Selon plusieurs spécialistes réunis lors d’un séminaire organisé au Sénat thaïlandais, Bangkok pourrait être confrontée à une nouvelle inondation majeure entre 2030 et 2034 .


Si les efforts de gestion de l’eau et d’adaptation au changement climatique ne sont pas renforcés, face à des pluies plus intenses, à l’urbanisation croissante et à l’affaissement des sols, la capitale thaïlandaise reste particulièrement vulnérable.
Le spectre de la catastrophe de 2011
Le souvenir des inondations de 2011 continue de hanter les autorités thaïlandaises. Cette catastrophe, l’une des plus importantes de l’histoire récente du pays, avait provoqué plus de 1.440 milliards de bahts de pertes économiques et paralysé de vastes zones industrielles.
Réunis lors d’un forum intitulé « Bangkok 2030-2034 : la prochaine grande inondation », experts et responsables publics ont tiré les leçons de cet épisode afin d’anticiper les risques à venir. Leur constat est clair : les conditions qui avaient conduit à la catastrophe demeurent présentes, tandis que le changement climatique accroît encore les menaces.
Une capitale particulièrement exposée
Bangkok cumule plusieurs handicaps naturels. Construite sur le delta du fleuve Chao Phraya, la métropole se situe à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans certains secteurs, l’altitude ne dépasse pas un mètre. À cette faible élévation s’ajoute un phénomène d’affaissement progressif des sols qui fragilise davantage la ville. Les experts soulignent également que l’expansion urbaine rapide des dernières décennies a réduit la capacité naturelle d’absorption et d’évacuation des eaux. Routes, immeubles et infrastructures ont progressivement remplacé de nombreux canaux et zones inondables, compliquant l’écoulement des eaux lors des épisodes pluvieux intenses.
Des pluies de plus en plus extrêmes
Si les crues provenant du nord du bassin du Chao Phraya et les marées restent des sources de préoccupation, les spécialistes considèrent aujourd’hui les fortes pluies comme la principale menace. Les phénomènes de « rain bomb », des précipitations extrêmement abondantes sur de courtes périodes, deviennent plus fréquents. L’effet d’îlot de chaleur urbain, provoqué par la densité du bâti et des surfaces bétonnées, pourrait également renforcer l’intensité des averses au-dessus de la capitale. Selon les experts, ce contexte climatique pourrait accroître considérablement le risque d’inondations majeures au cours de la prochaine décennie.
Des investissements massifs pour renforcer la protection
Face à ces défis, la municipalité de Bangkok poursuit plusieurs projets destinés à améliorer la résilience de la ville. Des digues renforcées sont en cours de développement le long du fleuve Chao Phraya, avec des hauteurs comprises entre 2,80 et 3,50 mètres. La ville mise également sur un vaste réseau de tunnels de drainage capables d’évacuer rapidement les eaux vers le fleuve. Quatre tunnels sont déjà en service, tandis qu’un nouveau système situé dans la zone marécageuse de Nong Bon fait actuellement l’objet de tests. Celui-ci doit notamment contribuer à réduire les inondations dans les quartiers d’Udom Suk et de Khlong Bang Na. Bangkok développe par ailleurs des réservoirs souterrains baptisés « Water Banks », installés sous certains parcs publics et terrains de sport afin de stocker temporairement les excédents d’eau lors des fortes pluies.
Au-delà des infrastructures
Pour les participants au séminaire, la réponse ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les ouvrages de protection. Ils estiment que la prévention des futures inondations passera également par une meilleure planification urbaine, une coordination renforcée entre les administrations et une gouvernance plus efficace de la gestion de l’eau. L’objectif consiste à réduire la vulnérabilité de la capitale face à des événements climatiques qui pourraient devenir plus fréquents et plus intenses dans les années à venir. Sans une accélération des mesures d’adaptation, Bangkok pourrait être confrontée à une nouvelle inondation majeure entre 2030 et 2034, avec des conséquences potentiellement comparables à celles observées en 2011.












