Le conflit en Iran fait sentir ses effets jusqu'aux rizières de Phitsanulok et aux axes routiers du Nord-Est. La pénurie de diesel s'installe, l’inquiétude aussi.


La scène se répète depuis des jours dans les stations-service des provinces du Nord et du Nord-Est, des files de camions, de pickups et de scooters patientent pendant plus d'une heure pour repartir, parfois, bredouilles. Nous vous avons montré la situation nocturne à Chiang Mai en images. La police conseille aux automobilistes de vérifier leur jauge avant de traverser la région, sous peine de se retrouver coincés sur la route.
Dans la province de Nakhon Ratchasima, certaines stations ont rationné les ventes à 1.500 bahts par véhicule, d'autres à 500 bahts seulement. Une autre station à Mae Rim n'a reçu que 8.000 litres, partis en quatre heures.
Les champs à l'arrêt
La crise touche de plein fouet le secteur agricole, alors que la grande saison des récoltes de riz débute fin mars dans les plaines du Centre. Dans la province de Phitsanulok, les moissonneuses-batteuses sont immobilisées, pas de diesel donc pas de récolte. Payao Chuengklin, membre du conseil provincial des agriculteurs, décrit une rupture totale avec les pratiques habituelles. Les fournisseurs en gros, qui livraient autrefois directement à domicile par tranches de cinq à dix réservoirs, ont prévenu qu'ils n'avaient plus rien à distribuer. Dans un centre de production de semences de riz de la même province, les opérations de séchage sont suspendues. L'installation nécessite environ 100 litres de diesel par cycle pour traiter dix à douze tonnes de riz. Les agriculteurs qui ont déjà récolté attendent, sans pouvoir faire traiter leur grain.
La logistique sous tension
Le secteur du transport n'est pas épargné. L'Association des transports du Nord-Est, tire la sonnette d'alarme. Son président Kittisak Pratuangchaisri explique que les chauffeurs doivent parfois s'arrêter à quatre ou cinq stations avant de trouver du carburant. Pour les produits frais ou congelés, chaque heure de retard aggrave les pertes. Et quand il faut se rabattre sur des circuits informels, le litre de diesel grimpe jusqu'à 35 bahts, contre 31.14 bahts au tarif officiel.
Le prix du diesel ordinaire avait déjà été relevé de 0,50 bath le 18 mars pour atteindre 30 bahts le litre, avec de nouvelles hausses progressives prévues jusqu'à 33 bahts.
Un gouvernement en mode gestion de crise
Face à la situation, le Premier ministre a pris un arrêté le 20 mars 2026, imposant aux grands distributeurs de carburant de transmettre chaque jour leurs données de production, de stocks et de ventes, et de détailler les achats dépassant 3.000 litres. Les détaillants doivent afficher leurs prix et signaler toute variation aux autorités, l’objectif étant de lutter contre la spéculation et de prévenir les stockages abusifs.
Le ministère de l'Énergie a parallèlement lancé un système d'information quotidien via les pages Facebook des Offices provinciaux de l'énergie, permettant aux automobilistes de connaître l'état des stocks par station avant de se déplacer. Le ministère pousse également à autoriser les camions-citernes à circuler vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour accélérer les livraisons.
L'inquiétude s'installe dans l’opinion
Le sondage mené les 17 et 18 mars 2026 par l'Institut national d'administration du développement (Nida) auprès de 1.310 personnes révèle une défiance marquée. Près de 44 % des sondés déclarent ne pas faire confiance aux assurances gouvernementales sur les réserves, officiellement estimées à 98 jours au 13 mars, ni à la capacité de l'État à s'approvisionner. Seulement 29 % font confiance aux deux.
Un tiers disent avoir déjà subi un impact sur leur vie quotidienne et près de 15% envisagent d'annuler leurs déplacements pour Songkran, la grande fête du Nouvel An thaï prévue en avril, si la pénurie se poursuit. Ce chiffre, encore assez faible, traduit une anxiété croissante dans un pays où les congés de Songkran représentent l'un des pics de mobilité les plus importants de l’année.












