En 2024, la Thaïlande a saisi un milliard de comprimés de meth. C'est un record. Et ce n'est que la part interceptée.


Le Triangle d'or, cette zone frontalière où se rejoignent la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, a longtemps été synonyme d'opium. Il ne l'est plus depuis des années, la méthamphétamine y a pris la place, en volume, en valeur et en violence. En 2024, les saisies de meth en Asie de l'Est et du Sud-Est ont atteint un record de 236 tonnes, soit une hausse de 24% par rapport à 2023, selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). La Thaïlande a été le premier pays de la région à franchir le seuil des 100 tonnes saisies en un an, dont un milliard de comprimés de ya ba. Ce chiffre ne représente qu'une fraction de ce qui circule réellement.
La ya ba est un mélange de méthamphétamine et de caféine. Elle se présente sous forme de pilules de couleur, se fume ou se gobe, et coûte environ 50 bahts dans le nord de la Thaïlande, l'équivalent de moins d'un euro cinquante. La production est essentiellement concentrée dans l'État Shan, au en Birmanie. Les groupes armés qui contrôlent ces zones financent en partie leurs activités militaires grâce aux revenus du trafic. La guerre civile qui dure en Birmanie depuis le coup d'État de 2021 a créé les conditions idéales pour une industrialisation de la production.
Le couloir birman
Les trafiquants franchissent la frontière à pied, avec des sacs à dos remplis de plusieurs centaines de milliers de comprimés. Quand un itinéraire est compromis, un autre s'ouvre. Les routes se diversifient, un corridor terrestre reliant la Birmanie au Cambodge via le Laos est en expansion rapide.
Le prix de la drogue a chuté au fil des années. Un kilo de crystal meth qui coûtait entre 8.000 et 13.000 dollars en Thaïlande en 2019 s'y négocie entre 2.700 et 5.400 dollars en 2023. La baisse rend la drogue plus accessible. 80% des détenus dans les prisons thaïlandaises sont incarcérés pour des charges en lien avec la méthamphétamine. Les enquêtes de terrain suggèrent que la consommation de comprimés de ya ba progresse rapidement au sein de la population générale.
Les bénéfices générés par la production et le trafic de meth dans la région sont estimés à 61 milliards de dollars annuels, c’est quatre fois plus qu'il y a six ans. Les saisies record n'ont rien changé à la dynamique. Les soldats thaïlandais patrouillent le long des 22 kilomètres de la frontière autour de Mae Sai, parfois à l'affût pendant des heures, avant d'intercepter un convoi.
Où va la meth ?
Une fois franchie la frontière, la drogue irrigue le pays du nord vers le centre et le sud. Dans les campagnes du nord-est, la ya ba est consommée depuis des décennies par les ouvriers agricoles payés à la tâche et les routiers sur les longues routes de nuit. Puis Chiang Mai, ville universitaire, où elle est devenue un produit de performance scolaire chez les jeunes à partir des années 1990.
Bangkok, la destination finale pour une grande part du flux. En 2024, 1,5 million de Thaïlandais étaient estimés consommateurs réguliers. Dans la capitale, le crystal meth, version plus purifiée et plus chère, monte en popularité dans les milieux festifs. La ya ba, elle, reste un produit ouvrier, populaire parmi les travailleurs migrants qui enchaînent les heures dans les zones industrielles de la périphérie.












