Face à la flambée des prix du kérosène liée à la guerre en Iran, Thai Lion Air, Nok Air, Thai AirAsia et AirAsia X suspendent plusieurs liaisons pour l'été 2026.


Le 14 janvier 2026, Thai Lion Air inaugurait en fanfare sa liaison quotidienne entre Don Mueang et l'aéroport d'Incheon à Séoul. Moins de quatre mois plus tard, la compagnie annonce la suspension du service à partir du 9 mai et jusqu'au 30 septembre. La route n'aura donc jamais connu un été. Derrière cette décision, une réalité qui s'impose désormais à l'ensemble du secteur low-cost thaïlandais : le kérosène Jet A-1 a doublé depuis le déclenchement de la guerre en Iran, passant d'environ 90 dollars le baril à près de 200 dollars. Quand le carburant représente 30% du coût total d'un vol, ce type de choc ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.
Thai Lion Air n'est pas seule. Nok Air suspend sa liaison Chiang Mai-Udon Thani jusqu'à fin avril, une route domestique, ce qui montre que la crise ne se limite plus aux liaisons internationales. Thai AirAsia interrompt pour l'été plusieurs de ses services : Suvarnabhumi-Narathiwat, Don Mueang-Xi'an, Hong Kong-Okinawa, Phuket-Chennai et Phuket-Kochi. Sa filiale long-courrier Thai AirAsia X gèle quant à elle les liaisons Don Mueang-Shanghai et Don Mueang-Riyad. Le tableau d'ensemble dessine une même stratégie : réduire le réseau sans toucher aux prix, et attendre que la situation se stabilise.
Quand les uns coupent, les autres augmentent les prix
À quelques heures de vol de Bangkok, d'autres compagnies font des calculs différents. Thai Airways a annoncé une hausse tarifaire de 10 à 15% sur l'ensemble de ses vols, sans modifier sensiblement son réseau. La compagnie avait couvert la moitié de ses besoins en kérosène pour le premier semestre 2026, ce qui lui évite de subir de plein fouet la volatilité actuelle.
La maison mère d'AirAsia X en Malaisie a choisi une posture encore plus offensive : hausse des tarifs de 31 à 40%, surcharge carburant de 20%, et seulement 10% de vols supprimés. Son directeur général Bo Lingam ne minimise pas la situation, qu'il décrit comme le défi le plus critique auquel la compagnie ait jamais fait face. Paradoxe : AirAsia X Malaisie n'a elle non plus aucune couverture carburant mais elle parie sur la résistance de la demande pour absorber des billets plus chers. Ses filiales thaïlandaises font le pari inverse et préfèrent sacrifier des lignes plutôt que leur positionnement tarifaire.
La leçon est encore plus nette en regardant vers l'Europe. Air France-KLM avait sécurisé entre 70 et 80% de ses approvisionnements en kérosène pour les prochains trimestres. Mieux armée que n'importe quelle low-cost asiatique, la compagnie française augmente tout de même ses billets de 50 euros aller-retour en classe économique sur les vols long-courriers, et jusqu'à 319 euros de surcharge sur certaines liaisons transatlantiques. Si même les compagnies les mieux couvertes au monde répercutent la hausse, celles qui n'ont rien couvert n'ont d'autre choix que de couper des lignes ou d'accepter des pertes.
La question de l'approvisionnement dépasse désormais celle des coûts. La Direction de l'aviation civile thaïlandaise affirmait mi-mars disposer de trois mois de réserves en Jet A-1. Mais si le détroit d'Ormuz reste fermé, les analystes estiment que des pénuries de kérosène pourraient toucher l'Europe dès mai. Pour les compagnies low-cost thaïlandaises, qui n'ont ni couverture tarifaire ni réserves propres, ce scénario changerait la nature du problème.












