Édition internationale

En Thaïlande, les prix du pétrole flambent et du carburant disparaît

Prix record, tensions géopolitiques et millions de litres de carburant envolés dans la nature : la Thaïlande absorbe difficilement la crise énergétique due à la fermeture du détroit d’Ormuz.

Pétrole coule d’un tuyauPétrole coule d’un tuyau
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 8 avril 2026


 

Une trêve entre les États-Unis, Israël et l’Iran est déclarée pour 15 jours. Un soulagement pour le royaume thaïlandais qui subissait de plein fouet la guerre qui a brutalement tiré les prix du pétrole vers le haut. En Thaïlande, le choc est immédiat. Dès le 31 mars, le diesel atteint 40,74 bahts le litre, l’essence dépasse 50,64 bahts. Des niveaux jamais vus malgré une hausse de la subvention publique. L’État amortit mais ne suffit plus à contenir la hausse. Au-delà des prix, c’est désormais la stabilité de l’approvisionnement qui inquiète.

 

57 millions de litres dans la nature, une enquête qui s’élargit

 

Une anomalie majeure surgit dans le sud. À Surat Thani, 217 millions de litres de carburant sont transportés vers six dépôts. À l’arrivée, seuls 160 millions sont recensés. 57 millions de litres disparaissent, soit presque l’équivalent d’une journée entière de consommation nationale de diesel. Le ministre de la Justice Rutthaphon Naowarat lance une enquête en deux volets : contrôles dans les stations-service et analyse complète de la chaîne d’approvisionnement par le Département des enquêtes spéciales. Des arrestations ont déjà eu lieu pour stockage illégal mais, rapidement, les soupçons dépassent la simple thésaurisation.

Les enquêteurs découvrent des incohérences : le nombre de trajets passe de 96 à 99, certains itinéraires prennent plus de temps que prévu, les registres ne coïncident pas. Une hypothèse s’impose progressivement : le carburant aurait été siphonné en mer, via des transferts de navire à navire. Une méthode discrète, difficile à tracer, qui oriente l’enquête vers une possible contrebande organisée. Les autorités examinent désormais les routes maritimes, les documents d’expédition et les mouvements de navires sur plusieurs mois. L’affaire pourrait s’étendre à d’autres provinces du sud et les volumes manquants pourraient atteindre jusqu’à 70 millions de litres. À ce stade, aucune implication directe des raffineries n’a été établie.

 

Entre urgence et restrictions, la riposte s’organise

 

Face à la crise, le ton se durcit. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul promet une réponse ferme contre les opérateurs accusés de stocker ou détourner le carburant, tandis qu’une cellule de crise doit être mise en place pour suivre en temps réel les flux dans tout le pays. En parallèle, des mesures d’économie se dessinent. Limiter les heures d’ouverture des stations-service, en fermant notamment la nuit entre 22h et 5h, fait partie des options. Mais rien ne sera appliqué avant Songkran, afin de ne pas perturber les déplacements massifs du Nouvel An thaïlandais. Les restrictions pourraient entrer en vigueur à partir du 20 avril 2026, avec un contrôle ciblé des ventes plutôt qu’une fermeture totale. Le pays commence déjà à serrer la vis. Télétravail dans les administrations, appels répétés à privilégier les transports en commun, encouragement au covoiturage : la réduction de la consommation devient une consigne nationale plus qu’une simple recommandation. Derrière ces mesures, un glissement s’opère. La question n’est plus uniquement celle de prix qui flambent mais celle d’un approvisionnement qu’il faut désormais préserver, anticiper, presque défendre.

 

Un système à bout

 

Une réunion spéciale du gouvernement prévue le 11 avril doit acter des mesures d’ampleur : un emprunt d’urgence de 150 milliards de bahts pour soutenir le fonds pétrolier, 100 milliards de prêts à taux réduit pour les entreprises, ainsi que des subventions ciblées pour le secteur des transports. Objectif : éviter un choc économique en chaîne. Dans l’immédiat, les autorités tentent de contenir la pression sociale. Les tarifs des transports publics seront gelés pendant Songkran, bus, trains et ferries compris, malgré la flambée des coûts énergétiques, afin de préserver la mobilité des Thaïlandais dans une période clé. Derrière la flambée des prix et les annonces politiques, la crise révèle une double fragilité : une dépendance structurelle aux importations et des failles internes dans la distribution. Dans cette équation instable qui pourrait tout de même se stabiliser grâce à la trêve de deux semaines annoncée ce mercredi 8 avril 2026, les 57 millions de litres disparus ne sont plus une simple anomalie logistique mais le symptôme d’un système à bout, dont les failles ont été mises en lumière par la crise.

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