Face aux conflits mortels liés à la surpopulation de pachydermes, la Thaïlande teste un vaccin contraceptif pour stabiliser les hardes sauvages.


Dans les forêts de l’Est thaïlandais, le département des parcs nationaux (DNP) vient de franchir une étape historique en administrant pour la première fois un vaccin contraceptif, le SpayVac, à trois éléphantes sauvages. Cette opération, menée sans anesthésie, à l’aide de fléchettes projetées par air comprimé, répond à une explosion démographique devenue ingérable : dans cette région, la population d'éléphants croît de 8% par an, contre 3% ailleurs dans le pays. Ce déséquilibre pousse les animaux hors des forêts vers les zones agricoles, provoquant des face-à-face tragiques qui ont coûté la vie à près de 200 personnes depuis 2012.
La science au service de la reproduction
Sur le plan biologique, ce vaccin ne perturbe pas le cycle hormonal naturel de l'animal comme pourrait le faire une pilule contraceptive humaine. Il agit par immunocontraception : l'injection incite l'organisme de l'éléphante à produire des anticorps spécifiques qui viennent se fixer autour de l'ovule pour créer une barrière physique, empêchant ainsi toute fécondation par les spermatozoïdes. Cette méthode est particulièrement prisée car elle est réversible après sept ans et n'entraîne aucun effet secondaire pour les femelles déjà gestantes ou celles qui allaitent, garantissant que le développement des éléphanteaux actuels n'est pas compromis.
Un soulagement pour les populations locales
L’impact social de cette mesure est tout aussi crucial. Jusqu’à présent, les communautés locales vivaient dans une peur constante des incursions nocturnes dévastatrices pour les récoltes et les habitations. L'accueil du programme est globalement positif car il offre une alternative humaine à l'abattage ou à la capture. Les autorités précisent toutefois que la contraception n'est qu'un volet d'une stratégie globale : elle doit s'accompagner de la création de nouveaux points d'eau et de sources de nourriture au cœur des zones protégées pour inciter les éléphants à rester dans leur habitat naturel.
De l'Afrique à l'Asie : une adaptation réussie
Il est intéressant de noter que si ce vaccin a été initialement testé et approuvé sur des éléphants d'Afrique (Loxodonta africana), son application sur l'éléphant d'Asie (Elephas maximus) en Thaïlande nécessite une attention particulière. Bien que les deux espèces partagent une biologie reproductive similaire, l'éléphant d'Asie est plus petit et vit souvent dans des jungles plus denses, ce qui rend le suivi post-injection plus complexe que dans les savanes africaines ouvertes. Les experts soulignent que la réussite en Thaïlande est une lueur d'espoir pour la conservation mondiale, prouvant que la science peut s'adapter aux spécificités de chaque écosystème.
Calendrier et déploiement des prochaines phases
Le gouvernement thaïlandais ne compte pas s'arrêter à ce premier succès dans le parc de Namtok Khlong Kaeo. Le calendrier prévoit une accélération immédiate : 15 doses supplémentaires seront administrées à d'autres hardes avant le début de la saison des pluies en mai. Les zones prioritaires incluent le sanctuaire de faune de Khao Ang Rue Nai (province de Chachoengsao), véritable épicentre des tensions, ainsi que les provinces de Sa Kaeo et de Chanthaburi. À plus long terme, le programme pourrait s'étendre aux complexes forestiers de Kaeng Krachan et de Khao Yai, où la pression démographique commence également à menacer l'équilibre entre l'homme et l'animal.
Vers une généralisation du programme
Le suivi scientifique sera rigoureux, avec des tests sanguins prévus tous les six mois pour s'assurer que les femelles traitées conservent une santé parfaite et un comportement social normal au sein de la harde. Si les résultats confirment l'absence de stress ou de changement hiérarchique, le DNP prévoit de généraliser les injections à d'autres groupes avant la prochaine saison des pluies. L'objectif final reste de transformer un conflit sanglant en une cohabitation pacifique, préservant ainsi l'animal symbole du royaume tout en protégeant les populations rurales.










