Édition internationale

Pourra-t-on regarder la Coupe du monde en Thaïlande ?

Le Mondial de football commence dans à peine plus de trois semaines et la Thaïlande n'a pas encore acheté les droits de diffusion, coincée entre un prix deux fois trop élevé et un gouvernement qui promet sans payer.

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Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 19 mai 2026

Le 12 mai dernier, Anutin Charnvirakul, le Premier ministre, a affirmé que les Thaïlandais devraient pouvoir regarder la Coupe du monde de football à la télévision et que les diffusions « devraient être gratuites ». Le même jour, sa porte-parole a précisé qu'aucun budget n'avait été approuvé. La position du gouvernement tient donc en deux phrases contradictoires.

En face, la FIFA réclame au moins 1,3 milliard de baht pour les seuls droits de diffusion. En ajoutant taxes et frais opérationnels, la facture totale dépasserait 1,7 milliard. Le NBTC, le régulateur thaïlandais des télécommunications et de la radiodiffusion, dispose d'un fonds public qui a servi à financer les éditions précédentes. En 2022, il avait mis sur la table 600 millions de baht, le reste, soit environ 800 millions, venait de sponsors privés pour couvrir un coût total de 1,4 milliard. Cette fois, la Thaïlande a soumis une offre dans cette même fourchette. La FIFA a répondu que le prix plancher était de 1,3 milliard pour les droits seuls. Les négociations ont bloqué net.

 

Un calcul qui ne tient pas

 

L'argument du prix serait moins fort si le tournoi se tenait en Europe ou en Asie. Mais la Coupe du monde 2026 se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Certains matchs commencent à 3h du matin à Bangkok quand d'autres se terminent vers 10h. Les bars resteront fermés, les terrasses vides. Les annonceurs, qui rentabilisent en partie l'achat des droits, restent réticents.

Pour comparaison, China Media Group a payé environ 60 millions de dollars pour ses propres droits, bien plus que ce que la Thaïlande refuse de débourser. Mais la Chine compte 1,4 milliard d'habitants ! Rapporté à la population thaïlandaise, le coût par spectateur potentiel deviendrait difficile à défendre.
Autre exemple, beIN Sports a payé environ 60 millions d'euros pour diffuser les Mondiaux 2026 et 2030 en France, soit environ 30 millions par édition. Moins que ce que la FIFA réclame à Bangkok pour la seule édition 2026.

Des associations sportives ont dit clairement que si le prix reste à ce niveau, l'argent serait mieux investi dans des programmes de développement du football local.

 

L'horloge tourne plus vite qu'il n'y paraît

 

La question devait revenir ce mardi 19 mai sur la table du gouvernement et, pour l’instant, aucune fumée blanche à l’horizon. Le tournoi débute le 11 juin. Il n’y a plus de temps à perdre. Mais la vraie contrainte est technique. Si les droits sont achetés, il faut encore signer les sous-licences, mobiliser les chaînes, organiser la diffusion. À trois semaines du coup d'envoi, même un accord signé demain laisserait peu de marge. Le secteur privé pourrait théoriquement prendre le relais, rien ne l’interdit.

Ce qui rend la menace plus concrète : le NBTC a récemment retiré la Coupe du monde de sa liste d'événements « must have », les compétitions que la loi oblige à diffuser en clair. Si aucune décision n'est prise dans les prochains jours, rien n'obligera personne à diffuser les matchs…

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