Trois morts, des cas contacts dispersés dans plusieurs pays et une longue période d’incubation : les autorités sanitaires suivent de près cette souche rare du hantavirus détectée à bord du MV Hondius.


Le 11 avril 2026, un homme de 70 ans est mort à bord du MV Hondius d'une fièvre foudroyante. Il voyageait avec sa femme, 69 ans, tous deux néerlandais et tous deux ornithologues amateurs. Quelques jours avant d'embarquer à Ushuaia, ville du sud de la Patagonie argentine, le couple avait visité une décharge municipale dans l'espoir d'y observer des espèces locales. C'est là, selon les premières hypothèses des enquêteurs argentins, qu'ils auraient contracté le virus des Andes, la seule souche connue du hantavirus à se transmettre d'un être humain à un autre.
Un virus venu de l’animal
Le hantavirus est une famille de virus transmis par les rongeurs via l'inhalation de particules aérosolisées issues de leurs excréments, de leur urine ou de leur salive. La souche andine circule en Amérique du Sud depuis 1995, principalement en Argentine et au Chili. Sa particularité est d'autoriser, dans des conditions de contact étroit et prolongé, une transmission interhumaine. Dans les formes pulmonaires graves, le taux de mortalité atteint 38 à 40% selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun traitement spécifique n'existe, seulement des soins de réanimation.
Le 1er avril 2026, le MV Hondius, navire battant pavillon néerlandais exploité par la compagnie Oceanwide Expeditions, avait quitté Ushuaia avec 147 passagers et membres d'équipage de vingt-trois nationalités, à destination du Cap-Vert. La femme du Néerlandais décédé avait quitté le navire le 24 avril 2026 à Sainte-Hélène, territoire britannique de l'Atlantique sud. Elle s'est effondrée à l'aéroport de Johannesburg et est morte à l'hôpital le 26 avril 2026. Une ressortissante allemande de 65 ans a succombé le 2 mai 2026 à bord. Au 7 mai 2026, l'OMS comptabilisait cinq cas confirmés et plusieurs autres suspects.
Le virus avait déjà pris l'avion
Une trentaine de passagers avaient quitté le navire à Sainte-Hélène le 24 avril 2026 et regagné leurs pays sans être informés de l'alerte. Des passagers américains ont été localisés dans trois États sans présenter de symptômes. Un autre, testé positif, a été hospitalisé en Suisse. Le virus pouvant s'incuber jusqu'à six semaines, l'OMS prévient que de nouveaux cas pourraient encore apparaître.
Des Français à bord
Cinq ressortissants français se trouvaient à bord, selon le ministère de la Santé à Paris, qui dit assurer un suivi étroit. Un sixième a été identifié comme cas contact, ayant voyagé sur le même avion qu'un cas confirmé et pris en charge médicalement. Selon l'épidémiologiste Antoine Flahault, de l'université Paris Cité, la durée d'incubation de la souche andine peut atteindre six semaines, ce qui implique de surveiller les passagers débarqués pendant toute cette période. En Espagne, les quatorze ressortissants espagnols ont été orientés vers l'unité d'isolement de haute niveau de l'hôpital Gómez Ulla à Madrid, infrastructure mise en place après l'épidémie d'Ebola de 2014. Fernando Clavijo, président des îles Canaries, avait d'abord refusé l'accostage du navire en invoquant explicitement les souvenirs de la pandémie de Covid-19. L'OMS lui a rappelé l'obligation légale et morale de l'Espagne d'accueillir les passagers. Le navire a accosté.
Pas d'Andin à Bangkok
Aucun ressortissant thaïlandais ne figurait parmi les passagers du MV Hondius. Le Département de contrôle des maladies (DDC) a confirmé que le pays surveille la situation sans avoir détecté de cas lié à la souche andine. En Thaïlande, les souches d'hantavirus connues circulent dans les populations de rongeurs locaux, notamment le grand rat bandicoot, et provoquent un syndrome rénal, moins fatal et non transmissible entre humains. Le syndrome pulmonaire à hantavirus n'y a jamais été signalé.
À Singapour, les autorités sanitaires ont isolé deux résidents qui se trouvaient à bord et avaient voyagé sur le même vol qu'un cas confirmé. Leurs résultats n'avaient pas encore été communiqués.
Lors d'une conférence de presse le 7 mai 2026, l'épidémiologiste Maria Van Kerkhove, de l'OMS, a tenu à être claire : l'épidémie du MV Hondius n’est pas le début d'une pandémie de type Covid. L'OMS n'avait pas eu à le préciser lors du Covid. Elle a jugé nécessaire de le faire ici. En Argentine, le ministère de la Santé a signalé 101 cas d'hantavirus depuis juin 2025, soit presque le double du chiffre enregistré un an plus tôt. Les enquêteurs, eux, partent capturer des rongeurs à Ushuaia pour analyser leur sang.










