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En Thaïlande, la flambée du diesel assombrit Songkran 2026

Le diesel dépasse 50 bahts le litre en Thaïlande. Un sondage national révèle que la majorité des ménages ne tient plus. Songkran approche mais, pour beaucoup, la fête est déjà annulée.

Pompe à essencePompe à essence
Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 6 avril 2026


 

Cette année, pour des millions de Thaïlandais, la décision est prise avant même que les festivités ne commencent. Pas de retour au village natal, pas de longs trajets en famille, pas de dépenses de fête. Un sondage national publié le 5 avril par l'université Suan Dusit le documente : plus d'un répondant sur deux envisage de renoncer aux activités de Songkran pour faire des économies. La première raison invoquée n'est pas la chaleur ni le travail. C'est le prix du carburant.

 

50 bahts le litre

 

Le diesel B7 s'affiche désormais à 50,54 bahts le litre à la pompe, le diesel premium à 70,44 bahts, le B20 à 45,54 bahts. Ces niveaux résultent d'une décision du Fonds pétrolier et énergétique, qui a réduit ses subventions au diesel de 2,61 bahts par litre : le soutien au B7 est passé de 20,71 à 18,10 bahts, celui au B20 de 22,22 à 19,61 bahts. L'objectif est de réduire les sorties d'argent quotidiennes du fonds, dont les dépenses atteignaient 1,77 milliard de bahts par jour dans un contexte de forte volatilité des marchés pétroliers mondiaux.

Cette réduction n'est pas isolée : depuis plusieurs mois, le Fonds pétrolier abaisse progressivement son soutien, et le gouvernement maintient toujours environ 17 bahts le litre de subvention sur le diesel, mais chaque coup de rabot repousse un peu plus loin la limite de ce que les ménages peuvent absorber. Le sondage Suan Dusit, conduit auprès de 1.272 personnes entre le 31 mars et le 3 avril dans tout le pays, mesure où en est cette limite.

 

Une population qui atteint ses limites

 

61,32% des répondants estiment que les biens essentiels sont devenus trop chers à supporter. Près de 85% déclarent subir un impact significatif de la crise pétrolière sur leur quotidien. Ce ne sont plus des signaux d'alerte : c'est une majorité de la population qui dit ne plus tenir.

Songkran cristallise cette pression. La fête du nouvel an et de l’eau génère chaque année des déplacements massifs et une consommation soutenue sur l'ensemble du territoire mais, cette année, une grande partie des ménages ne peut plus suivre. Le coût du carburant est cité comme premier facteur susceptible de décourager la participation par 55,66% des sondés, loin devant les inquiétudes météorologiques. Les conséquences sont concrètes : plus d'un répondant sur deux envisage de renoncer aux festivités pour économiser, près de 40% prévoient de rester chez eux plutôt que de rentrer en province, et plus d'un sur cinq n'a aucun budget prévu pour la période. Le montant moyen anticipé s'établit à 8.935,74 bahts, financé pour près de la moitié des sondés sur leurs économies personnelles.

Les attentes vis-à-vis du gouvernement sont sans ambiguïté. Trois quarts des répondants réclament un contrôle sérieux des prix à la consommation, près de 70% un soutien direct sur le coût du carburant et plus de la moitié des mesures de stimulation des économies locales.

 

Anutin Charnvirakul face à l'urgence

 

C'est dans ce contexte qu'Anutin Charnvirakul, investi Premier ministre le mois dernier, présente sa déclaration de politique générale les 9 et 10 avril devant le Parlement.

 

Parlement thaï

 

L'exercice est attendu dans un pays dont la croissance est l'une des plus faibles de la région : la Banque de Thaïlande projette 1,6% en 2026, contre 2,2% en 2025, sur fond de demande intérieure atone, d'endettement élevé des ménages et de pression tarifaire américaine sur les exportations.

Pour répondre à la crise immédiate, Anutin Charnvirakul a annoncé des négociations en cours avec les raffineries pour obtenir une réduction de leurs marges, présentant les opérateurs comme disposés à coopérer, tout en posant une condition : aucun accord ne devra fragiliser leur rentabilité, au risque de provoquer une contraction de l'offre. Une réunion extraordinaire du cabinet, prévue dans les prochains jours, doit statuer sur la création d'un centre de supervision des prix des carburants et sur un emprunt destiné à stabiliser le Fonds pétrolier.

 

Anutin Charnvirakul face au long terme

 

Sur le plan structurel, le programme qu'Anutin Charnvirakul soumettra au Parlement les 9 et 10 avril s'articule autour de deux axes. Le premier cible les acteurs les plus modestes : PME, entreprises communautaires, étudiants et personnes âgées. Le second vise à repositionner l'économie thaïlandaise dans la compétition mondiale, sous l'expression que le gouvernement résume par la « sortie du piège des revenus intermédiaires » : éviter que la Thaïlande ne reste coincée entre des économies à bas coûts comme le Vietnam ou le Bangladesh et des économies innovantes comme le Japon ou la Corée du Sud, sans pouvoir rivaliser avec les unes ni rattraper les autres. Les secteurs mis en avant, intelligence artificielle, semi-conducteurs, robotique, énergie propre, biotechnologie, sont en grande partie les mêmes que ceux des gouvernements précédents. Sur le commerce extérieur, Bangkok entend développer des plateformes nationales de commerce numérique et renforcer le contrôle des importations, dans la continuité d'une mesure en vigueur depuis janvier 2026 : tous les colis importés sont désormais soumis à des droits de douane, mettant fin à l'exonération dont bénéficiaient les petits envois de plateformes étrangères comme Temu ou Shein. Aucune enveloppe budgétaire ni aucun calendrier n'ont été annoncés.

Pour un gouvernement qui n'a pas encore présenté son budget ni fixé de calendrier sur ses grandes réformes, Songkran 2026 constitue un premier test de crédibilité.

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