Forcés de mendier en uniforme scolaire, soumis à des objectifs quotidiens et à des violences, trois mineurs ont été exploités pendant des années par un couple arrêté fin mars près de Bangkok.


À première vue, ils ressemblaient à n’importe quels élèves. Uniforme propre et posture sage mais boîte à dons en main. Derrière cette mise en scène, trois adolescents étaient privés de vies. Pendant des années, ils ont été contraints de mendier dans les rues et les lieux publics de Thaïlande, au profit d’un couple aujourd’hui arrêté.
Une enfance organisée autour de la contrainte
L’affaire éclate dans la province de Nakhon Pathom, à l’ouest de Bangkok. Un homme de 36 ans et une femme de 32 ans sont interpellés par la police, soupçonnés d’avoir orchestré un système de mendicité forcée impliquant des mineurs. Les enfants, âgés de 11 à 17 ans au moment de leur sauvetage, sont exploités pendant une période allant jusqu’à neuf ans. Leur quotidien est réglé avec précision. La journée, ils effectuent des tâches domestiques. Le soir, de 18 heures à 2 heures du matin, ils sont envoyés mendier dans des lieux très fréquentés : marchés, foires de temples, concerts, jusqu’à Pattaya. Pour maximiser les dons, le dispositif est rodé. Uniformes scolaires pour susciter la compassion, boîtes équipées de QR codes pour permettre des transferts immédiats, obligation de tenir des comptes précis des sommes récoltées. Chaque don doit être justifié, photographié, archivé. En cas d’échec, les enfants s’exposent à des insultes, des menaces ou des violences physiques. Lors de l’intervention, la police saisit plus de 52.000 bahts en liquide, des véhicules, de l’or et l’ensemble du matériel utilisé pour organiser cette exploitation.
Une pratique ancrée et difficile à éradiquer
Si l’affaire choque, elle n’est pas isolée. L’exploitation d’enfants dans la mendicité existe depuis longtemps en Asie, souvent liée à des réseaux informels ou à des formes de traite plus structurées. En Inde notamment, ce phénomène est largement documenté. Dans les grandes villes, des enfants sont régulièrement contraints de mendier dans les rues, parfois sous le contrôle de groupes organisés. Comme en Thaïlande, la mise en scène de la vulnérabilité vise à maximiser les gains.
Une réalité qui dépasse l’Asie
Ce type d’exploitation ne se limite pas au continent asiatique. En Europe aussi, les violences faites aux mineurs prennent des formes multiples, parfois moins visibles mais tout aussi graves. La mendicité forcée existe mais elle s’inscrit dans un ensemble plus large de dérives. Au-delà de la mendicité, des réseaux pédocriminels sont régulièrement mis au jour à travers le continent. Ces affaires révèlent l’existence d’un système structuré, fondé sur l’exploitation des plus vulnérables. Un marché clandestin, profondément inhumain, qui persiste et interroge la capacité des sociétés à protéger les enfants.
Une exploitation ancrée dans l’histoire
À mesure que l’on élargit le regard, le tableau s’assombrit. L’exploitation des enfants traverse les siècles. En Europe, dès le XIXe siècle, des mineurs travaillent dans les mines, les usines ou mendient dans les rues des villes industrielles. En Asie, ces pratiques s’inscrivent dans des économies de survie, souvent hors cadre légal. Si le travail des enfants est aujourd’hui interdit dans la majorité des pays, certaines formes persistent, plus discrètes, plus difficiles à détecter. La mendicité forcée en est l’une des expressions modernes, reposant sur des mécanismes anciens.
Sortir de l’ombre
En Thaïlande, les trois enfants secourus ont été placés sous la protection des services sociaux. Leur prise en charge marque la fin d’un système qui les a privés d’éducation et d’enfance pendant des années. Mais au-delà de cette affaire, le problème de l’exploitation infantile reste entier.












