Des entrepôts au sud de Bangkok stockaient assez de produits chimiques pour fabriquer l'équivalent d'une année entière de saisie de méthamphétamine en Thaïlande.


En avril 2026, les services de renseignement sud-coréens livrent aux autorités thaïlandaises un baron de la drogue connu sous le pseudonyme de Noo Chen. Les investigations qui suivent remontent jusqu'à trois sociétés opérant sur dix sites dans quatre provinces. Le mardi 9 juin 2026, le Premier ministre et ministre de l'Intérieur Anutin Charnvirakul se rend en personne à l'entrepôt de Phra Pradaeng, province de Samut Prakan, au sud de Bangkok, le soir même de son retour du Vietnam.
Le Bureau de contrôle des stupéfiants (ONCB) et le Département des enquêtes spéciales (DSI) annoncent les résultats de l'opération « Pikhat Ya Sep Tit » : 9.105 kilogrammes d'acétone, 10.170 kilogrammes d'acide acétique, 4.500 kilogrammes d'acide sulfurique, 26.000 kilogrammes de phtalate de dioctyle et 225 kilogrammes d'acide chlorhydrique. Projetées vers les laboratoires clandestins de la région, ces 50 tonnes de produits chimiques auraient suffi à produire 1,1 milliard de comprimés de yaba ou 21 tonnes de crystal meth.
Le yaba, mode d'emploi
Le yaba est un comprimé de méthamphétamine mélangée à de la caféine, produit massivement dans les laboratoires clandestins de Birmanie et écoulé vers la Thaïlande, la Malaisie, l'Australie et le Japon. La drogue provoque une libération massive de dopamine : énergie immédiate, euphorie, perte d'appétit. La descente est à la mesure du pic, avec dépression sévère, psychoses, hallucinations et dépendance installée rapidement. Les comprimés sont fumés, écrasés ou avalés. Le mode fumé, dominant en Thaïlande, accélère l'absorption et le potentiel addictif. En 2024, la surproduction birmane a fait chuter le prix unitaire à environ 60 cents dans les zones de production contre 2,50 dollars en 2020, selon le New Lines Institute.
Un marché intérieur et une plateforme de transit
La Thaïlande consomme autant qu'elle elle est un pays de transit. La drogue était dans les années 1960 un stimulant légal pour les ouvriers et les chauffeurs routiers. Rendu illégale, elle n'a cessé de se répandre, touchant désormais principalement les jeunes adultes. Le pays est l'un des premiers consommateurs de méthamphétamine d'Asie du Sud-Est. En 2024, les autorités thaïlandaises ont saisi 130 tonnes sur leur territoire, devenant le premier pays de la région à franchir ce seuil en une seule année. La même année, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) enregistrait un record de 236 tonnes saisies en Asie du Sud-Est et en Asie de l'Est, soit 24% de plus qu'en 2023, en précisant que ce chiffre ne représente qu'une fraction du volume réellement écoulé.
Frapper avant la fabrication
Entre octobre 2025 et mars 2026, la police thaïlandaise avait déjà saisi près de 700 millions de comprimés et gelé des avoirs pour 6 milliards de bahts. L'opération de Samut Prakan marque un changement de méthode affiché : frapper avant la fabrication. « Il ne s'agit pas de saisir des stupéfiants déjà fabriqués mais de couper la chaîne de production », a déclaré Anutin Charnvirakul. Les réseaux démantelés seraient également liés à des filières chinoises grises impliquées dans la production d'étomidate, une substance psychotrope de catégorie 2, mélangée à des liquides de cigarettes électroniques illicites.












