Pendant un an, les autorités thaïlandaises ont dit que la tour de la Cour des comptes thaïlandaise avait cédé à cause de défauts de conception. C'était vrai. En partie.


Le 28 mars 2025, une tour de 30 étages s'effondrait à Bangkok, à cause d’un séisme venu de Birmanie. Le seul bâtiment entièrement détruit dans toute la ville a tué 95 personnes. Celui qui était alors ministre de l'Intérieur, Anutin Charnvirakul, promettait des réponses en sept jours et assurait que « la vérité serait trouvée parce que c'est scientifique ». La Première ministre Paetongtarn Shinawatra visitait le site dès le soir même et commandait un comité d'experts. Le système national d'alerte SMS, lui, envoyait ses premières notifications plus de 24 heures après le séisme.
Le béton ne ment pas
Un an plus tard, quatre universités d'ingénierie publient leurs conclusions après avoir disséqué les décombres. La liste est courte et précise : béton des murs porteurs inférieur aux standards parasismiques, plans de construction non conformes à la loi, armatures en acier aux jonctions critiques ancrées trop peu profond. Le bâtiment, budgété à 3.2 milliards de bahts, n'aurait pas résisté à grand-chose.
Le made in China que la Chine refuse
Dans les jours suivant l'effondrement, quatre ressortissants chinois en charge du projet ont été arrêtés après être entrés sans autorisation sur le site pour récupérer 32 documents. L'acier utilisé provenait d'une usine de Rayong dont les autorités thaïlandaises avaient ordonné la fermeture en décembre 2024 pour défaut de qualité. L'entreprise principale, China Railway No.10, avait décroché 13 marchés publics depuis 2018 grâce à trois actionnaires thaïlandais qui détenaient formellement 51% des parts pour lui permettre d'accéder aux appels d'offres publics.
23 inculpés, 0 condamné… pour le moment
23 suspects ont été inculpés pour malfaçons et falsification de documents. Le Département des enquêtes spéciales (DSI) estime que jusqu'à 70 fonctionnaires pourraient être impliqués dans des irrégularités d'appel d'offres et quatre enquêtes parallèles sont en cours sans qu'aucune condamnation n'ait encore été prononcée. Les compensations versées aux victimes et à leurs familles approchent les 130 millions de bahts. La Cour des comptes a indiqué qu'elle était « prête à respecter la loi si des fonctionnaires avaient failli » et qu'elle avait « confiance dans le processus judiciaire ». C'est l'organisme chargé de contrôler les dépenses publiques qui audite l'effondrement du bâtiment public qu'il avait lui-même commandé.












