2019, l'UE avait retiré le carton.

Six ans plus tard, Bangkok se prépare à défaire une grande partie de ce travail.

 

Le lobby de la pêche reprend la main

 

En février 2024, le parlement thaïlandais a adopté à l'unanimité, par 416 voix contre zéro, huit projets de loi modifiant l'ordonnance royale sur la pêche de 2015. La flotte de pêche commerciale a rétréci d'un quart depuis les réformes, passant de 13.456 à 10.047 navires en 2022. Le secteur se dit asphyxié par les contraintes administratives et les amendes jugées disproportionnées.

En décembre 2024, la chambre des représentants a approuvé le texte final et l'a transmis au Sénat. En septembre 2025, les deux chambres ont adopté la version définitive, en attente d'examen constitutionnel et de promulgation royale.

Ce que les amendements prévoient inquiète les ONG. Le transbordement en mer, autrement dit le transfert de poisson et d'équipages entre navires en haute mer, serait à nouveau autorisé. C'est précisément cette pratique qui avait permis, avant 2015, de maintenir des travailleurs migrants dans des conditions assimilées à de l'esclavage. Les sanctions pour pêche illégale seraient allégées. Certains filets à mailles fines, interdits pour la pêche nocturne, pourraient être de nouveau autorisés.

 

Un carton jaune dans les filets

 

Les exportations de produits de la mer thaïlandais atteignaient 174,9 milliards de bahts en 2024, dont plus de la moitié vers des marchés exigeants en termes de normes sociales et environnementales, notamment les États-Unis, le Japon et l'UE. L'accord de libre-échange en cours de négociation avec Bruxelles, qui place le thon parmi ses priorités, est directement en jeu.

La NFAT (principale association nationale de pêcheurs) balaie les inquiétudes. Son président estime qu’il n’y a plus grand chose à perdre en matière de réputation internationale. La flotte commerciale a été décimée et les exportations de poissons issus de la pêche nationale ne représentent plus qu'une part marginale des produits réexportés. Les stocks de poissons dans le golfe de Thaïlande avaient pourtant progressé de 80% depuis leur point bas de 2017.

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