Chiang Mai classée ville la plus polluée au monde, un pompier mort sur le terrain. Et une loi contre la pollution bloquée depuis deux législatures.


Le 1er avril 2026, plus de 200 personnes ont passé la nuit à chercher Boonma Phadaeng sur les hauteurs du district de Mae Rim, dans la province de Chiang Mai. Ce pompier volontaire de 56 ans avait disparu la veille en combattant un incendie de forêt. Son corps a été retrouvé le lendemain matin, à 300 mètres de la tranchée pare-feu qu'il construisait. Il est mort d'épuisement, aggravé par la chaleur et une hypertension préexistante. Autour de lui, la montagne brûlait encore.

Ce décès n'est pas isolé. Chaque saison sèche, le Nord de la Thaïlande est ravagé par des incendies. Du 1er janvier au 30 mars 2026, l'agence spatiale GISTDA avait recensé 4.735 foyers dans la seule province de Chiang Mai. Le 30 mars, la ville affichait un taux de PM2.5 à 188 microgrammes par mètre cube, soit cinq fois la norme nationale thaïlandaise de 37,5 µg/m³ et plus de 37 fois le seuil recommandé par l'Organisation mondiale de la santé. IQAir classait Chiang Mai première ville la plus polluée du monde avec un indice de qualité de l'air à 233. À Pai, dans la province voisine de Mae Hong Son, des relevés locaux atteignaient 600 microgrammes.
Le 28 mars, le directeur général du Département de la santé, Amporn Benjaponpitak, indiquait que plus de 55% des habitants des zones touchées présentaient déjà des symptômes : congestion nasale, toux, irritation oculaire. Neuf provinces du nord étaient en alerte rouge. Selon le Thai Consumer Council, environ 10 millions de consultations sont enregistrées chaque année dans les hôpitaux publics pour des affections liées aux PM2.5.
Une loi pour s'attaquer au problème à la source
Depuis 2019, des groupes citoyens et des partis politiques poussent pour l'adoption du Clean Air Bill, le premier texte thaïlandais entièrement dédié à la gestion de la qualité de l'air. Il vise à inscrire le droit à un air propre dans la loi, à imposer le principe pollueur-payeur et à donner aux administrations locales des outils d'action contraignants. Sept versions ont été déposées au parlement. Une commission spéciale les a fusionnées en un texte unique, adopté à 309 voix à la Chambre des représentants en octobre 2025, tous les députés présents votant pour.
Le texte a ensuite été transmis au Sénat. Une commission sénatoriale de 27 membres avait terminé l'examen de l'ensemble des articles quand le parlement a été dissous le 12 décembre 2025, par décret royal contresigné par le Premier ministre Anutin Charnvirakul. Le texte n'avait donc jamais été soumis au vote. Selon la procédure, le nouveau gouvernement dispose de 60 jours après la première session parlementaire pour en demander la réactivation, faute de quoi il tombe définitivement. Le parti Bhumjaithai d'Anutin Charnvirakul, aujourd'hui au pouvoir, avait exprimé des réserves avant les élections, estimant que les lois existantes suffisaient à condition d'être appliquées. Les organisations environnementales rejettent cette position, estimant que les textes actuels manquent de mécanismes d'application réels. Le 4 avril, le président du Thailand Development Research Institute, Somkiat Tangkitvanich, demandait publiquement au gouvernement de placer le Clean Air Bill parmi ses six réformes prioritaires des 60 premiers jours. Il notait que des membres de la coalition s'y opposaient.
Mercredi 8 avril, au Parlement, Natthaphong Ruengpanyawut, figure du Parti populaire, et la députée démocrate Karndee Liewpairoj ont de nouveau pressé les autorités d’agir sur la question. Les parlementaires ont également invité le gouvernement à prendre des mesures en urgence et à demander au gouvernement de continuer l’examen du Clean Air Bill. Parallèlement, les autorités ont déclaré que la situation reste grave et continue de menacer des vies, des biens et la santé publique. Dans le même ton, la province de Chiang Mai a renforcé son dispositif d'urgence en déclarant trois districts supplémentaires - Chom Thong, Hang Dong et Galyani Vadhana - zones sinistrées en raison des feux de forêt. Reste a savoir si cette piqure de rappel permettra une avancée législative.










