Face à la hausse saisonnière des PM2,5, la Thaïlande renforce les sanctions contre les brûlis. Mais la pollution transfrontalière causée par les pays voisins complique la lutte.


Le Département thaïlandais de contrôle de la pollution (PCD) insiste sur la surveillance des incendies à ciel ouvert alors que le risque saisonnier de pollution par la brume et la poussière augmente, selon son directeur général. Surin Worakitthamrong a déclaré que le gouvernement a publié des mesures pour lutter contre les incendies de forêt, les incendies agricoles et la poussière urbaine des véhicules, de la circulation et de la construction, ainsi que la brume transfrontalière, afin de réduire l’impact des PM2,5 sur la santé.
Cette annonce intervient au début de la saison sèche, période durant laquelle la Thaïlande fait face chaque année à des pics de pollution atmosphérique, notamment dans le nord du pays et dans la région de Bangkok. Les particules fines PM2,5, issues en grande partie des feux de biomasse et du brûlis agricole, représentent un danger majeur pour la santé publique, provoquant des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Malgré l’existence de lois interdisant les incendies à ciel ouvert, leur application reste un défi, notamment dans les zones rurales où le brûlis demeure une pratique agricole courante.
Une pollution qui dépasse les frontières thaïlandaises
Le problème de la pollution atmosphérique ne se limite cependant pas aux seules pratiques locales. Une part importante du brouillard de fumée observé en Thaïlande provient également des pays voisins. Au Laos et en Birmanie, l’agriculture sur brûlis, utilisée pour défricher rapidement les terres et fertiliser les sols, reste largement répandue. Ces feux, souvent incontrôlés, émettent d’importantes quantités de fumée qui traversent les frontières sous l’effet des vents saisonniers, aggravant la situation dans le nord de la Thaïlande.
Le Cambodge et le Vietnam sont eux aussi concernés par ces pratiques, notamment dans les zones rurales et montagneuses. Les incendies agricoles y sont parfois autorisés de manière encadrée, mais leur multiplication durant la saison sèche contribue à une pollution régionale diffuse. Cette dimension transfrontalière rend la lutte contre les PM2,5 particulièrement complexe, car elle dépend non seulement des politiques nationales, mais aussi de la coopération entre États.
Plus au sud, l’Indonésie constitue un autre foyer majeur de pollution atmosphérique en Asie du Sud-Est. Les feux de tourbières et de plantations, bien que géographiquement éloignés, peuvent provoquer un épais brouillard de fumée qui atteint la Malaisie et, ponctuellement, le sud de la Thaïlande. Ces épisodes illustrent l’ampleur régionale du phénomène et l’interconnexion des sources de pollution.
Des réglementations inégales face à un problème commun
Face à cette situation, plusieurs pays de la région ont adopté des réglementations visant à limiter les incendies à ciel ouvert. En Thaïlande, le gouvernement a renforcé les contrôles, augmenté les sanctions et mobilisé des technologies de surveillance satellitaire pour détecter les foyers d’incendie. Les autorités rappellent que toute personne ou entreprise trouvée en violation des interdictions de brûlis s’expose à des amendes élevées, des poursuites civiles et même à des peines de prison, selon la gravité de l’infraction et les dommages causés. Elles sont également encouragées à agir plus rapidement contre les contrevenants, notamment dans les zones protégées.

Dans les pays voisins, les cadres législatifs existent mais leur application demeure inégale. Au Laos et en Birmanie, le manque de ressources, l’étendue des zones rurales et le poids des traditions agricoles compliquent la mise en œuvre effective des interdictions. Certains gouvernements tentent toutefois de promouvoir des alternatives au brûlis, comme la gestion durable des résidus agricoles ou l’agriculture de conservation, afin de réduire la dépendance aux feux.
Une coopération régionale encore trop limitée
Conscients de la nature transfrontalière du problème, les pays membres de l’ASEAN ont signé un accord régional sur la pollution atmosphérique due à la brume. Cet accord non-contraignant vise à encourager la coopération, l’échange d’informations et la mise en place de plans d’action communs. La Thaïlande, le Laos et la Birmanie ont notamment évoqué des initiatives conjointes pour réduire les incendies agricoles dans les zones frontalières.
Malgré ces engagements, les résultats restent mitigés. Les ONG et experts environnementaux soulignent que sans alternatives économiques viables pour les agriculteurs et sans mécanismes de contrôle plus stricts, les feux à ciel ouvert continueront de se produire. La lutte contre la pollution atmosphérique en Asie du Sud-Est apparaît ainsi comme un défi de long terme, nécessitant à la fois des politiques nationales ambitieuses et une coopération régionale renforcée.
Un enjeu sanitaire et environnemental majeur
Au-delà des chiffres et des réglementations, la pollution par les PM2,5 pose un enjeu humain majeur. Chaque année, des millions de personnes sont exposées à un air de mauvaise qualité, avec des conséquences directes sur la santé et la qualité de vie. En renforçant la surveillance des incendies à ciel ouvert et en appelant à une action coordonnée avec ses voisins, la Thaïlande tente de limiter les effets d’un phénomène dont les causes dépassent largement ses frontières.












