Jean-Michel Perroy, président de l’AFI, nous parle de l’Isan, du fonctionnement de l’association qu’il a créée il y a six ans et des grands enjeux d’actualité pour les Français de Thaïlande.


Le Petit Journal : Vous qui vivez dans l’Isan, nous feriez-vous un tout petit cours d’histoire-géographie pour commencer ?
Jean-Michel Perroy : L’Isan est la partie nord-est de la Thaïlande. Le territoire de 500 kilomètres sur 500 représente à peu près 30% de la superficie du pays. Ancien territoire laotien, il a été rattaché à la Thaïlande en 1935. Il s’agit d’un territoire agricole. Considéré comme le grenier du pays, il en devient le deuxième bassin économique.
LPJ : Comment y est née l’AFI ?
J.-M.P. : Après une carrière dans la fonction publique territoriale en Normandie, je suis arrivé il y a quinze ans, à l’heure de la retraite. J’ai passé cinq ans tranquille à construire ma maison et mon jardin. C’est alors que, de passage à Khon Kaen, l’ambassadeur de France de l’époque m’a invité à le rencontrer. Il cherchait un consul honoraire, il avait entendu parler de moi, il m’a proposé la mission. J’ai pris huit jours de réflexion et j’ai dit oui. J’ai travaillé, au début, sans moyens. Puis les choses se sont organisées et j’ai poursuivi jusqu’à mes 70 ans, lorsque j’ai atteint la limite d’âge. Pendant ces quelques années, j’ai rencontré beaucoup de personnes âgées un peu perdues face à la fracture numérique. Même quand elles arrivent à se débrouiller face à un ordinateur, certaines perdent la mémoire, leurs mots de passe, … Autre souci pour elles, les questions de santé, d’assurance. Un jour, sur le parking du golf, un ami âgé est tombé devant moi et s’est cassé les deux poignets. Il a fallu l’aider dans bien des domaines. J’ai alors réalisé qu’on devait faire quelque chose d’organisé. Nous avons décidé à quatre ou cinq de créer l’AFI. C’était il y a six ans et elle couvrait exclusivement l’Isan. Nous comptons aujourd’hui 875 membres dans tout le pays, répartis sur nos onze antennes locales. Et nous serons 1.000 dans quelques mois.
Onze antennes de l’AFI réparties sur tout le territoire thaïlandais
LPJ : Vous n’avez jamais dévié de projet initial, à savoir aider les Français de Thaïlande à régler leurs problèmes de vie quotidiennes, gros ou petits ?
J.-M.P. : Même s’il a évolué et s’est enrichi, nous demeurons fidèles à notre projet initial : apporter aide et assistance aux personnes françaises qui vivent en Thaïlande. 80% de nos membres sont des personnes âgées mais nous aidons aussi des plus jeunes et des femmes thaïlandaises. Nos onze antennes réparties sur tout le territoire Thaïlandis s’occupent de l’animation locale, du contact, de l’accompagnement de proximité pour les blessés, les familles de personnes décédées. C’est cela pour moi la proximité et la solidarité. Et nous avons maintenu le montant annuel de l’adhésion à 1.200 bahts.

LPJ : Vous évoquez les femmes thaïlandaises. Comment les aidez-vous ?
J.-M.P. : Je me suis penché sur le problème très important des pensions de réversion. Les épouses thaïlandaises de ressortissants français y ont droit, comme n’importe quelle veuve, au décès de leurs maris. Mais le dossier est lourd et complexe. Il comprend des actes français et thaïlandais, il faut faire réaliser des traductions par des traducteurs agréés, faire appel à des avocats spécialisés. Des officines privées demandent à ces femmes jusqu’à 500.000 bahts. Chez nous, pour les femmes de membres, le service est gratuit. Aux autres, nous demandons 20.000 bahts, payables en trois fois, le solde lorsque le dossier aura abouti.
LPJ : Pour ne pas être confronté à trop de difficultés, l’idéal serait d’anticiper.
J.-M.P. : Même si ce n’est pas facile en ces matière, nous incitons les gens à anticiper leur décès. Pour qu’ils soient tranquilles en matière de succession, coincés entre les lois françaises et thaïlandaises, nous les encourageons à rédiger un testament. Nous le faisons enregistrer ici puis, lorsque la personne décède, nous le faisons légaliser par le ministère thaïlandais des Affaires étrangères, traduire officiellement, valider par l’ambassade de France, puis envoyer à un notaire en France. Il nous a fallu trouver un notaire qui savait s’y prendre avec les successions internationales. Nous avons maintenant trouvé. Ce qui est important pour nous c’est que les gens se voient octroyer ce qu’ils méritent.
J’ai fait agréer par la CFE les hôpitaux publics de Khon Kaen
LPJ : Quels autres types de soutiens apportez-vous ?
J.-M.P. : De nombreux expatriés sont inscrits à la CFE et doivent faire face parfois à beaucoup de complexité. Il faut savoir lire l’anglais, connaître les termes médicaux, vérifier qu’on est en possession de toutes les pièces justificatives. Nous aidons ceux qui le souhaitent à remplir leurs dossiers pour obtenir des remboursements qui, parfois, pèsent 50% de leurs revenus.
Nous proposons également une aide aux visas. On m’appelle beaucoup de France concernant des questions de visas. Nous proposons un accompagnement complet, sans passer par un quelconque intermédiaire. Pour des gens qui ne parlent que français, organiser cette nouvelle vie n’est pas toujours simple. Dans ce pack Expat à 15.000 bahts, tout est compris : obtention du visa, ouverture du compte en banque, transfert du permis de conduire, ouverture d’une ligne téléphonique, relations avec les centres des impôts, les caisses de retraites, … A Khon Kaen, nous avons développé un réseau qui nous permet de tout régler. Nous avons un aéroport international, un hub de santé, j’ai même fait agréer par la CFE les hôpitaux publics, où l’on est pris en charge à 70%. Je n’y arrive pas, pour l’instant, dans d’autres villes. Je propose donc aux gens de venir vivre par chez nous quelques mois pour tout régler, avant d’aller s’installer là où ils veulent.
LPJ : Quels sont les sujets d’actualité qui vous préoccupent en priorité ?
J.-M.P. : Il y a quelques jours, dix-sept associations étaient invitées à l’ambassade de France pour évoquer l’actualité. Seules deux d’entre elles hélas, dont l’AFI, avaient répondu à la proposition de mettre des sujets sur la table. Nous avons annoncé que, dans le cadre des Assises de la protection sociale, nous allions faire des propositions pour réformer la CFE. Nous les détaillerons en temps et en heure.
Autre grand sujet, le remplacement des consuls honoraires de Chiang mai, Chiang rai, Koh Samui et Phuket. Il nous a été confirmé que le processus était en route et annoncé que le Conseil des ministres thaïlandais de la semaine dernière avait accepté les candidatures pour trois des secteurs concernés. L’ambassadeur a hélas été clair sur le fait qu’il n’y aurait plus de consul à Chiang Rai. Reste l’agrément du palais royal qui, selon moi, peut prendre au moins six mois.
Nous demandons simplement l’égalité entre les enfants français
LPJ : Vous vous lancez également dans un nouveau combat concernant l’attribution des bourses scolaires.
J.-M.P. : Elles sont aujourd’hui réservées aux élèves qui fréquentent les écoles françaises. Mais ces écoles sont chères et les critères d’attribution des bourses sont incompréhensibles. Notre postulat de départ c’est que les enfants sont tous français, que l’école choisie soit française ou non. Il n’est pas normal qu’une famille se voit octroyer une bourse alors que ses revenus sont substantiels, tandis qu’une autre famille bien moins aisée n’obtient aucune aide, sous prétexte qu’il n’y a pas d’école française près de chez elle ou qu’elle choisit une autre forme d’enseignement.
J’ai interrogé l’ambassadeur à ce sujet. Il m’a simplement répondu par le texte de loi actuel alors que nous demandons justement que le législateur se penche sur le sujet. Nous demandons simplement l’égalité entre les enfants français. L’ambassadeur m’a répondu en substance « bon courage », ajoutant que c’est mon choix de vivre là où il n’y a pas d’école française et que je peux décider de déménager ailleurs…
LPJ : Comment parvenir à faire bouger les choses avec plus d’efficacité à l’avenir ?
J.-M.P. : En présentant une liste aux prochaines élections consulaires du 31 mai 2026. Tout d’abord, pour y faire entendre notre voix. Ensuite, parce que les subventions s’y décident et que je ne veux plus qu’on casse nos demandes et je veux qu’on ait notre mot à dire. Nous porterons la voix de nos compatriotes sur tous les sujets, sans tabou. Bien entendu, si je suis élu conseiller consulaire, je démissionnerai de la présidence de l’AFI. Mon but demeurera le même : porter la voix des Français de Thaïlande, défendre des idées simples, pour assurer à chacun une meilleure vie quotidienne.
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