En 1963, la Thaïlande franchissait pour la première fois le seuil du million de naissances annuelles. En 2025, elle n’en a enregistré que 416.514. Entre les deux, soixante ans de transformations multiples.


Le pic remonte à 1971, avec 1.221.228 naissances. Cette génération a alimenté l’industrialisation du pays, rempli les usines, construit les tours de Bangkok et porté la croissance thaïlandaise pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, elle part progressivement à la retraite. Les chiffres publiés en janvier 2026 par le Département de l’administration provinciale confirment l’ampleur du basculement : 416.514 naissances contre 559.684 décès en 2025. C’est la cinquième année consécutive où le nombre de décès dépasse celui des naissances.
Le taux de fécondité est tombé à 1 enfant par femme en 2024, un niveau inférieur à celui du Japon. Pour Chalermpol Chamchan, directeur de l’Institut de recherche démographique et sociale de l’université Mahidol, la Thaïlande est désormais le seul pays d’Asie du Sud-Est confronté à une natalité aussi faible, une situation généralement observée dans les économies les plus développées. Or la Thaïlande ne dispose pas des mêmes ressources pour en absorber les conséquences.
Des classes sans élèves
Selon le ministère de l’Éducation, 346 écoles publiques n’accueillent plus aucun élève. Sur les 29.082 établissements recensés, 75 ont déjà fermé définitivement et 26 autres sont en attente de fermeture. Dans le privé, entre 70 et 80 écoles ont cessé leurs activités cette année, contre 30 à 50 habituellement, selon l’Association de coordination de l’enseignement privé.
Certaines écoles conçues pour accueillir 500 élèves fonctionnent désormais avec moins de 200. D’autres sont revendues à des promoteurs immobiliers. La ministre de l’Éducation, Narumon Pinyosinwat, a reconnu ces problèmes. Ces territoires sont aussi ceux où une partie des parents a quitté la campagne pour travailler dans les grandes villes, laissant souvent les enfants aux soins des grands-parents.
Le contraste cambodgien
Au Cambodge, la présence des jeunes saute aux yeux dans les rues, les écoles ou les marchés. Le pays affiche un taux de fécondité d’environ 2,5 enfants par femme, contre seulement 1 en Thaïlande. Son âge médian est de 27 ans, contre 41 ans côté thaïlandais. Le contraste est d’autant plus frappant que le Cambodge reste moins riche. Son PIB par habitant est estimé à environ 2.700 dollars, contre près de 7.000 dollars en Thaïlande. Les deux pays partagent pourtant le même environnement régional, un climat similaire et des échanges humains constants.
La différence tient surtout à leurs trajectoires de développement. Plus un pays s’urbanise rapidement, plus le coût du logement, de l’éducation et de la vie familiale augmente, plus le nombre de naissances tend à diminuer. La Thaïlande a simplement emprunté ce chemin avant ses voisins et à un rythme plus rapide, sans disposer des moyens financiers des pays développés pour accompagner ce vieillissement.
Des politiques encore limitées
Face à la situation, les gouvernements successifs peinent à trouver une réponse efficace. L’ancienne campagne gouvernementale, baptisée « Avoir des enfants pour la Nation », n’a produit aucun effet mesurable selon plusieurs démographes. En avril 2026, le ministère de la Santé a lancé une nouvelle stratégie, « Every Birth Matters », centrée notamment sur la santé mentale des mères. Les aides existantes varient entre 600 et 1.000 bahts par mois, alors que le coût réel de la garde d’un enfant est estimé entre 2.500 et 5.000 bahts mensuels.
Avant les élections législatives de février 2026, plusieurs partis avaient présenté des mesures plus ambitieuses. Le Parti démocrate proposait 5.000 bahts par mois pendant la première année de l’enfant. Thai Sang Thai défendait une allocation de 2.000 bahts jusqu’aux six ans de l’enfant.
La critique la plus directe est venue de Nattaya Boonpakdee, candidate du Parti du peuple : « Il faut arrêter d’exiger des citoyens qu’ils fassent des enfants pour la Nation. L’État doit créer une société qui soutient les familles. »
Le temps presse. Les projections actuelles anticipent moins de 400.000 naissances dès l’an prochain.










